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Analyse

Eisenkot prépare le terrain pour la formation d’un gouvernement minoritaire

Le chef du parti Yashar envisage une coalition de 58 sièges comme alternative à un partenariat avec Raam, estimant que même un gouvernement fragile est préférable à un 7e mandat de Benjamin Netanyahu

Gadi Eisenkot, chef du parti Yesh Atid, en visite au kibboutz Nir Oz, près de la frontière avec Gaza, dans le cadre de sa campagne électorale, le 5 août 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)
Gadi Eisenkot, chef du parti Yesh Atid, en visite au kibboutz Nir Oz, près de la frontière avec Gaza, dans le cadre de sa campagne électorale, le 5 août 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Gadi Eisenkot, chef du parti centriste Yashar et actuellement en tête dans les sondages, est confronté à un dilemme politique complexe à l’approche des élections législatives du 27 octobre.

Le bloc qu’il dirige, qui regroupe la faction Beyahad des anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid, le parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman, ainsi que Les Démocrates (la liste commune des partis Avoda et Meretz menée par Yaïr Golan), devrait, selon la plupart des sondages, remporter 58 ou 59 sièges. Ce chiffre est très proche de la majorité de 61 sièges requise à la Knesset, qui compte 120 membres, mais reste tout de même en deçà.

Si les sondages sont exacts, Eisenkot ne disposerait pas du nombre de sièges nécessaire pour former une coalition soutenue par une majorité parlementaire. Sa stratégie privilégiée est claire : rallier davantage d’électeurs de droite afin de franchir confortablement le seuil des 61 sièges. Toutefois, si cela échoue, une autre voie s’offre à lui.

La loi israélienne n’exige pas 61 députés pour former un gouvernement ; une majorité simple des députés présents lors du vote suffit. Un gouvernement pourrait, en théorie, être formé par un vote de 59 voix contre 50, par exemple.

Une majorité de 61 sièges ou plus reste naturellement préférable, car elle offre une base législative stable pour faire face aux réalités complexes d’Israël, en particulier après la longue mainmise sur le pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de son parti, le Likud. Mais ces dernières semaines, Yashar s’est discrètement préparé à un scénario d’urgence : la formation d’un gouvernement comptant 58 ou 59 députés. Le consensus qui se dessine autour d’Eisenkot est que même un gouvernement minoritaire et fragile serait préférable au maintien de Netanyahu au pouvoir.

Les proches d’Eisenkot font état d’une ferme détermination à mettre fin au règne de Netanyahu. Même si un gouvernement minoritaire peinait à survivre et que la Knesset était dissoute peu après pour organiser de nouvelles élections, le paysage politique aurait fondamentalement changé. Il convient notamment de noter que, dans un tel scénario, le Premier ministre par intérim jusqu’à la tenue d’un nouveau scrutin serait Eisenkot et non Netanyahu.

Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, participant à une conférence à Haïfa, dans le nord d’Israël, le 9 juillet 2026. (Crédit : Sharon Leibel/Flash90)

L’opinion publique israélienne est généralement réticente à l’idée d’un gouvernement minoritaire, et pour cause. Une coalition soutenue par 59 sièges ne représente en effet qu’environ 49 % de l’électorat. Les détracteurs pourraient facilement faire valoir qu’un tel gouvernement ne dispose pas d’un mandat populaire suffisant pour prendre des mesures significatives.

Mais quelle est l’alternative ?

Si Eisenkot échoue de peu à former un gouvernement majoritaire et que Netanyahu reste à une dizaine de sièges de la majorité, Israël pourrait se retrouver entraîné dans une nouvelle campagne électorale épuisante. Pendant toute cette période de transition, Netanyahu continuerait d’exercer ses fonctions de Premier ministre par intérim. Si son bloc (droite, religieux et extrême-droite) parvenait à rassembler environ 50 sièges, il dirigerait le pays tout en ne représentant que 41 % des électeurs.

D’où le dilemme qu’Eisenkot pourrait soumettre aux électeurs : un gouvernement minoritaire soutenu par 58 ou 59 députés est-il intrinsèquement moins légitime qu’un Premier ministre par intérim dont le soutien est nettement plus restreint ?

