Il y a eu plus qu’un simple échange de prisonniers entre Israël et la Syrie
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Il y a eu plus qu’un simple échange de prisonniers entre Israël et la Syrie

Tous les détails de l'accord ne sont pas autorisés à la publication ; le député Tibi a réagi : "Un Juif doit-il entrer à Gaza pour que les Palestiniens soient vaccinés ?"

Yaron Blum, coordonnateur pour les négociations sur le retour des prisonniers de guerre et des disparus, le 3 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)
Yaron Blum, coordonnateur pour les négociations sur le retour des prisonniers de guerre et des disparus, le 3 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’aspect central de l’arrangement qui a permis de garantir la libération d’une femme israélienne qui était entrée en Syrie – un accord qui a été négocié par la Russie – a été interdit à la publication par le censeur militaire, alors que le dossier pourrait être considéré comme hautement sensible, voire controversé, par le public israélien.

Le membre de la Knesset, Ahmad Tibi, a répondu à la polémique sur son compte Twitter. Les politiciens ne sont pas soumis au censeur militaire.

« La semaine dernière, j’ai déposé à la Knesset une demande visant à autoriser l’entrée de milliers de vaccins à Gaza, et à fournir des vaccins aux Palestiniens de Cisjordanie à partir des importantes quantités de vaccin dont dispose Israël (ce qui relève également de la responsabilité d’une force d’occupation). Dois-je attendre qu’un Juif pénètre à Gaza pour que les Palestiniens aient des vaccins ? »

Le 2 février, la femme avait traversé la frontière avec la Syrie par les collines du mont Hermon, un secteur où il n’y a que peu de clôtures et une surveillance minimale par caméra. Il est difficile de dire pour le moment comment cette femme de 25 ans, qui parlerait arabe couramment, savait qu’il serait plus facile de passer la frontière dans ce secteur. L’armée a fait savoir qu’elle avait ouvert une enquête sur l’incident.

Ce n’est pas la première fois qu’elle tentait de franchir les frontières israéliennes. Selon les autorités, elle avait tenté de pénétrer à deux reprises dans la bande de Gaza – une fois par la terre, et l’autre sur une embarcation de fortune – et elle avait aussi essayé d’entrer sur le territoire jordanien. Elle avait été rattrapée à chaque fois par la police ou l’armée.

Après être parvenue à entrer en Syrie, elle était arrivée dans le village druze de Khader, où elle avait été capturée car soupçonnée d’espionnage. Elle avait été confiée aux services de renseignement syriens. Damas avait informé la Russie de l’incident et Moscou avait transmis l’information à Israël, lançant un processus de négociations en vue d’un rapatriement au sein de l’État juif.

Initialement, Israël avait accepté des concessions concernant deux prisonniers — Nihal al-Maqt et Dhiyab Qahmuz — tous deux originaires de la communauté druze du plateau du Golan, une communauté largement restée fidèle à Damas après la capture de la région par Israël en 1967 et son annexion effective en 1981.

Al-Maqt, résidente de Majdal Shams, sur le plateau du Golan, vient d’une famille de prisonniers dont les membres se sont toujours opposés à la gouvernance de l’État juif sur la région. Elle avait été inculpée en 2017 par un tribunal israélien pour incitations, selon les médias syriens.

Qahmuz, un résident de Ghajar, sur le Golan, avait été condamné à 16 ans de prison en 2018 pour avoir comploté un attentat à la bombe en coordination avec le Hezbollah, au Liban.

Nihal Al-Maqt, une Syrienne détenue par Israël, dans les médias syriens, le 17 février 2021. (Capture d’écran : Douzième chaîne)

Al-Maqt a fait savoir à la chaîne syrienne Al-Ikhbariya TV, mercredi après-midi, qu’elle avait été assignée à résidence.

Toutefois, Qahmuz, dont la peine devait être réduite et qui devait être renvoyé en Syrie dans le cadre de l’échange, a refusé d’être expulsé.

Il a donc été retiré du dossier et à la place, l’État juif a accepté de libérer deux Syriens qui avaient traversé la frontière vers le territoire israélien au début du mois, alors qu’ils étaient ostensiblement en train de garder leurs troupeaux. L’armée israélienne pense que le Hezbollah et d’autres groupes soutenus par l’Iran utilisent les bergers locaux pour mener à bien des missions de reconnaissance le long de la frontière.

« En accord avec les directives du gouvernement israélien, l’armée a renvoyé deux bergers en territoire syrien », a annoncé Tsahal, précisant que les deux hommes avaient été remis à la Croix-Rouge internationale (CICR) à Qouneitra, en Syrie.

Les militaires n’ont pas apporté de précision sur l’identité des deux hommes mais l’agence de presse syrienne SANA a confirmé cet échange de prisonniers, identifiant les deux hommes sous les noms de Mohamed Hussein et de Tarek al-Obeidan.

Yaron Blum, coordonnateur pour les négociations sur le retour des prisonniers de guerre et des disparus, le 3 avril 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’Israélienne, qui n’a pas été identifiée, est arrivée de Moscou – elle se trouvait en Russie depuis mercredi – et elle a atterri à l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv. Elle a parlé à sa famille avant le décollage et elle devait être interrogée par les services de sécurité du Shin Bet, selon des informations parues dans les médias israéliens.

Accompagnant la femme dans l’avion, se trouvaient Asher Hayun, qui travaille aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Yaron Bloom, coordinateur gouvernemental chargé des négociations autour des prisonniers de guerre et des personnes portées-disparues, des représentants du Conseil national de sécurité et un médecin qui a contrôlé l’état de santé de la femme.

Le bureau du Premier ministre avait fait savoir dans un communiqué antérieur que la ressortissante était sur le point de revenir au sein de l’État juif.

« Israël a toujours fait et fera toujours tout ce qui est en son pouvoir pour rapatrier ses citoyens », avait dit Netanyahu.

« Il y a quelques jours, une jeune Israélienne a traversé la frontière avec la Syrie. J’ai parlé à deux reprises (de cette situation, NDLR) avec mon ami, le président russe Vladimir Poutine. Je lui ai demandé son aide pour favoriser le retour de la jeune femme et il a agi », a déclaré dans la nuit de jeudi à vendredi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a « remercié » le chef de l’État russe.

Netanyahu s’était entretenu avec Poutine le 8 et le 13 février, lui demandant son aide pour ramener la femme. Suite à ces discussions, le conseiller à la Sécurité nationale Meir Ben-Shabbat et le conseiller politique de Poutine avaient organisé une série de discussions pour conclure l’accord, a noté le communiqué émis par le bureau du Premier ministre.

Le bureau du Premier ministre a remercié Poutine pour son aide.

La Russie, proche alliée du régime syrien, a servi régulièrement d’intermédiaire entre Jérusalem et Damas, qui n’entretiennent pas de relations officielles et qui restent théoriquement en guerre.

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