Des réseaux sociaux juifs orthodoxes questionnent l’intégrité des élections US
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Des réseaux sociaux juifs orthodoxes questionnent l’intégrité des élections US

La diffusion généralisée d'accusations de fraude infondées prend racine dans une communauté qui fuit souvent les médias traditionnels et les organes de presse

Des messages mettant en doute l'intégrité de l'élection présidentielle de 2020 se sont répandus sur les médias sociaux, même après la proclamation de la victoire de Joe Biden. (Captures d'écran de WhatsApp et Instagram via JTA)
Des messages mettant en doute l'intégrité de l'élection présidentielle de 2020 se sont répandus sur les médias sociaux, même après la proclamation de la victoire de Joe Biden. (Captures d'écran de WhatsApp et Instagram via JTA)

JTA – Les messages jetant le doute sur les résultats des élections ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux juifs orthodoxes aux États-Unis dès mercredi matin et ont continué tout le week-end, ne s’arrêtant que pour le Shabbat.

« Il y a beaucoup de tricheries qui se produisent », a déclaré mercredi soir Lifeandfoodwithmimi, un influenceur Instagram qui se consacre à la nourriture et à la politique et qui compte plus de 16 000 abonnés. « Pour moi, Trump a gagné. »

« Profond », a écrit dans une story Victoria Zirkiev, une influenceuse Instagram aux 25 000 abonnés, sur une photo de Joseph Staline en train de voter. Une citation faussement attribuée à Staline accompagnait la
photo : « Ce n’est pas qui vote qui compte. C’est qui compte les votes ».

Michal Weinstein, une organisatrice d’événements et une influenceuse suivie par plus de 20 000 personnes sur le même réseau social, a affirmé mercredi sur Facebook que les Démocrates avaient triché. Weinstein a cité un extrait de son discours lors d’un rassemblement qu’elle a organisé le mois dernier pour soutenir le président américain Donald Trump et la liberté religieuse à Five Towns, une importante communauté orthodoxe de Long Island.

« La semaine dernière, j’ai pris la parole lors du Freedom Rally et j’ai dit ce qui suit : Trump va gagner. Ils vont tricher. Je ne suis pas une sage. Une voyante. Un génie politique. Je suis simplement très consciente et bien informée », a-t-elle écrit.

Une personne participe à un défilé et à un rassemblement pour le président américain Donald Trump sur la 5e avenue, le 25 octobre 2020 à New York. (David Dee Delgado/Getty Images/AFP)

Et Weinstein d’ajouter : « Ce n’est rien d’autre qu’une tentative de coup d’État. »

Dans une interview avec la Jewish Telegraphic Agency, elle a expliqué qu’elle aurait accepté les résultats des élections si le décompte des voix avait été effectué de manière équitable. Mais, arguant que les résultats devaient faire l’objet d’une enquête, elle a souligné que des personnes décédées avaient voté et que des bulletins marqués « Trump » avaient été jetés par des employés de la poste. (Aucune de ces affirmations, qui circulent largement, n’a été prouvée).

« Tout ce que je fais, c’est essayer de faire éclater la vérité, et la vérité est que c’est un coup d’État, cette élection a été volée », a-t-elle réitéré lundi.

Les messages des réseaux sociaux et les croyances qu’ils véhiculent soulignent l’influence croissante des médias d’extrême droite sur la communauté orthodoxe, qui, ces dernières années, est devenue de plus en plus à droite sur le plan politique et était la seule communauté juive dont on prévoyait qu’une majorité de personnes votent pour le président sortant.

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Alors que le pays attendait le résultat de l’une des élections présidentielles les plus controversées de l’histoire moderne, et que le dépouillement des bulletins de vote en Pennsylvanie indiquait que Joe Biden était le vainqueur présumé de cette élection en lui donnant suffisamment de voix pour remporter la victoire, les réseaux sociaux orthodoxes ont continué d’être inondés de messages mettant en doute la fiabilité des résultats. Les messages ont circulé sur WhatsApp, une application de messagerie populaire parmi les juifs orthodoxes, et sur Instagram, où certains influenceurs prennent le parti de la droite politique tout en partageant des recettes et des recommandations de produits qui s’inscrivent dans un style de vie orthodoxe.

Dans tous les forums, le message des partisans juifs du Trump était clair : il ne faut pas se fier aux résultats du scrutin.

