Dissolution de la Knesset, le pays en route pour un 4e scrutin en deux ans
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Dissolution de la Knesset, le pays en route pour un 4e scrutin en deux ans

Le Parlement s'est dissous faute d'accord sur le budget au sein même du gouvernement "d'union et d'urgence" formé en avril Netanyahu et son ex-rival Gantz

  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu vote à la Knesset, le 21 décembre 2020. (Capture d'écran de la chaîne Knesset)
    Le Premier ministre Benjamin Netanyahu vote à la Knesset, le 21 décembre 2020. (Capture d'écran de la chaîne Knesset)
  • La députée Kakhol lavan Miki Haimovich vote à la Knesset contre un projet de loi qui aurait pu repousser les élections, le 21 décembre 2020. (Capture d'écran de la chaîne Knesset)
    La députée Kakhol lavan Miki Haimovich vote à la Knesset contre un projet de loi qui aurait pu repousser les élections, le 21 décembre 2020. (Capture d'écran de la chaîne Knesset)
  • Des membres de la Knesset se disputent après la défaite d'un projet de loi qui aurait pu éviter des élections, le 21 décembre 2020. (Capture d'écran de la chaîne Knesset)
    Des membres de la Knesset se disputent après la défaite d'un projet de loi qui aurait pu éviter des élections, le 21 décembre 2020. (Capture d'écran de la chaîne Knesset)
  • Un employé prépare des urnes le 25 mars 2019 à l’entrepôt de la commission centrale électorale à Sholam, avant qu’elles ne soient envoyées vers des bureaux de vote pour les élections israéliennes du 9 avril. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
    Un employé prépare des urnes le 25 mars 2019 à l’entrepôt de la commission centrale électorale à Sholam, avant qu’elles ne soient envoyées vers des bureaux de vote pour les élections israéliennes du 9 avril. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
  • La Knesset, le parlement israélien à Jérusalem (Crédit : Orel Cohen / Flash90)
    La Knesset, le parlement israélien à Jérusalem (Crédit : Orel Cohen / Flash90)
  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, à la Knesset, le 17 mai 2020, après la prestation de serment du nouveau gouvernement. (Alex Kolomoisky/POOL)
    Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, à la Knesset, le 17 mai 2020, après la prestation de serment du nouveau gouvernement. (Alex Kolomoisky/POOL)

Le Parlement israélien s’est dissous sur le coup de minuit, mercredi, entraînant la convocation de nouvelles élections, les quatrièmes en deux ans, qui consacrent l’impossible union de Benjamin Netanyahu et Benny Gantz dans un même gouvernement.

Le mariage forcé aura été de courte durée. Huit mois tout au plus, avant le divorce et le retour en campagne électorale avec cette fois une pandémie de Covid-19 et le procès pour corruption du Premier ministre Netanyahu qui doit prendre son véritable envol début 2021, avant le nouveau scrutin prévu le 23 mars 2021. Cette date peut être changée au moyen d’un vote.

Mercredi, à la première seconde de la date butoir prévue pour adopter le budget de l’Etat, le Parlement s’est dissous faute d’accord sur le budget au sein même du gouvernement « d’union et d’urgence » formé en avril par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ex-rival Benny Gantz.

Après trois scrutins les ayant placés au coude-à-coude, Netanyahu et Gantz avaient provisoirement enterré la hache de guerre au printemps afin de mettre fin à la plus longue crise politique de l’histoire d’Israël, en s’alliant dans un même gouvernement.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rencontrent à Jérusalem, le 20 avril 2020. (Crédit : autorisation)

L’accord, visant à rassembler les principales forces politiques du pays pour affronter la pandémie de Covid-19, prévoyait notamment une rotation pour le poste de Premier ministre et l’adoption d’un budget unique pour les années 2020 et 2021.

Mais pour concrétiser cette rotation, et permettre à M. Gantz d’accéder au poste de chef de gouvernement l’an prochain, les parlementaires devaient au préalable s’entendre sur le budget, un pas qu’ils n’ont finalement jamais franchi.

La saga du budget, considérée par la presse locale comme le révélateur des tensions entre Netanyahu et Gantz, s’est étirée sur des mois avec pour échéance le 23 décembre. Si à cette date aucun compromis n’était trouvé, la Knesset (Parlement) se dissolvait et les Israéliens étaient convoqués à nouveau aux urnes.

Pour éviter ce scénario, la formation centriste Kahol Lavan de Benny Gantz avait proposé un compromis de la dernière chance – votez deux budgets séparés, un fin décembre, l’autre début janvier.

Mais mardi, les parlementaires ont rejeté, par 49 voix contre 47, ce compromis, ne laissant plus de place au doute sur le sort du gouvernement.

Un Parlement presque vide, en raison des restrictions contre le coronavirus, lors de l’assermentation de la 23e Knesset, le 16 mars 2020. (Crédit : Gideon Sharon / Porte-parole de la Knesset)

Le Waterloo du général Gantz

La presse israélienne étrillait mardi Benny Gantz, ancien chef de la puissante armée, qui n’aura pas réussi à faire adopter ses réformes de la justice, à devenir Premier ministre, ou simplement à maintenir intacte sa propre formation politique.