Israël a déjà connu une version prolongée de cette situation entre 2019 et 2021. Au cours de quatre élections consécutives qui se sont soldées par une impasse, Netanyahu n’est pas parvenu à obtenir la majorité pour son bloc. Pourtant, en vertu du principe de continuité gouvernementale, il est resté en fonction jusqu’à la mi-2021. Son maintien au poste de Premier ministre ne tenait pas à une majorité parlementaire, mais simplement au fait qu’il occupait déjà ce siège.

Eisenkot entend empêcher que ce scénario paralysant ne se reproduise. De son point de vue, si les électeurs accordent à son bloc une avance nette qui n’atteint pas tout à fait les 61 sièges, rien ne justifie que Netanyahu conserve l’avantage inhérent à son statut de titulaire.

L’option Raam

Une autre alternative existe toutefois : faire entrer directement au gouvernement le parti Raam de Mansour Abbas. Parmi les électeurs de l’opposition du « bloc du changement » anti-Netanyahu, 56 % soutiennent cette initiative, tandis que 55 % des électeurs du bloc de Netanyahu y sont fermement opposés.

Le député Mansour Abbas, chef de Raam, s’adressant aux délégués de son parti lors de leur congrès, à Tayibe, le 22 août 2026. (Crédit : Facebook)

L’intégration de Raam dans la coalition pourrait apporter quatre ou cinq sièges décisifs, ce qui aiderait facilement Eisenkot à franchir le seuil requis. Cependant, l’inclusion d’une faction islamiste au sein du gouvernement pourrait s’avérer encore plus difficile à accepter pour l’opinion publique et la classe politique qu’une coalition minoritaire. Raam était un membre clé de la coalition de 2021-2022 dirigée par Bennett et Lapid (et avait auparavant été courtisé sans succès par Netanyahu), mais dans l’Israël post-7 octobre 2023, Bennett a déclaré qu’il ne renouerait pas avec ce partenariat s’il remportait les élections en octobre.

La principale difficulté réside dans l’identité de Raam. Le parti est issu de la branche sud du Mouvement islamique en Israël. Malgré les efforts persistants d’Abbas pour éloigner la faction de l’instance religieuse et spirituelle dirigeante du mouvement, le Conseil islamique de la Choura, une partie importante de l’opinion publique juive considère toujours qu’un partenariat politique officiel avec celle-ci est profondément problématique.

Dans un discours prononcé samedi lors du congrès du Raam, Abbas a déclaré qu’il souhaitait que le parti fasse partie du « bloc du changement » visant à battre Netanyahu. Mais il a également irrité les sionistes en affirmant qu’un « État palestinien indépendant » était déjà « une réalité reconnue par la plupart des pays du monde », en exhortant Israël et les États-Unis à le reconnaître et en s’engageant à « œuvrer pour la paix, le rapprochement et la fin de l’occupation et du conflit », les Arabes israéliens devant servir de « pont vers la paix ».

Netanyahu n’a pas tardé à qualifier Raam de hors-la-loi politique : « Le prix d’une coalition de gauche avec les Frères musulmans a été une nouvelle fois mis à nu », a-t-il déclaré. Mais Eisenkot a lui aussi rejeté les propos d’Abbas, insistant sur le fait « qu’il n’y a pas d’État palestinien, et que dans le gouvernement que nous formerons, aucun État palestinien ne sera établi ».

Parallèlement, des négociations sont en cours pour inscrire un candidat juif de premier plan sur la liste de Raam : l’ancien député Yoav Segalovich, qui était jusqu’à récemment un membre important du parti Yesh Atid. Ce dernier a notamment occupé des fonctions de haut rang au sein de la police israélienne, atteignant le grade de commissaire adjoint.

Pour l’électorat arabe musulman, l’ajout d’un ancien haut responsable israélien de la sécurité sur la liste électorale est loin d’être une démarche évidente. À l’inverse, on demande à l’opinion publique juive d’accepter l’idée que Raam tente de se transformer en un véritable parti de coopération arabo-juive. La formation a encore un long chemin à parcourir avant d’être universellement acceptée comme un partenaire naturel de coalition, mais Abbas a jusqu’au 27 octobre pour faire évoluer l’opinion publique.