Peu importe qu’il n’y ait aucune preuve de fraude électorale. (Les Républicains ont affirmé qu’il y avait des irrégularités électorales dans cinq États où Biden était en tête du décompte des voix. Jusqu’à présent, selon le Washington Post, aucune preuve n’a été apportée). Ou que les résultats devraient prendre plus de temps cette année en raison du grand nombre de bulletins de vote par correspondance. Ou que l’une des raisons pour lesquelles le décompte de ces votes a pris autant de temps est que plusieurs États dont le gouvernement est contrôlé par les Républicains ne l’ont pas autorisé avant le jour du scrutin.

Les agents électoraux de Philadelphie traitent les bulletins de vote par correspondance et par procuration pour les élections générales, au Pennsylvania Convention Center, le 3 novembre 2020, à Philadelphie. (AP Photo/Matt Slocum)

Les messages mettant en doute l’intégrité de l’élection ne se sont pas limités aux influenceurs orthodoxes d’Instagram.

Dov Hikind, un ancien député de l’État qui représentait Borough Park, un quartier très hassidique de Brooklyn, pendant plus de 30 ans, a fait à peu près la même chose sur Twitter après le jour du scrutin.

« Presque toutes les ‘irrégularités’ qui surgissent favorisent les Démocrates », a-t-il écrit dans un tweet après une liste d’incidents présumés de fraude électorale. « Faites le calcul ! ».

Alex Rapaport, un résident de Borough Park qui dirige Masbia, une soupe populaire casher, pense qu’une partie du problème de désinformation dans la communauté orthodoxe peut être attribuée à la façon dont l’information se répand parmi elle sur les réseaux sociaux.

« Certains découlent de la nature peer-to-peer de la façon dont l’information circule, à savoir que si quelque chose circule sur WhatsApp, cette information n’a pas de source », a-t-il déclaré.

Mais il a également rejeté la faute sur les sites d’information orthodoxes, qui, selon lui, proposaient un récit différent de la présidence de Donald Trump que les principaux organismes de presse au cours des quatre dernières années.

« Il ne s’agit pas seulement d’histoires d’élections, mais des quatre années entières où, lorsque des enfants ont été séparés de leurs parents, ce que presque tous nos grands-parents ont enduré, pourquoi cela n’a-t-il pas été un grand sujet ? », a-t-il demandé, faisant référence aux migrants d’Amérique du Sud. « Il y a eu très peu de débats, très peu de couverture médiatique. »

Michal Weinstein a révélé à la JTA qu’elle tirait une grande partie de ses informations de ses abonnés Instagram et des groupes WhatsApp.

« C’est comme si j’avais des soldats partout », dit-elle. « Je ne partage pas tout ce que je reçois parce que certaines choses sont extravagantes. Mais d’autres sont vraiment sensées. »

Mme Weinstein a dit avoir fait l’expérience de ce qu’elle a appelé la censure sur Instagram, y compris le shadowbanning, où les abonnés d’un compte ne voient pas les publications de celui-ci aussi facilement, à moins qu’ils ne recherchent spécifiquement le compte par son nom. (Instagram est la propriété de Facebook, qui a pris des mesures pour arrêter la propagation de la désinformation liée aux élections, y compris la suppression des messages qui mettent en doute son intégrité).

Elle a ajouté plus tard : « Lorsque vous êtes vraiment consciente et que vous cessez de croire les médias, vous comprenez alors que tout ce que vous voyez sur CNN, même sur Fox, est un mensonge. Ce n’est qu’un simulacre et de la manipulation ».

Elle est si soucieuse de pouvoir partager ses convictions sur le scrutin et d’autres questions qu’elle a récemment rejoint « Parler », une plateforme concurrente de Twitter prisée des conservateurs.

Le décompte des votes en Pennsylvanie a conduit un certain nombre de médias à annoncer la victoire de Biden samedi matin. Mais alors que Trump et ses alliés continuaient à remettre en question les résultats, des influenceurs ont reconnu la victoire et corrigé leurs publications après Shabbat.

« Ce ne sont pas eux qui décident qui est le président », a commenté samedi soir une personnalité d’Instagram portant le pseudo lindaadvocate et suivie par près de 23 000 personnes, à propos des organes de presse qui ont annoncé la victoire. « Nous devons vérifier tous les bulletins de vote légaux pour voir qui a vraiment été élu par le peuple américain. »

Le même soir, Weinstein a fait part de ses doutes quant à la victoire annoncée de Biden.

« Je ferai également un don à la campagne Trump pour aider à lutter contre cela », a-t-elle annoncé sur son compte. « Bouclez votre ceinture, ça va être la folie dans les prochaines semaines, les prochains mois. »

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