En pactisant avec le Likud au printemps, Benny Gantz avait déjà vu son parti se scinder, la moitié des députés refusant de rejoindre un gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu, inculpé de malversations, abus de confiance et corruption dans plusieurs affaires.

Et dans les derniers mois, le parti de Gantz a vu ses appuis fondre comme neige au soleil. En première place lors du scrutin de septembre 2019, sa formation ne serait aujourd’hui qu’en sixième, voire septième place, selon les derniers baromètres.

« Le moment est peut-être venu pour lui de dire simplement : j’ai essayé, j’ai voulu, j’ai échoué, je me retire », estimait mardi le Yediot Aharonot, le titre le plus vendu de la presse hébraïque.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Si le général Gantz a perdu cette bataille politique, Benjamin Netanyahu, lui, ne sort pas indemne des derniers mois, confronté à la dispersion de ses troupes à l’approche de sa comparution, début 2021, à son procès pour corruption, le premier de l’histoire d’Israël pour un chef de gouvernement en fonction.

Et contrairement aux trois élections précédentes, où le principal rival de Netanyahu était Gantz et son alliance centriste Kakhol lavan, les principaux challengers du Premier ministre devraient cette fois-ci venir de sa propre droite de l’échiquier politique.

Gideon Saar en visite à l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, le 16 décembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Son ancien ministre Gideon Saar a annoncé ce mois-ci la création de sa propre formation, Tikva Hadasha, ouvertement à droite, et déjà créditée de la seconde place selon de récents sondages.

Le Likud reste pour l’heure en tête des intentions de vote, mais l’apparition de ce nouveau parti et la montée de la formation de droite radicale Yamina d’un autre ancien ministre, Naftali Bennett, grignotent des voix à Netanyahu qui pourrait se retrouver après cet énième scrutin sans assez de partenaires pour se maintenir au pouvoir.

Saar et Bennett sont tous deux considérés comme plus bellicistes que Netanyahu sur les questions relatives aux Palestiniens et aux implantations.

D’ailleurs, si les trois derniers scrutins étaient des duels Netanyahu-Gantz, « la désintégration du parti Kakhol lavan a changé la dynamique », estime Yohanan Plessner, directeur de l’Institut démocratique d’Israël, un centre d’analyse de Jérusalem.

Résultat, dit-il : « nous ne savons même plus qui est le principal opposant » de Netanyahu qui entre en campagne électorale à l’heure où Israël amorce une autre campagne, sanitaire, de vaccination contre la Covid-19. Virus qui, il y quelques mois, avait favorisé son union avec Benny Gantz.

Netanyahu, 71 ans, est au pouvoir depuis 2009, et avait déjà été Premier ministre de 1996 à 1999, ce qui fait de lui un détenteur de record en terme de longévité politique. Il restera au pouvoir en tant que chef du gouvernement de transition jusqu’aux élections et jusqu’à la formation d’une nouvelle coalition.

Mardi soir, quelques heures avant la dissolution de la Knesset, Netanyahu a salué ses propres accomplissements en ce qui concerne la gestion de la pandémie et la signature de quatre accords de normalisation ces quatre derniers mois (avec les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc). Il a assuré qu’il a fait son possible pour éviter de nouvelles élections mais a promis que son parti s’en sortirait « grandement victorieux ».

« Je ne voulais pas d’élections. Le Likud ne voulait pas d’élections. Nous avons voté encore et encore contre des élections », a-t-il affirmé. « Benny Gantz est revenu sur nos accords. »

Le Premier ministre, qui est mis en examen pour corruption, a affirmé que Gantz « a insisté pour laisser (le ministre de la Justice Avi) Nissenkorn poursuivre la dictature des responsables de gauche » dans le système judiciaire.

Après avoir réalisé que son parti ne soutiendrait pas un accord, conclu avec le Likud, visant à limiter les pouvoirs de Nissenkorn, Gantz aurait fait marche arrière.

« La plupart des Israéliens reconnaissent notre direction et nos accomplissements », a dit Netanyahu, évoquant le succès dans l’obtention des vaccins pour Israël, les accords de normalisation avec les pays arabes et la solidité de l’économie.

« Le choix dans cette élection est clair : soit un gouvernement dépendant du [chef de l’opposition Yair] Lapid et la de la gauche, soit un véritable gouvernement de gauche.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prend la parole lors d’une conférence de presse à la Knesset à Jérusalem, le 2 novembre 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Kakhol lavan a réagi a ces accusations en rejetant la faute sur Netanyahu : « un homme accusé de crimes, avec trois mises en examen, traîne le pays vers sa quatrième campagne électorale ».

« S’il n’y avait pas de procès, il y aurait un budget et il n’y aurait pas d’élections », a déclaré le parti dans un communiqué.

