En Syrie, les habitants assiégés attendent l’aide promise avec la trêve
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En Syrie, les habitants assiégés attendent l’aide promise avec la trêve

Les combats ont quasiment cessé entre régime et rebelles sur l'ensemble des fronts ; l'Arabie saoudite "salue" la trêve

Nuages de fumée après des frappes aériennes menées par un avion de combat turc sur le village frontalier turc syrien de Jarablos lors de combats contre des cibles du groupe de l'Etat islamique, 24 août 2016. (Crédit : Bulent Kilic/AFP)
Nuages de fumée après des frappes aériennes menées par un avion de combat turc sur le village frontalier turc syrien de Jarablos lors de combats contre des cibles du groupe de l'Etat islamique, 24 août 2016. (Crédit : Bulent Kilic/AFP)

Les zones assiégées en Syrie attendaient mercredi avec impatience les convois d’aides humanitaires promises, qui restent bloqués en dépit de la baisse significative des violences à la faveur d’une trêve négociée par les grandes puissances.

Depuis l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités lundi soir, les combats ont quasiment cessé entre régime et rebelles sur l’ensemble des fronts, à l’exception de tirs sporadiques, selon des militants, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et l’ONU.

La trêve a été obtenue après des semaines de discussions entre Washington et Moscou, parrains respectifs de la rébellion et du régime. Son objectif est de favoriser une reprise du processus de négociations pour mettre fin au conflit qui a fait plus de 300 000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés depuis mars 2011.

Dans l’immédiat, la trêve devait permettre l’acheminement sans entraves de l’aide humanitaire pour les centaines de milliers de civils assiégés dans une vingtaine de villes et localités, la grande majorité par les forces du régime.

Les réfugiés syriens, bloqués entre les frontières jordaniennes et syriennes, qui attendent pour traverser en Jordanie, au passage de la frontière de Hadalat, à l'est de la capitale jordanienne Amman, le 14 janvier 2016 (Crédit : AFP / KHALIL Mazraani)
Les réfugiés syriens, bloqués entre les frontières jordaniennes et syriennes, qui attendent pour traverser en Jordanie, au passage de la frontière de Hadalat, à l’est de la capitale jordanienne Amman, le 14 janvier 2016 (Crédit : AFP / KHALIL Mazraani)

Un responsable du Bureau de l’ONU pour la coordination des Affaires humanitaires (Ocha) a écarté la possibilité que cette aide puisse être distribuée ce mercredi.

« Sur la base de ce que nous avons entendu sur le terrain, il est très peu probable que cela se produise aujourd’hui », a déclaré à l’AFP David Swanson, porte-parole de l’Ocha à Gaziantep en Turquie.

Selon lui, la trêve, qui semble tenir, « nous donne de l’espoir », et « c’est la seule opportunité qui se présente depuis longtemps pour faire parvenir l’aide ».

Camions en attente

Mais le « défi pour nous est de s’assurer que toutes les parties prenantes au conflit sont sur la même longueur d’onde », a-t-il précisé, en réclamant des garanties de sécurité.

Swanson a souligné que 20 camions avec des rations alimentaires pour nourrir 40 000 personnes étaient prêts à traverser la frontière turque. « Dès que nous aurons le feu vert, on pourra bouger ».

« L’aide ne sera pas seulement livrée à Alep, l’ONU en Syrie cherche aussi à fournir de l’aide à d’autres zones assiégées ou difficiles d’accès », a-t-il encore dit.

La veille, l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura a lui aussi réclamé « des assurances que les conducteurs et les convois ne soient pas touchés ».

L’ONU prévoit de commencer par distribuer des produits alimentaires dans les quartiers rebelles d’Alep, où plus de 250 000 personnes n’ont pas reçu d’aide de l’ONU depuis juillet.

Dans cette perspective, des militaires russes ont installé un point d’observation mobile sur la route du Castello, au nord d’Alep, par laquelle doit être acheminée cette aide, selon des agences de presse russes.

Mais selon une source de sécurité syrienne, le régime ne s’est pas encore retiré de cet axe.

La grande ville du nord a bénéficié d’une deuxième nuit calme de suite, selon des correspondants de l’AFP dans la partie ouest gouvernementale et dans celle rebelle à l’est. Des avions ont survolé le secteur mais sans mener des raids.

‘Aucun civil tué’

L’OSDH, tout en faisant état de tirs sporadiques dans la province d’Alep, a affirmé qu’aucune victime civile n’était à déplorer depuis le début de la trêve.

La cessation des hostilités est appliquée de « manière très positive, avec quelques violations qui n’ont causé la mort d’aucun civil. Si cela continue de la sorte, ce serait un développement positif qui permettra d’épargner les civils la mort, les violences et l’exode », a déclaré Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

La trêve a été présentée comme la « dernière chance de sauver le pays » par le secrétaire d’État américain John Kerry, qui a négocié l’accord avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

Le scepticisme prévaut cependant, après l’échec de plusieurs trêves dans cette guerre complexe où sont impliqués plusieurs acteurs régionaux et internationaux de même que des groupes jihadistes qui contrôlent de vastes régions du pays morcelé.

Comme lors de la précédente trêve fin février qui avait duré quelques semaines, les groupes jihadistes comme l’organisation Etat islamique (EI) et Front Fateh al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) sont exclus du cessez-le-feu.

Des combats ont ainsi continué d’opposer dans la province de Hama (centre) les forces du régime au groupe jihadiste Jound al-Aqsa, classé « terroriste » par plusieurs pays, selon l’OSDH.

Si la cessation des hostilités tient pendant une semaine, elle devrait déboucher sur une collaboration inédite entre Moscou et Washington qui lanceront à une daté encore indéterminée des attaques conjointes contre les deux groupes jihadistes.

L’Arabie saoudite « salue » la trêve

L’Arabie saoudite, farouche opposante au régime de Bachar al-Assad et qui soutient des groupes rebelles en Syrie, s’est félicitée de la trêve annoncée dans ce pays, selon un communiqué cité mercredi dans la presse.

« Le royaume saoudien salue l’accord de trêve, censé aider à alléger les souffrances humanitaires du peuple syrien », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, ajoutant que Ryad « suit avec intérêt l’entrée en vigueur de cette trêve ».

« Le royaume (saoudien) souligne l’importance pour le régime de Bachar al-Assad et ses alliés de respecter l’accord pour qu’il conduise à une reprise du processus politique en Syrie, conformément à la Déclaration de Genève I et à la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU sur une transition pacifique », a ajouté le porte-parole dans le communiqué publié par l’agence officielle Spa.

La déclaration de Genève I, adoptée en juin 2012 par les grandes puissances, fait polémique entre partisans et opposants au président Assad depuis le début. L’opposition, soutenue par Ryad, considère qu’elle prévoit un « gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs », ce qui implique le départ du président Assad, au pouvoir depuis 2000. Le régime considère, quant à lui, que cela ouvre la voie à un gouvernement d’union élargi, mais il écarte le scénario d’un départ de Assad.

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