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Des équipes d’innovation locales pour relever d’importants défis à l’échelle d’Israël

Des équipes locales utilisent des outils développés par Bloomberg Philanthropies pour s'attaquer aux problématiques sociales et économiques en partenariat avec le Centre Peres

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

La promenade de Bat Yam, le 4 mars 2017. (Crédit : Issac Harari/Flash90)
La promenade de Bat Yam, le 4 mars 2017. (Crédit : Issac Harari/Flash90)

Une initiative en cours dont l’objectif vise à dynamiser l’innovation civique dans des villes d’Israël choisies est devenue une partie « déterminante » des opérations municipales, selon Tzvika Brot, qui est maire de Bat Yam, une localité du centre du pays.

Bat Yam est l’une des villes (elles sont une douzaine) à participer à un programme appelé Hazira (arène en hébreu), qui résulte d’un partenariat entre Bloomberg Philanthropies – la branche caritative de l’ancien maire de New York City Michael Bloomberg – le centre Peres pour la paix et l’innovation et le ministère israélien de l’Intérieur, qui offre des subventions et des ressources pour que les municipalités puissent mettre en place des équipes d’innovation (des i-teams), chargées de relever les défis uniques présentés par chaque ville.

Forte de 160 000 résidents, jouxtant Tel Aviv au sud, Bat Yam est riche d’une ligne côtière attractive mais souffre d’un manque de terrains vacants pour pouvoir se développer, de problèmes financiers de longue haleine et de difficultés au niveau démographique, avec notamment une population vieillissante et une importante communauté d’immigrants.

L’i-team s’est rapidement mise au travail en s’attaquant à des questions telles que la propreté et les soins dédiées aux personnes âgées – des problématiques dont les résidents eux-mêmes ont fait une priorité dans une enquête de recherche approfondie, a confié Brot au Times of Israel dans un entretien récent.

Brot, né à Bat Yam, est devenu maire en 2018, après une carrière dans le journalisme et en tant que consultant politique. « Quand j’ai commencé mon mandat, c’était le chaos ; des gens formidables mais peu d’organisation, peu de pensée originale, et trop de programmation », explique-t-il.

Hazira – le programme a été lancé en 2019 dans la ville – « a été une énorme dynamisation pour nous et a permis d’introduire un mode de pensée et un processus décisionnaire basés sur les données », continue Brot.

L’initiative Hazira s’inscrit dans le programme des équipes d’innovation de Bloomberg Philanthropies, qui avait vu le jour en 2011. Son objectif est d’introduire l’innovation dans les opérations municipales et d’aider les villes à prendre en charge des problèmes tels que la pauvreté, la redynamisation des quartiers ou les infrastructures vieillissantes, le tout au niveau des autorités locales. Plus de 40 villes dans le monde ont pris part au programme et notamment Toronto, Austin, Baltimore, et Detroit. Cet été, Bloomberg Philanthropies a annoncé de nouveaux partenariats et de nouvelles subventions qui permettront d’établir des i-teams à Amsterdam, à Mexico, à Bogota et à San Francisco, une liste non-exhaustive.

En Israël, c’est un certain nombre de villes qui ont été choisies pour prendre part à ce programme de deux ans. Parmi elles, Bat Yam, Ashdod, Akko, Eilat, Beit Shemesh, Netanya, Sakhnin, et la région de l’Ouest du Negev, dans le cadre d’un lancement élargi de l’initiative, à la fin de l’année 2019. Bloomberg Philanthropies a d’ores et déjà travaillé avec Jérusalem et Tel Aviv depuis 2015 et avec Beer Sheva depuis 2017.

Les participants à un événement lançant le programme Hazira avec Bloomberg Philanthropies, le centre Peres pour la paix et l’innovation et le ministère de l’Intérieur, au centre Peres pour la paix et l’innovation, le 4 septembre 2019. (Crédit : Efrat Saar)

Ainsi, le programme Hazira, en concertation avec la municipalité, embauche un responsable de l’innovation qui travaille aux côtés d’une équipe d’employés municipaux dédiée – l’i-team — qui reçoit l’assistance et le soutien techniques nécessaires pour commencer à mettre en œuvre des changements. Le programme aide à mettre en place la stratégie d’innovation de chaque ville avec des initiatives spécifiques qui permettent d’améliorer l’existence des résidents.

« Les villes doivent trouver des moyens créatifs de relever des défis complexes avec des ressources limitées », avait dit Bloomberg, lui-même ancien maire, lors de la cérémonie de lancement du programme. « Les équipes d’innovation les aident à le faire et notre programme remporte beaucoup de succès en ce qui concerne son travail auprès des localités en Israël ».

A Tel Aviv, l’i-team s’était intéressée au coût élevé de la vie pour les jeunes familles en offrant des solutions concrètes – espaces d’études partagés, mentorat peer-to-peer, camps d’été dirigés par des jeunes, et programmes de cantine scolaire à des prix abordables. L’équipe avait aussi pris des initiatives pour améliorer la qualité de vie des habitants de Neve Shaanan, quartier plutôt isolé du reste de la ville. L’i-team avait aidé à fonder un pôle pour les organisations liées à l’entrepreneuriat et à lancer un nouveau centre pour les jeunes offrant une programmation à la fois éducative, sportive et culturelle, pour les adultes comme pour les enfants.

