Englman impute les échecs du 7-Octobre à l’absence de politique de sécurité nationale
Selon le contrôleur de l'État, faute de doctrine officielle et de coordination inter-agences, les dirigeants politiques et militaires improvisent depuis des décennies : il faut y remédier
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Un rapport officiel cinglant publié mardi accuse Israël d’avoir agi pendant des décennies sans politique de sécurité nationale officiellement approuvée et contraignante. Ceci a entraîné des lacunes en matière de stratégie, d’allocation des ressources et de préparation, failles qui ont été mises en évidence de manière dévastatrice par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.
Le septième rapport du contrôleur de l’État, Matanyahu Englman, sur les défaillances entourant la réponse maladroite d’Israël au 7-Octobre, révèle que les Premiers ministres et les gouvernements successifs n’ont pas réussi à formaliser une doctrine de sécurité nationale pour guider la prise de décision politique et militaire.
Cette enquête a également révélé qu’en l’absence d’un tel cadre, la planification à long terme au sein de l’armée israélienne et d’autres agences de sécurité s’est largement appuyée sur les priorités internes et les évaluations professionnelles de ces agences, plutôt que sur une stratégie globale approuvée par le gouvernement.
Il en résulte que des décisions majeures, notamment celles concernant la structure des forces de Tsahal, leur déploiement, les programmes de renforcement et la préparation à une guerre sur plusieurs fronts, ont été prises sans référence à une politique de sécurité nationale contraignante définissant des objectifs stratégiques et politiques globaux. Le rapport avertit que ce modèle d’autonomie institutionnelle favorise une déconnexion persistante entre les dirigeants politiques et militaires, sapant ainsi la capacité d’Israël à coordonner les efforts nationaux et à allouer les ressources conformément à une vision unifiée de la sécurité.
Englman a souligné que, bien que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ait « lancé la rédaction d’un concept de sécurité nationale pour Israël en 2017-2018 », il « n’a pas achevé ce qu’il avait commencé et ne l’a pas soumis à l’approbation », laissant ainsi ce projet « inapplicable et sans force contraignante ».
Le gouvernement avait depuis longtemps choisi de ne pas adopter de stratégie publique contraignante en matière de sécurité nationale. Le Conseil de sécurité nationale (NSC), créé en tant qu’organisme gouvernemental puis défini par la loi en 2008 comme étant chargé d’examiner et de proposer des mises à jour de la politique de sécurité nationale, « n’a pas rempli son rôle », révèle cet audit. Il a en effet omis à plusieurs reprises de soumettre une politique de sécurité nationale actualisée au cabinet de sécurité pour discussion et décision.
La doctrine de sécurité initiale d’Israël, formulée sous l’égide du premier Premier ministre David Ben Gurion, reposait sur des principes informels plutôt que sur une politique écrite. Elle mettait l’accent sur la dissuasion par la force militaire, l’alerte précoce contre les attaques surprises, la défense active et, si nécessaire, la victoire décisive obtenue rapidement sur le territoire ennemi.
Ce cadre non écrit a guidé les institutions chargées de la sécurité en Israël pendant des dizaines d’années, mais son recours à des précédents et à des accords implicites – sans révision périodique par le gouvernement ni approbation formelle – l’a rendu vulnérable aux interprétations erronées et à la stagnation à mesure que les réalités stratégiques évoluaient.
L’audit a recensé les tentatives répétées visant à formuler une doctrine officielle en matière de sécurité nationale au cours des trente dernières années – en 1998, 2006, 2017, 2020 et 2021 – mais a noté qu’aucune n’avait été officiellement approuvée par une décision du gouvernement ou du cabinet et qu’elles ne disposaient donc pas du statut contraignant ni des ressources nécessaires pour servir de boussole stratégique.
Englman a fait valoir qu’une telle politique obligerait les dirigeants politiques à établir des priorités claires, à allouer des fonds supplémentaires importants aux besoins en matière de sécurité, même au détriment d’autres besoins, et à fournir au NSC et aux ministères un cadre contraignant pour traduire la stratégie en programmes militaires pluriannuels, en allocations de ressources et en coordination entre les agences.
Selon le contrôleur de l’État, un tel processus permettrait de réduire la tendance à se fier principalement à l’expérience passée, d’équilibrer les pressions à court terme et les exigences à long terme, et de créer un langage commun à tous les niveaux politiques et de sécurité.
Après avoir présenté les conclusions de son audit, Englmant a recommandé au Premier ministre de lancer immédiatement un processus, géré par le NSC, afin de formuler une politique officielle et contraignante en matière de sécurité nationale, de la soumettre au cabinet de sécurité pour une décision formelle, de publier une version expurgée à l’intention de la population, de renforcer les capacités et l’autorité du NSC afin qu’il puisse remplir le rôle statutaire défini dans la loi de 2008, et d’exiger des révisions périodiques, recommandées tous les cinq ans ou plus tôt si les conditions stratégiques changent.
Ni Netanyahu ni le NSC n’ont répondu.
En juin, la Knesset a adopté une loi transpartisane exigeant que le NSC élabore une stratégie de sécurité nationale en consultation avec les ministères et les agences de renseignement concernés, et que le gouvernement l’approuve dans les 150 jours suivant sa soumission.
Ce rapport intervient quelques semaines après que Netanyahu a remercié le conseiller à la Sécurité nationale Tzahi Hanegbi – qui avait publiquement reconnu sa responsabilité dans « l’échec terrible du 7-Octobre » et demandé une enquête approfondie – en raison, semble-t-il, de désaccords sur la politique à mener pendant la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
Englman a souligné que ce rapport visait à soulever des questions institutionnelles et systémiques, et non à attribuer des responsabilités individuelles. Il a appelé à la création d’une commission d’enquête publique sur les échecs entourant l’invasion et les massacres du 7-Octobre. Le gouvernement s’y est jusqu’à présent opposé, invoquant des craintes de partialité.
« Ce rapport ne remplace pas une enquête approfondie qui mettra en évidence les failles ou attribuera la responsabilité à l’un des organes ou individus impliqués dans les événements du 7-Octobre », a écrit Englman. Selon le contrôleur, son objectif était d’examiner « le lien entre la doctrine de sécurité nationale et les événements du 7-Octobre ».
Selon les sondages, une nette majorité d’Israéliens est favorable à la création d’une telle commission. Netanyahu avait lui-même soutenu une enquête de ce type sur la conduite du gouvernement précédent en 2022, mais il a refusé de créer une telle commission pour enquêter sur les défaillances ayant mené au 7-Octobre.
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