En Israël, la crise coûterait 11 milliards de shekels sur 6 semaines
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En Israël, la crise coûterait 11 milliards de shekels sur 6 semaines

L’Autorité fiscale discutera de l'assouplissement des exigences de paiement pour les entreprises ; les entreprises ferment, provoquant le chômage technique des employés

Des étagères vides dans un supermarché de Jérusalem, le 14 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir / Flash90)
Des étagères vides dans un supermarché de Jérusalem, le 14 mars 2020. (Crédit : Yossi Zamir / Flash90)

Le ministère des Finances prédit que le ralentissement partiel du pays prenant effet ce dimanche coûterait à l’économie quelque 11 milliards de shekels (2,7 milliards d’euros) en six semaines.

Shira Greenberg, économiste en chef du ministère des Finances, a estimé que le shutdown pourrait coûter 4,5 milliards de shekels (1,1 milliard d’euros) s’il ne devait durer que trois semaines. L’estimation de ce nombre, inférieur, se base sur l’hypothèse que les entreprises licencieront moins d’employés au début de la crise.

Greenberg a présenté cette estimation aux responsables du cabinet du Premier ministre à l’occasion de discussions sur le shutdown avant l’annonce de samedi. Son étude visait à minimiser les conséquences économiques, a rapporté le quotidien économique Calcalist.

Le ministère des Finances restait fermement opposé à un shutdown complet, faisant valoir que les efforts du ministère de la Santé afin d’éradiquer totalement le virus étaient irréalistes et que l’épidémie devait être gérée de façon à ne pas provoquer d’effondrement économique.

Le directeur de l’autorité fiscale, Eran Yaakov, tiendra une réunion dimanche matin afin de discuter des mesures possibles afin de répondre à la crise, y compris le report des paiements des entreprises.

Dans un signe avant-coureur des conséquences économiques probables du shutdown, la chaîne de vêtements Castro a annoncé après la déclaration gouvernementale qu’elle fermerait ses 454 magasins et placerait ses 6 000 employés en congé sans solde. Castro, la plus grande entreprise vestimentaire d’Israël, a déclaré que sa boutique en ligne continuerait à fonctionner comme d’habitude.

Une voyageuse portant un masque de protection vérifie son téléphone dans le hall des arrivées de l’aéroport international de Ben Gourion, près de Tel Aviv, le 10 mars 2020. (Crédit : Jack Guez / AFP)

La chaîne de vêtements Zara a également annoncé la fermeture de tous ses magasins en Israël. Certains centres commerciaux resteront partiellement ouverts afin de fournir des services essentiels – les banques, les pharmacies et les supermarchés qui y sont hébergés devraient rester ouverts.

Les restaurants seront autorisés à continuer à proposer les livraisons de nourriture et les commandes.

Le secteur de la construction devrait continuer à fonctionner comme d’habitude, car les nouvelles directives interdisent à 10 personnes de travailler ensemble à l’intérieur, mais non pas à l’extérieur.

Cette industrie dépend grandement des travailleurs palestiniens de Cisjordanie. Le gouvernement travaille sur une solution afin que ces travailleurs puissent se trouver en Israël en cas de fermeture de la frontière, ce qui pourrait nécessiter la délivrance de davantage de permis de travail, pour un total de 55 000, mais en les limitant aux travailleurs de moins de 55 ans – ceux qui sont moins sensibles au virus.

Le gouvernement pourrait également exiger des travailleurs palestiniens qu’ils restent en Israël pendant une plus longue période afin de réduire le risque d’infections transfrontalières. Cette exigence pourrait également aider l’industrie hôtelière en lui fournissant des clients, alors que le tourisme en Israël a quasiment cessé.

Les responsables sécuritaires ont soutenu la proposition d’autoriser les travailleurs palestiniens à rester en Israël durant la crise, car leurs salaires contribuent à maintenir la stabilité en Cisjordanie, a rapporté Calcalist.

Le secteur de la construction devrait également accueillir quelque 1 000 travailleurs chinois et 800 ukrainiens dans les prochaines semaines. Les travailleurs devront initialement être placés en quarantaine dans leurs pays d’origine pendant 14 jours, puis à nouveau pendant 14 autres jours en Israël avant de pouvoir commencer à travailler.

Les banques israéliennes ont accordé aux entreprises de construction quelque 88 milliards de shekels (21,5 milliards d’euros) de crédit – un effondrement du secteur de la construction pourrait ainsi menacer le système bancaire.

