En Floride, des personnes âgées juives proposent d’héberger des soignants haïtiens risquant l’expulsion
Selon le PDG d'une maison de retraite en Floride, les résidents, dont certains sont des survivants de la Shoah, ont un "lien fraternel" avec le personnel haïtien, qui perdra mardi son droit de travailler et de vivre aux US
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JTA — Quelque 500 personnes âgées, dont de nombreux survivants de la Shoah, vivent au Sinai Residences, à Boca Raton, en Floride. Certains d’entre eux ont récemment demandé s’ils pourraient cacher dans leurs appartements les employés haïtiens qui travaillent dans l’établissement.
« Cela me fait penser à Anne Frank », a déclaré Rachel Blumberg, présidente et directrice générale du centre, à la Jewish Telegraphic Agency. « Il existe un lien de ‘parenté’ entre nos résidents juifs et le sort qui est désormais celui de ces Haïtiens. »
Les habitants âgés de cette résidence ont pris conscience d’une réalité qui commence seulement à apparaître au reste du pays : l’administration Trump, outre les opérations agressives de contrôle de l’immigration menées actuellement dans le Minnesota et ailleurs, a décidé d’annuler le statut de protection temporaire (TPS) accordé aux immigrants venus de quelques pays auparavant considérés comme trop dangereux pour y retourner.
En début de semaine, un juge a suspendu la fin du TPS pour les Vénézuéliens. Toutefois, à moins d’un revirement de dernière minute, quelque 350 000 Haïtiens perdront leur statut mardi. Une perte qui sonnera la fin de leur droit de vivre et de travailler légalement aux États-Unis et les exposera à un risque de détention et d’expulsion immédiates.
Cette échéance a semé la panique dans les communautés où résident de nombreux immigrants haïtiens, notamment dans l’Ohio, où l’équipe Trump a pris pour cible les Haïtiens en 2024, ainsi que dans le sud de la Floride.
La fin du TPS, si elle affectera plus durement les immigrants eux-mêmes, aura toutefois et certainement des répercussions. Au Sinai Residences, par exemple, 9 % des employés sont des Haïtiens bénéficiant du TPS, et ne pourront donc plus travailler après mardi. (Au total, 69 % des employés du centre sont nés à l’étranger ; les secteurs des soins sont fortement dépendants des travailleurs immigrés.)
Le centre, pour compenser les pertes attendues, a redoublé d’efforts en matière de recrutement. Les représentants d’autres maisons de retraite juives affirment pour leur part qu’ils devront faire appel à des agences d’intérim. Un état de fait qui laisse présager une dégradation croissante dans les soins aux personnes âgées. Et quoi qu’il arrive, les résidents risquent de voir leurs propres dépenses augmenter à mesure que la pénurie de main-d’œuvre s’aggrave.
Mais les répercussions se feront également sentir d’autres manières. Les personnes âgées qui vivent dans des établissements de soins de longue durée développent des liens profonds avec les employés. Selon Blumberg, les résidents « sont capables de comprendre ce que c’est que de ne pas être désiré, d’être rejeté, et de venir en Amérique pour trouver refuge, liberté et sécurité. Et ils veulent pouvoir protéger les Haïtiens ».
Le statut de protection temporaire accordé aux Haïtiens et aux communautés similaires remonte à l’administration Reagan. Ayant été accordé par décret, il peut être annulé sans l’accord du Congrès.
« Temporaire signifie ‘pour un temps seulement' », a déclaré la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, à propos de la décision de l’administration de mettre un terme à ce statut. Mercredi soir, cependant, un juge fédéral a estimé que Noem avait outrepassé ses pouvoirs en mettant fin à ce statut. Mais, pour retarder ou empêcher cette suppression, une intervention supplémentaire de la justice serait nécessaire avant mardi.
Compte tenu du vieillissement rapide de la population américaine, ce sont les personnes âgées du pays qui ressentiront particulièrement les effets de la restriction de la main-d’œuvre immigrée, selon les experts. Pour ceux qui côtoient quotidiennement ces travailleurs et ceux qu’ils soignent, cette politique est un non sens.
« Notre main-d’œuvre est composée de personnes qui ont survécu à la COVID dans une maison de retraite. Ce qui n’est pas une mince affaire. Et maintenant, vous décrétez qu’ils ne méritent pas de vivre dans ce pays ? Je ne suis pas d’accord », a confié à la JTA le directeur d’une maison de retraite juive, qui a préféré conserver l’anonymat pour ne pas attirer l’attention sur le centre et ses employés. « Si toutes nos politiques isolationnistes sont appliquées, alors il n’y aura plus de soignants dans ce pays. »
Pour certains, les Juifs, en particulier, devraient être sensibles à cette dynamique.
« La communauté juive emploie ces populations pour prendre soin des plus vulnérables d’entre nous. Et cela pose des défis majeurs », a indiqué Reuben Rotman, président et directeur général du Network of Jewish Human Services Agencies. De nombreuses agences juives de services sociaux comptent également des immigrants parmi leurs clients, a-t-il ajouté. « Servir l’ensemble de notre communauté en respectant les valeurs juives et en accueillant l’étranger, cela fait partie de notre identité et de notre éthique juives. Tout cela est donc lié. »
Et Rotman de poursuivre : « La communauté juive dépend de ces populations. Et le fait qu’elles se sentent si vulnérables qu’elles ont peur d’aller travailler au motif qu’elles pourraient être arrêtées et expulsées, ou qu’elles pourraient être arrêtées et envoyées dans un centre de détention au Texas… personne ne devrait avoir à vivre avec cette angoisse. »
Ruth Katz, présidente et directrice générale de l’Association for Jewish Aging Services, a déclaré à la JTA que les dirigeants des maisons de retraite n’ont désormais pas d’autre choix que de se familiariser avec le système fédéral d’immigration.
« Ils ressentent le besoin de partager autant d’informations que possible, de se renseigner autant qu’ils le peuvent sur les politiques d’immigration et leur application », a ajouté Katz. « Parce que cette question les inquiète tous. »
Au Sinai, les résidents n’attendent pas que des plans soigneusement conçus soient mis en place. Chaque travailleur sur le point de perdre son statut reçoit « 2 000 dollars et une accolade » de la part du centre ; une somme que de nombreux résidents augmentent, contribuant de leur poche.
Les résidents ont lancé une campagne de lettres à Washington (à laquelle seul le représentant Jared Moskowitz, démocrate juif de Floride, a répondu, a précisé Blumberg). Ils demandent ce qu’ils peuvent faire de plus.
Ce week-end, certains résidents du Sinai participeront à une manifestation contre l’ICE qui se déroulera dans un magasin Home Depot local, où des agents de l’ICE venus de tout le pays ont arrêté des travailleurs journaliers.
Et, bien sûr, il y a l’offre Anne Frank. D’autres – notamment, cette semaine, le gouverneur du Minnesota – ont été critiqués pour avoir invoqué la victime la plus célèbre de la Shoah en rapport avec les politiques d’immigration de Trump. Mais compte tenu de ce qui attend les personnes expulsées, a fait remarquer Blumberg, la comparaison semble logique.
« Les Haïtiens ne peuvent pas retourner en Haïti. Ils seraient assassinés », a-t-elle affirmé. « Les gangs ont pris le contrôle du pays, et leur vie est en danger. Nos résidents en sont conscients et l’ont parfaitement compris. »
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