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Des médecins exhortent la police à cesser d’utiliser des canons à eau

La lettre envoyée à Shabtaï affirme que la police a violé ses propres règles interdisant l'utilisation de canons à eau à moins de 20 mètres des personnes ou dirigés vers leur tête

La police utilisant un canon à eau pour disperser les manifestants qui bloquaient l'autoroute lors d'une manifestation contre les projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu de réformer le système judiciaire, à Tel Aviv, le 5 juillet 2023. (Crédit : Oded Balilty/AP Photo)
La police utilisant un canon à eau pour disperser les manifestants qui bloquaient l'autoroute lors d'une manifestation contre les projets du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu de réformer le système judiciaire, à Tel Aviv, le 5 juillet 2023. (Crédit : Oded Balilty/AP Photo)

Alors qu’Israël fait face à une semaine cruciale, avec le premier vote de la Knesset sur le projet de loi de la coalition visant à empêcher les tribunaux d’utiliser l’outil judiciaire de la notion du « caractère raisonnable » pour les décisions gouvernementales lundi, des médecins israéliens ont mis en garde la police contre l’utilisation de la force excessive contre les manifestants anti-réforme.

L’Association israélienne des médecins de santé publique et la Société israélienne d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie de la tête et du cou ont adressé une lettre datée du 8 juillet au chef de la police israélienne, Kobi Shabtaï, dans laquelle ils demandent que les officiers cessent d’utiliser des canons à eau, au moins jusqu’à ce que leur utilisation contre les manifestants le 5 juillet fasse l’objet d’une enquête.

La lettre qualifie les canons à eau « d’armes » qui causent des dommages « exceptionnels et graves » en pulvérisant de l’eau à haute pression.

« Les canons à eau peuvent pulvériser 20 litres d’eau par seconde sur une distance de 70 mètres. Cela représente une pression de 5 à 10 bars, voire plus. Ce type de pression peut entraîner des lésions corporelles directes ou consécutives à un choc contre un mur ou le sol, ou à la projection de débris », indique la lettre.

« Le risque de blessure est élevé en cas de choc direct au visage par un canon à eau, notamment des blessures graves et irréversibles à l’œil et à l’orbite, pouvant aller jusqu’à la cécité », poursuit la lettre.

La lettre fait suite aux blessures subies par 14 manifestants, qui ont hospitalisés à Ichilov de Tel Aviv le 5 juillet, après que les Israéliens sont descendus spontanément dans la rue pour protester suite à la démission du chef de la police de Tel Aviv, Amichaï Eshed, une démission qu’il a précisément justifiée par son refus d’utiliser une force excessive contre les manifestants.

Udi Ori, membre du groupe de réservistes les Frères d’armes,, à l’hôpital après avoir été blessé à l’œil après une manifestation contre la refonte du système judiciaire, le 7 juillet 2023. (Autorisation)

Six des manifestants contre la réforme judiciaire ont été blessés à l’œil et au crâne par les canons à eau utilisés par la police.

Udi Ori, 67 ans, colonel de réserve de l’armée de l’air israélienne, figure parmi les blessés. Il a dû être opéré de l’œil après avoir été directement touché par un canon à eau lors de la manifestation et a déclaré qu’il ne se porterait plus volontaire, jurant de ne pas servir sous une « dictature ».

Ori a piloté des hélicoptères de combat pendant plusieurs décennies et ce, jusqu’à l’âge de 57 ans. Depuis dix ans, il est réserviste et sert dans l’armée sur la base du volontariat.

Ori a indiqué qu’il avait informé son commandant qu’il n’assumerait plus son devoir de réserviste en raison de la décision prise par le gouvernement de relancer le projet de refonte du système judiciaire, qui affaiblira ce dernier.

« S’il y a vraiment une dictature ici, nos enfants et nos petits-enfants nous demanderont pourquoi avoir continué à servir. On ne peut pas servir une une dictature », a-t-il expliqué.

Arbel Moyal, 18 ans, a également été touché par un canon à eau lors des manifestations de mercredi soir sur l’autoroute Ayalon. « J’ai été légèrement blessé après avoir été aspergé dans le dos », a déclaré Moyal à la Douzième chaîne dimanche. La force du jet l’a fait glisser au sol (voir vidéo ci-dessous).

« Heureusement, ma tête n’a pas été blessée », a-t-il dit. « J’ai été blessé à quelques endroits, mais ça va. » Moyal est revenu manifester samedi soir.

« Nous luttons pour notre avenir et nous ne céderons pas », a-t-il déclaré. « Même s’il y a un prix à payer, nous sommes prêts à le payer. »

Les médecins affirment que la police a violé ses propres règles interdisant l’utilisation de canons à eau à moins de 20 mètres des personnes ou dirigés vers leur tête.

Ces directives internes interdisent également l’utilisation des canons à eau de manière à ce que des personnes soient projetées contre un mur ou chutent. Les machines ne peuvent pas non plus être utilisées à proximité des personnes âgées, des enfants, des personnes en situation de handicap ou des femmes enceintes.

