Des victimes de l’antisémitisme en France se confient
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Des victimes de l’antisémitisme en France se confient

Même si Olivier Feldman "a peur" pour sa femme, pour ses enfants", il écarte l'option de l'alyah : "Notre pays c'est la France".

Olivier Feldman, victime d'antisémitisme, lors d'un entretien avec l'AFP. (Crédit : AFPTV)
Olivier Feldman, victime d'antisémitisme, lors d'un entretien avec l'AFP. (Crédit : AFPTV)

Ils sont Français de confession juive et, pour certains, n’avaient jamais été victimes d’actes antisémites. L’irruption de messages ou actes haineux dans leur vie les a sonnés.

Aujourd’hui, des familles de la région parisienne sont sous le choc après avoir vu leur porte gribouillée d’une croix gammée, leur voiture rayée du mot JUIF ou avoir reçu des lettres anonymes haineuses.

Comme les Feldman, deux fois pris à partie en trois jours. Désormais, quand Olivier Feldman, consultant en communication de 49 ans, sort son chien, il « regarde autour de lui ». Et il « a peur » pour sa femme, pour ses enfants.

Le 18 février, une croix gammée est dessinée, en pleine journée, sur le linteau de sa porte d’entrée, sous la mézouza. La famille habite un immeuble, dans une petite copropriété coquette mais sans prétention, protégée par code d’entrée et interphone, à l’ouest de Paris.

Deux jours plus tard, sa fille, rentrant du lycée, trouve un courrier à son nom dans la boîte aux lettres. C’était un « message abominable » – dont l’AFP a vu une copie – proclamant qu' »Hitler n’est pas mort », insultant et menaçant l’adolescente.

Pourquoi elle, « qui a des amis de toutes les religions » ? C’est l' »incompréhension ». « On est pris au ventre, à la gorge, on a envie de pleurer, de crier », explique son père le lendemain.

« Amalgame »

« Et on se dit ‘ça y est : ça recommence' ». « Ça » : les prémisses de la Seconde Guerre mondiale, du génocide… Dans le salon, trône une photographie sur laquelle figure le grand-père d’Olivier, qui connut le camp d’extermination nazi de Treblinka.

A drawing of Treblinka by Samuel Willenberg, one of the last known living survivors.
Un dessin de Treblinka par Samuel Willenberg (Crédit : autorisation)

« On ne s’y attendait pas. On vit ici depuis 16 ans, en très bonne entente, avec tout le monde ».

« Français avant tout », il revendique « le droit de vivre sa religion » et d’aimer aussi Israël, sans approuver « tout ce qu’il s’y passe ». « Il y a un amalgame entre ce qui se passe en Israël et les juifs de France », dit cet homme, favorable au dialogue et à un État palestinien.

L’alyah n’est pas une option : « Notre pays c’est la France ».

D’autres familles ont choisi de fuir un environnement toxique en changeant de commune, comme Lior et son épouse, après « un an de calvaire » dans une banlieue cossue à l’est de Paris, où ils s’installent jeunes mariés au printemps 2017.

Lior est le fils d’un rabbin agressé en 2003 dans leur quartier d’origine, populaire, et qui s’est depuis fortement impliqué dans le dialogue interreligieux. Mais ce trentenaire, analyste économique, ne s' »attendait pas à rencontrer l’antisémitisme dans une banlieue bourgeoise ».

Mezouza. (Zeevveez/Flickr)

Ils y sont d’emblée reçus avec agressivité par un couple de voisins âgés. La situation dégénère avec la pose de la mézouza: « attention avec vos objets, à la moindre incartade on vous coupe la tête », crachent ces voisins.

New-York ou Miami

« Trois mois plus tard, la femme attendait mon épouse dans le couloir avec un couteau. On est tombé sur des dingues, connus des services de police mais qui agissent quand il n’y a pas de témoin. Le soir, ils criaient à travers notre porte ‘on va vous crever’. Dans les commerces, il racontait que ma femme se prostituait ».

Le couple cesse de faire Shabbat chez lui : leurs voisins font du tapage, tambourinent, se souciant peu que Lior appelle la police.

Sous les fenêtres, les insultes antisémites fusent.

Le couple déménage. « Aujourd’hui, je ne sors pas avec la kippa, la mézouza est sur le linteau le moins visible. Pour ma femme, le traumatisme a été très fort. Elle a beaucoup pleuré », soupire Lior.

Lior a « envie de ne plus avoir à se poser de questions sur la façon de vivre sa judaïté » et se verrait bien à New York ou Miami où être juif, « c’est cool ».

Stella, victime d’un cambriolage en Seine-Saint-Denis en mars 2017, a déménagé pour un endroit plus sûr dans le même département français, illustrant ainsi le phénomène d’alyah interne (Crédit : capture d’écran I24News)

Stella, elle, n’a jamais su qui étaient ses ennemis. Il y a d’abord eu le cambriolage du pavillon, en 2017, pendant que la famille dort, durant lequel tous les signes religieux sont jetés à terre. Puis, quelques semaines plus tard, le mot « juif » et une étoile gravés sur les portières de la voiture, les pneus lacérés, leurs valves volées…

« Je suis restée pétrifiée. J’ai senti comme des spasmes ». « A la police, on m’a dit ‘vous avez été repérés, il faut partir’. On s’est sauvé », pour quelques mois d’errance avant de retrouver ailleurs un logement dans leurs moyens, « dans une tour, pour avoir du monde : ça me rassurait », dit-elle.

La famille renonce aux investissements faits dans le pavillon qu’ils comptaient acheter, sur une bonne part de l’ameublement. « J’ai tout perdu ». Et ne comprend pas : « à la maison j’ai toujours eu toutes les nationalités ; nos plus belles vacances c’était en Tunisie. Le vivre ensemble… ».

Aujourd’hui, Stella dit « aller mieux » mais confesse : « je suis fatiguée ».

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