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Elections à Jérusalem : 6 bureaux de vote pour 360 000 les habitants de l’Est

Dans le passé, peu d'Arabes prenaient part aux élections mais l'intérêt semble s'accroître et certains accusent la municipalité de tenter de supprimer le vote arabe

Un résident arabe en train de voter lors des élections municipales le 11 novembre 2008 (Crédit :  Daniel Dreifuss/Flash90)
Un résident arabe en train de voter lors des élections municipales le 11 novembre 2008 (Crédit : Daniel Dreifuss/Flash90)

La municipalité de Jérusalem prévoit de n’ouvrir que six bureaux de vote dans la partie orientale de la ville, majoritairement arabe, pour le scrutin municipal du mois d’octobre. Elle a été accusée de tenter d’empêcher les résidents arabes de voter – le secteur Est de la ville étant peuplé par 360 000 personnes.

Les quartiers juifs, qui représentent la plus grande partie de l’électorat, disposeront de plus de 180 bureaux de vote, a fait savoir Haaretz jeudi. Chaque bureau de vote situé dans un quartier juif servira à approximativement 20 000 électeurs contre 40 000 personnes par bureau dans les quartiers arabes.

Trois bureaux de vote seront ouverts dans le quartier juif-arabe de Beit Safafa, ce qui signifie que les trois autres destinés aux électeurs arabes, situés dans la Vieille Ville, Sheikh Jarrah et Jabal Mukkaber, serviront environ 80 000 électeurs chacun.

Les autres quartiers arabes ne devraient pas être dotés de bureaux de vote au mois d’octobre et, selon Haaretz, certains électeurs devront parcourir au moins 5 kilomètres pour mettre leur bulletin dans l’urne.

Israël a annexé Jérusalem-Est après la Guerre des Six jours et considère que cette partie de la ville fait partie de sa capitale indivisible, mais les résidents arabes vivant là-bas ont boycotté les scrutins municipaux afin de ne donner aucune légitimité à la présence israélienne. Selon Haaretz, environ 1 % des électeurs arabes éligibles ont participé aux élections pour la mairie de Jérusalem en 2013.

Vue de Jérusalem, photo prise en 2008 (Crédit : Nati Shochat/Flash 90)

Le nombre important de bureaux de vote dans les quartiers juifs de la ville signifie que chaque bureau aura une moyenne de 3,5 isoloirs, contre 75 isoloirs à l’école Abdullah Ibn Hussein de Sheikh Jarrah.

De plus, sur tous les bureaux ouverts dans les quartiers arabes, seul celui de Beit Safafa sera accessible aux personnes à mobilité réduite.

Un grand nombre des habitants de Jérusalem-Est sont des résidents permanents qui jouissent du droit à participer aux élections locales, mais qui n’ont pas la citoyenneté et ne peuvent voter pour la Knesset.

Ces dernières années, le nombre de demandes de naturalisation à Jérusalem-Est a considérablement augmenté, mais la majorité des dossier de candidatures n’a pas encore été traitée.

Saeb Erekat, secrétaire-général du comité exécutif de l’organisation de libération de la Palestine, a récemment émis un appel en direction des Palestiniens vivant à Jérusalem-Est de boycott des élections.

« La participation à ce scrutin aidera l’establishment israélien à promouvoir son projet de ‘Grand Jérusalem’… et jouera un rôle complémentaire dans la mise en oeuvre de son plan colonial d’implantation et de ses opérations de nettoyage ethnique », a noté Erekat dans un communiqué.

Toutefois, Yair Assaf-Shapira, chercheur à l’Institut de Jérusalem de recherche politique, a expliqué à Haaretz qu’il était gêné par que la ville justifie son manque d’investissement dans des bureaux de vote dans les quartiers arabes par le boycott exercé, disant que « le fait qu’ils ne votent pas ne peut servir de prétexte valable pour les empêcher de voter. Ce que cela signifie, c’est que vous allez priver ceux qui, eux, veulent le faire ».

Une israélienne laïque vote dans un bureau de Jérusalem lors des élections municipales de la ville dans une école, le 11 novembre 2008 (Crédit : Michal Fattal/Flash90)

Une étude réalisée par le Centre de recherche politique et de sondage de Ramallah au mois de juin a révélé que 22 % des résidents de Jérusalem-Est avaient l’intention de voter lors du scrutin, que 73 % s’abstiendraient et que 5 % restent encore indéterminés.

La comparaison de ces résultats avec un précédent sondage réalisé par le centre en juillet 2010 montre un changement significatif dans le comportement des Palestiniens.

Interrogés en 2010 sur leur éventuelle participation avant des élections municipales ou pour la Knesset, seuls 8 % des habitants de Jérusalem-Est avaient apporté une réponse positive.

Ramadan Dabash, un habitant du quartier Sur Baher, se présente au scrutin comme chef du tout nouveau parti Jérusalem pour ses habitants, qui a pour objectif de refléter les inquiétudes des résidents de Jérusalem-Est.

Ramadan Dabash, résident palestinien de Sur Baher qui se présente au conseil municipal de Jérusalem, dans sa seconde habitation de Beit Hanina, au mois de juillet 2018 (Crédit : Adam Rasgon/Times of Israel)

« Nous ne disons à personne de devenir Israélien, de changer sa religion, d’abandonner la mosquée Al-Aqsa ou de rejoindre l’armée israélienne », a expliqué au début du mois Dabash au Times of Israel. « Nous disons qu’il faut que nous garantissions que nous bénéficierons de meilleurs services. Nous devons avoir une voix au conseil municipal pour lutter en faveur de nos droits ».

On observe une disparité significative dans les services municipaux offerts à Jérusalem-Est et à Jérusalem-Ouest.

Jérusalem-Est souffre d’un taux de pauvreté extrêmement élevé, d’une pénurie d’environ 2 000 salles de classes, d’un manque de permis de construire, de services sanitaires inappropriés et d’autres problèmes, selon l’Association pour les droits civils en Israël, un groupe israélien de défense des droits de l’homme et civils.

Et même si les résidents de la partie orientale de la ville représentent 37 % – ou 327 700 – d’une population estimée à 882 700 personnes, la municipalité n’y investit qu’environ 10 % à 12 % de son budget, selon Danny Seidemann, directeur de l’organisation Terrestrial Jerusalem, une ONG qui s’intéresse aux développements politiques au sein de la municipalité.

Adam Rasgon a contribué à cet article.

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