Le nouveau centre pour l’entrepreneuriat du quartier de Neve Shaanan, au sud de Tel Aviv, mis en place par la municipalité, le 24 octobre 2017. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

A Beer Sheva, l’i-team a obtenu des subventions pour aider les PME de la ville. Et à Jérusalem, l’équipe a permis à environ 600 entrepreneurs de bénéficier de services de conseil pour renforcer leurs petites entreprises ; elle a obtenu 620 000 dollars de financement de la part de la mairie pour soutenir les programmes d’anciens élèves et les organisations civiques à destination des jeunes professionnels, aidant aussi à créer un modèle de délivrance de services qui permet de relier les jeunes sans-abri et les services sociaux, selon les organisateurs.

Brot explique que la propreté n’évoque pas nécessairement immédiatement la pensée innovante mais que c’est bien là la force de l’équipe d’innovation.

« Quand on pense à un sujet comme la propreté – dont toutes les villes se préoccupent – c’est difficile de penser en même temps à l’innovation. Mais notre équipe a mené des recherches extensives, impliquant aussi le public, et elle nous a présenté de nouvelles initiatives pour nous attaquer à ce problème », précise Brot.

Le maire indique que les solutions existantes, telles que les mesures de prévention et les amendes, n’obtiennent qu’un succès mitigé et qu’elles affectent les individus issus de groupes d’âge variés de manière différente, selon les recherches qui ont été menées par l’i-team. Cette dernière a posé « beaucoup de questions » avant d’établir ses priorités et elle s’est engagée dans une campagne de sensibilisation publique qui a finalement séduit les plus jeunes, « et nous avons constaté un effet immédiat : Les gens ont fait plus attention », s’exclame Brot.

Vue aérienne de la ville côtière de Bat Yam, le 11 octobre 2013. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

En tant que maire de la ville enregistrant le nombre le plus élevé de personnes âgées de plus de 65 ans au sein de l’État juif, Brot indique qu’un défi énorme est d’offrir des soins de qualité pour cette population tout en tentant d’attirer les plus jeunes et les familles. L’équipe réfléchit actuellement sur des solutions à court-terme et à long-terme pour « trouver l’équilibre », note-t-il.

L’i-team, à Bat Yam, est constituée de six personnes issues de secteurs différents et elle est devenue si populaire que plusieurs divisions municipales lui demandent son aide « même pour des petites choses », se réjouit le maire.

« Le travail d’innovation s’infiltre dans d’autres domaines et il est devenu essentiel pour notre ville. Cette petite équipe peut se révéler très agile, très efficace, elle réfléchit très vite – comme une unité militaire d’élite », continue-t-il.

Des gens sur la promenade de Bat Yam, lee 4 mars 2017. (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Bat Yam a demandé que le programme soit prolongé d’un an.

L’idée générale du programme est « d’aider les autorités locales à résoudre leurs problèmes de manière plus créative » en permettant « de répondre aux besoins des résidents de manière tangible », explique James (Jim) Anderson, responsable de l’innovation gouvernementale au sein de Bloomberg Philanthropies.

« Les équipes d’innovation utilisent des données et de nouvelles informations qui permettent aux maires de mieux connaître la communauté et de prendre de meilleures décisions politiques tout en construisant une relation de confiance », explique-t-il au Times of Israel au cours d’un entretien téléphonique récent, depuis New York. Anderson est venu au mois de septembre en Israël pour y rencontrer les maires des villes participant au programme ainsi que la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked.

« Les municipalités jouent un rôle déterminant dans la vie des résidents : Éducation, culture, qualité de vie, espaces publics, etc… », dit Alon Davidi, le maire de Sderot. Cette ville du sud du pays, située à proximité de la frontière avec Gaza, participe au programme Hazira dans le cadre du groupe régional de l’Ouest du Negev, qui est constitué de neuf villes comptant une population totale d’environ 230 000 personnes.

Un petit garçon passe à vélo devant un abri anti-aérien peint dans un parc public à Sdérot, le 21 juillet 2021. (Crédit :AP Photo/Ariel Schalit)

Les quatre localités concernées incluent Rahat, la plus grande ville bédouine d’Israël, ainsi que Sderot, Netivot et Ofakim, trois villes dites « de développement » qui sont restées défavorisées dans l’Histoire et qui avaient été créées dans les années 1950 pour accueillir les immigrants venus du Moyen-Orient. Dans le groupe figurent aussi cinq conseils régionaux, avec des communautés rurales plus aisées. Le secteur est soumis à de nombreuses attaques à la roquette en provenance de la bande.

« C’est la première fois que neuf différentes zones, de taille et de populations différentes, constituées de Juifs et d’Arabes, de laïcs et de religieux, prennent part au programme. Nous n’étions pas certains que ça allait marcher mais au final, ça marche merveilleusement bien », continue Davidi.

Dans l’Ouest du Negev, l’i-team s’est attaquée aux questions de mobilité et de raccordement aux routes majeures, ainsi qu’aux services de transport public. Le secteur n’est desservi que par une seule gare, qui se trouve à Sderot.

La ville bédouine de Rahat, dans le sud d’Israël, le 8 avril 2019. (Crédit : Moshe Shai / Flash90)

« Pour réussir, nous avons besoin de ce type de collaboration, ça rassemble les gens. On devrait davantage se focaliser sur le caractère régional et laisser les responsables des régions prendre un plus grand nombre de décisions importantes. C’est extrêmement précieux », commente Davidi auprès du Times of Israel.

Pour Anderson, le programme s’appuie sur la croyance que « les gens entrent dans les autorités locales pour renforcer leur communauté, et il y a la conscience qu’il faut les ressources nécessaires pour relever les grands défis ».

« Les autorités locales sont la dernière ligne droite face à tous les problèmes qui comptent. Ce que font les maires et les autorités locales a énormément d’importance », conclut Anderson.

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