Les efforts pour éviter ou au moins repousser ces nouvelles élections ont été réduits à néant dans la nuit de lundi à mardi, lorsque la Knesset a rejeté de justesse un projet de loi qui aurait reporté l’échéance de mardi à minuit pour l’adoption du budget de l’État.

Netanyahu a pris part au vote, votant en faveur du projet de loi et croyant apparemment qu’il obtiendrait une majorité. Mais trois députés Kakhol lavan ont défié la consigne de vote du parti et ont voté contre, tout comme la député du Likud Michal Shir – qui a fait irruption dans le plénum de la Knesset à la dernière minute, ayant auparavant indiqué qu’elle était malade. Shir a par la suite démissionné pour rejoindre l’ancien parti Tikva Hadasha de Saar.

Le résultat final du vote a été de 49 contre, 47 en faveur, et il est apparu clairement que les législateurs du Likud et de Kakhol lavan avaient trompé Netanyahu en lui faisant croire qu’il avait les votes nécessaires pour faire passer la loi.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu vote à la Knesset, le 21 décembre 2020. (Capture d’écran de la chaîne Knesset)

Les députés Kakhol lavan Asaf Zamir, Miki Haimovich et Ram Shefa ont voté contre le projet de loi, tandis que les autres membres du parti sont restés à distance. Alors que Shir du Likud a voté contre, la députée Sharren Haskel était absente ; les autres députés du Likud ont soutenu le projet de loi. Les ministres travaillistes Amir Peretz et Itzik Shmuli étaient absents, tandis que la troisième députée du parti travailliste, Meirav Michaeli, s’y est opposé.

La députée Kakhol lavan Miki Haimovich vote à la Knesset contre un projet de loi qui aurait pu repousser les élections, le 21 décembre 2020. (Capture d’écran de la chaîne Knesset)

Si le projet de loi avait été adopté, il aurait repoussé du 23 au 31 décembre la date limite pour l’adoption du budget 2020. La date limite pour l’approbation d’un budget couvrant l’année 2021 aurait été le 5 janvier.

Dans le cadre de l’accord de partage du pouvoir entre le Likud et Kakhol lavan qui sous-tendait leur coalition, l’échec de l’adoption d’un budget était la seule faille qui aurait permis à Netanyahu d’éviter d’avoir à céder le poste de premier ministre à Gantz en novembre 2021. Le Likud avait retardé l’adoption du budget pendant des mois afin de renégocier un accord de coalition plus favorable. En août, Gantz avait accepté de prolonger le délai d’adoption du budget de l’État jusqu’au 23 décembre.

Lundi, le Likud et Kakhol lavan se sont accusés mutuellement de ne pas être parvenus à un accord et d’empêcher la tenue de nouvelles élections, qui devraient coûter quelque 2,5 milliards shekels.

Gantz, s’adressant à ses députés Kakhol lavan, a déclaré qu’il avait présenté cinq demandes à Netanyahu : adopter les budgets 2020 et 2021 ; approuver toutes les nominations de haut niveau qui ont été retardées ; fermer toutes les failles qui permettraient à Netanyahu d’éviter de céder le pouvoir à Gantz dans le cadre de leur accord de rotation ; garder Avi Nissenkorn comme ministre de la justice ; et approuver le règlement intérieur de la Knesset. Il a dit qu’il s’attendait à ce que Netanyahu les refuse.

Mais des sources proches de Kakhol lavan et du Likud ont déclaré que Gantz, dans ses négociations avec Netanyahu ces derniers jours, avait été prêt à limiter les pouvoirs du ministre de la Justice de Kakhol lavan Nissenkorn, et à accepter les demandes de Netanyahu de reconsidérer la sélection d’un nouveau procureur, même si Amit Aisman a déjà été nommé, et de modifier les modalités de sélection des juges de la Cour suprême d’Israël. Ces changements, qui auraient permis à Netanyahu d’avoir un mot à dire dans les hiérarchies qui le poursuivent et le jugent actuellement pour corruption, ont cependant été rejetés par de nombreux collègues de Gantz au sein de Kakhol lavan, notamment Nissenkorn, et Gantz a donc fait machine arrière, selon les sources.

Haim Ramon, un ancien député qui avait négocié au nom de Gantz, a déclaré que les deux partis étaient parvenus à un accord à la fin de la semaine dernière, mais que Netanyahu avait alors exigé que la date à laquelle il devait remettre le poste de premier ministre à Gantz soit reportée de novembre 2021 à mai 2022. Cela a signifié l’échec des efforts pour parvenir à un compromis et éviter des élections, a déclaré Ramon à la radio de l’armée.

Lundi soir, Netanyahu a affirmé que Gantz était revenu sur ses engagements en raison de « pressions internes » au sein de Kakhol lavan et que Nissenkorn et « la gauche » essayaient de « piétiner notre démocratie ».

Gantz a rétorqué que « des dizaines de rumeurs et de mensonges » avaient été répandus ces derniers jours, affirmant que « nous avons compromis, nous avons accepté, nous avons vendu la démocratie ». Il s’agissait simplement de « mensonges et d’inventions », a-t-il dit.

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