Précédents

Il existe un précédent récent concernant la formation d’un gouvernement minoritaire. En 2021, les dirigeants du « gouvernement du changement » – Bennett, Lapid, Gideon Saar, Benny Gantz, Liberman et Merav Michaeli – prévoyaient de former une coalition soutenue par exactement 61 députés, dont les quatre représentants de Raam. Cependant, peu avant ce vote décisif, le député Raam, Saïd al-Harumi, a annoncé qu’il s’abstiendrait plutôt que de voter en faveur du nouveau gouvernement, en signe de protestation contre les démolitions de maisons dans des communautés bédouines non reconnues du Néguev.

Le Premier ministre désigné Naftali Bennett s’adressant à la Knesset, le 13 juin 2021. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)

Finalement, le gouvernement avait obtenu la confiance de la Knesset à une très courte majorité de 60 voix contre 59, permettant ainsi à Bennett d’accéder au poste de Premier ministre.

Cette cérémonie de prestation de serment de juin 2021 reste dans les mémoires comme l’un des spectacles les plus déplaisants de l’histoire de la Knesset. Les législateurs du Likud avaient couvert le discours de Bennett de cris incessants, tentant de délégitimer la transition démocratique du pouvoir. Le Likud a eu du mal à accepter son passage soudain dans l’opposition, consacrant toute son énergie à saper le gouvernement Bennett tout au long de ses 18 mois au pouvoir, et finissant par convaincre suffisamment de membres du propre parti de Bennett de faire défection afin de faire tomber la coalition.

Eisenkot n’était pas à la Knesset à l’époque. Aujourd’hui, il se prépare à l’éventualité de se heurter à la même résistance farouche s’il parvient à détrôner Netanyahu. Un gouvernement minoritaire ne manquerait pas d’amplifier la bataille politique.

Il existe plusieurs autres précédents historiques de gouvernements minoritaires en Israël, bien que la plupart aient dérivé vers ce statut au fil du temps plutôt que d’avoir été formés ainsi dès le départ.

Le Premier ministre Yitzhak Rabin s’exprimant lors une session conjointe du Congrès, à Washington, le 28 janvier 1976. (Crédit : AP Photo)

Le premier gouvernement d’Yitzhak Rabin est devenu une coalition minoritaire fin 1976 à la suite d’une crise entre la religion et l’État. Une cérémonie d’accueil, organisée pour l’arrivée des premiers avions de chasse F-15 israéliens en provenance des États-Unis, s’était prolongée après le coucher du soleil un vendredi, enfreignant ainsi les règles de Shabbat. La crise qui s’ensuivit poussa les ministres du parti HaMafdal à quitter la coalition, laissant Rabin sans majorité parlementaire jusqu’aux prochaines élections.

En 1981, Menahem Begin a formé son deuxième gouvernement. Bien qu’il ne s’agisse pas, techniquement, d’un gouvernement minoritaire, celui-ci reposait sur une fragile majorité de 61 députés. Cette coalition a néanmoins pris certaines des décisions les plus marquantes de l’histoire d’Israël : l’extension de la loi israélienne au plateau du Golan, l’achèvement du retrait de la péninsule du Sinaï et le déclenchement de la Première Guerre du Liban. La coalition s’est ensuite élargie, neutralisant ainsi la menace immédiate qui pesait sur sa survie.

En 1993, le deuxième gouvernement Rabin a perdu sa majorité après le retrait du parti ultra-orthodoxe Shas, en raison des enquêtes pénales visant son chef, Aryeh Deri, et de la montée des tensions avec le parti de gauche Meretz.

Le gouvernement s’est alors retrouvé avec 56 députés et a dû compter sur le soutien extérieur des factions arabes, dans un arrangement où les partis arabes n’acceptaient pas de postes au sein du gouvernement, mais votaient avec celui-ci lors des motions de censure afin d’empêcher sa chute. C’est ce gouvernement minoritaire qui a mené à bien certaines des initiatives diplomatiques les plus marquantes de l’histoire d’Israël : les Accords d’Oslo et le traité de paix avec la Jordanie.

Trois transfuges de droite issus du parti Tzomet ont ensuite rejoint la coalition, portant son effectif à 59 députés. À la suite de l’assassinat de Rabin en novembre 1995, Shimon Peres a prêté serment en tant que Premier ministre et a continué à diriger un gouvernement minoritaire jusqu’aux élections de mai 1996, lors desquelles il a été battu par Netanyahu, qui a accédé au pouvoir pour la première fois.

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