Samedi soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et des représentants du gouvernement ont annoncé un large shutdown et la fin de toutes les activités commerciales et de loisirs dans tout le pays. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité « d’adopter une nouvelle routine » pour les semaines à venir et peut-être durant les mois à venir, alors que le pays fait face à la crise du coronavirus. Parmi les autres mesures entrées en
vigueur : le maintien d’une distance d’au moins deux mètres les uns des autres et à tout moment entre les individus.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu dit aux Israéliens de s’assurer qu’ils utilisent des mouchoirs quand ils toussent ou éternuent lors d’une conférence de presse sur le coronavirus au Bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Flash90)

Depuis ce dimanche matin, la société israélienne tourne encore davantage au ralenti, alors qu’a été annoncée la fermeture de tous les cafés, restaurants, hôtels, centres commerciaux, cinémas, gymnases, salles de réception, etc. Il a été sous-entendu, bien que cela n’ait pas expressément été indiqué, que tous les magasins dont la fonction n’est pas essentielle fermeraient. Mais Netanyahu a souligné que les supermarchés, pharmacies, banques et autres prestataires de services essentiels resteraient ouverts.

« Il s’agit d’une bataille pour la santé publique », a déclaré Netanyahu lors d’une conférence de presse depuis son bureau, à Jérusalem. « Nous sommes en guerre contre un ennemi invisible… Nous nous adaptons à mesure que les choses évoluent. La situation reste dynamique. » Mais, a-t-il dit, « nous pouvons le vaincre ».

Comparant la situation à plusieurs reprises à un état de guerre, le Premier ministre a déclaré qu’il était impératif que les Israéliens changent d’habitudes et « adoptent un nouveau mode de vie » dans un proche avenir, notant que de nombreux Israéliens ne semblaient pas tenir compte des appels des autorités afin d’éviter les contacts physiques et les manifestations d’affection, soulignant que cela était crucial afin que la nation restreigne la propagation du COVID-19.

Les deux problèmes les plus importants, a-t-il dit, sont « l’hygiène personnelle » et le maintien d’une distance entre les individus. « Une distance de deux mètres. Cela nous protégera. C’est très difficile [mais] cela nous aidera à stopper l’infection. »

Il a souligné que les autorités « continueront à assurer des services essentiels. D’abord et avant tout concernant la nourriture – car des ruées ont été constatées vers les supermarchés. Nous avons suffisamment de stocks… y compris pour Pessah. Rien ne justifie l’hystérie. »

Au cours du week-end, les Israéliens ont envahi les supermarchés afin de s’approvisionner, pensant que les marchandises pourraient venir à manquer – bien que les responsables aient à plusieurs reprises assuré le public qu’il n’y avait pas de tel danger.

Soulevant des préoccupations majeures en matière de vie privée et provoquant des accusations de surveillance de masse, Netanyahu a également déclaré que le gouvernement allait utiliser des mesures de surveillance numérique invasives afin de suivre les mouvements des personnes malades, qui ont auparavant été utilisées dans la lutte contre le terrorisme.

Le nombre d’Israéliens diagnostiqués positifs au coronavirus est passé à 200 ce dimanche. Le ministère de la Santé déclarant que deux des malades se trouvaient dans un état grave, 11 dans un état modéré et les autres souffrant uniquement de symptômes légers.

Près de 40 000 Israéliens sont en quarantaine à domicile après un risque d’avoir été exposés au virus, dont près de 1 000 médecins, plus de 600 infirmiers, 170 ambulanciers paramédicaux et 80 pharmaciens, selon les chiffres du ministère de la Santé. Jusqu’à présent, les autorités sanitaires ont effectué plus de 6 800 tests du coronavirus dans tout le pays, selon le ministère.

Afin de freiner la propagation du virus dans le pays, tous les Israéliens rentrant de l’étranger doivent se placer en auto-quarantaine chez eux pendant 14 jours. Les ressortissants non-israéliens ne sont plus autorisés à entrer dans le pays depuis le 12 mars, à moins qu’ils ne puissent démontrer de leur capacité à se placer en auto-quarantaine pendant deux semaines.

Le nombre de cas de coronavirus dans le monde a dépassé les 150 000 samedi, avec 5 764 décès, provoqués par une flambée d’infections en Italie, selon un décompte de l’AFP compilé à partir de sources officielles.

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