« Avant tout, ils ne sont autorisés à être utilisés que si les manifestants utilisent la violence contre la police. Mais ce n’est pas ce qui se passe. Les manifestations ont été pacifiques. Même le chef de la police a déclaré qu’aucun policier n’a été hospitalisé pour blessure lors des manifestations des six derniers mois », a déclaré le professeur Hagaï Levine, président de l’Association israélienne des médecins de santé publique.

Le professeur Hagaï Levine. (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Le Pr. Levine a déclaré au Times of Israel que, bien que la police ait utilisé des canons à eau par le passé, ce que l’on voit maintenant d’un point de vue épidémiologique est un ensemble de blessures graves causées par ces engins.

Le professeur Nadav Davidovitch, président du forum de santé publique de l’Association médicale israélienne, s’est dit alarmé par les blessures récentes et les a qualifiées d’inédites.

« Je ne connais personne en Israël – à l’intérieur des frontières de la Ligne verte – qui a déjà manqué de perdre un œil à cause d’un canon à eau », a-t-il déclaré.

Le Pr. Levine a déclaré qu’il était optimiste quant à la prise en compte sérieuse des préoccupations des médecins par la police et les a invités à se réunir pour trouver ensemble des moyens améliorés d’appliquer de manière raisonnable et proportionnée l’utilisation des canons à eau afin d’éviter les blessures.

Le Professeur Nadav Davidovitch, chercheur principal du Centre Taub et président du programme de politique de santé, directeur de l’École de santé publique de l’université Ben Gurion du Néguev. (Crédit : Dani Machlis/Université Ben Gurion du Néguev)

« C’est ce qui s’est passé lorsque nous avons envoyé une lettre à la police en avril dernier concernant notre préoccupation concernant l’utilisation de dispositifs acoustiques à longue portée (LRAD) contre les manifestants », a déclaré Pr. Levine.

Le LRAD est un puissant dispositif sonore utilisé pour le contrôle des foules qui peut causer des dommages auditifs graves et d’autres problèmes de santé. Un tel dispositif est utilisé à seulement un mètre de la cible et émet un son entre 135 et 150 décibels à une fréquence de 2 500 à 3 000 Hz.

Selon Pr. Levine, les médecins ont été invités à une discussion professionnelle et leurs préoccupations ont été prises au sérieux.

« Nous avons présenté nos préoccupations et nos suggestions, et les procédures de la police ont changé. Toutes nos recommandations n’ont pas été acceptées, mais il y a eu une délibération sérieuse et un changement », a-t-il déclaré.

Au moment de la rédaction de cet article, les médecins n’avaient pas encore reçu de réponse à leur lettre concernant les canons à eau de la part de la police. Il est peu probable que les médecins soient invités à une réunion avant les manifestations de masse prévues dans le courant de cette semaine.

« La police doit veiller à ce que les principes des droits de l’Homme et de la santé publique soient pris en compte et qu’elle exerce des limites universellement reconnues sur l’utilisation des canons à eau », a averti Pr. Davidovitch.

Paralèllement, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, continue de faire pression sur le chef de la police, Shabtaï, pour adopter une position plus ferme à l’égard des manifestants, parmi lesquels figurent des médecins.

« Ce n’est un secret pour personne que je suis également un leader des Blouses blanches, un mouvement pour la protection de la démocratie israélienne et de la santé publique. L’annulation de l’outil judiciaire de la notion du ‘caractère raisonnable’ signifie qu’il n’y aurait aucune protection pour la santé », a déclaré Pr. Levine.

Des médecins israéliens portant le slogan « Doctors Fighting for Democracy » (Médecins luttant pour la démocratie) participant à un rassemblement contre les projets de loi du gouvernement sur la réforme judiciaire, à Tel Aviv, le 25 février 2023. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

« L’outil judiciaire de la notion du ‘caractère raisonnable’ protège [le système de] la santé de nombreuses manières, notamment en assurant une allocation équitable des ressources, une nomination raisonnable de personnes à des postes professionnels dans le système, et la protection des politiques gouvernementales en matière de tabagisme, de consommation de sucre et de pollution de l’air. Par le passé, la Cour suprême a utilisé l’outil judiciaire de la notion du ‘caractère raisonnable’ pour aider l’Association médicale d’Israël entre autres, nous sommes donc très inquiets de ce qui pourrait se passer », a-t-il déclaré.

Pr. Levine a déclaré que si le projet de loi du gouvernement est adopté lundi, beaucoup de ses collègues et lui-même feront grève, mettant le système médical en état d’urgence.

« Les hôpitaux seront prêts à soigner les blessés, mais j’ai peur qu’il y ait du sang dans les rues », a-t-il déclaré.

Également dimanche, le président de l’Association médicale israélienne, le professeur Zion Hagay, a exhorté Netanyahu à parvenir à un large consensus sur la législation, déclarant que « l’unité du peuple est plus importante que n’importe quelle loi sur la table… Nous n’avons pas le privilège de marcher les yeux ouverts vers une division interne ».

Il a également noté que l’association avait déjà voté par le passé pour lutter contre toute législation pouvant nuire au système de santé, qui repose lui-même sur « un régime démocratique et un système judiciaire fort et indépendant ».

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