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Enquête sur le carnet caché d’un déporté d’Auschwitz, retrouvé 80 ans après

L'homme, boulanger de profession et sans famille connue, est mort le 10 mai 1945, deux jours après la fin officielle des combats

Un carnet indiquant les numéros de camps de concentration d'un déporté français, découvert après avoir été caché dans le tiroir d'une machine à coudre 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale à Cahors (Lot), est exposé dans la ville de Cahors, dans le sud-ouest de la France, le 5 avril 2024. (Crédit : Ed JONES / AFP)
Un carnet indiquant les numéros de camps de concentration d'un déporté français, découvert après avoir été caché dans le tiroir d'une machine à coudre 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale à Cahors (Lot), est exposé dans la ville de Cahors, dans le sud-ouest de la France, le 5 avril 2024. (Crédit : Ed JONES / AFP)

Le carnet d’un déporté français, caché dans le tiroir d’une machine à coudre, a refait surface 80 ans après la fin de la guerre, à Cahors, où deux jeunes historiens sont parvenus à identifier l’auteur, un boulanger sarthois dont l’histoire reste encore à écrire.

L’objet, à peine plus large qu’un jeu de cartes, contient une cinquantaine de pages jaunies, enserrées dans une reliure de métal dont la couverture fait apparaître les initiales A-N au cœur d’un dessin de parchemin gravé au poinçon.

Charlotte Leroy et Enzo Delpech, tous deux âgés de 24 ans, chargés de recherche depuis quelques mois à la direction du patrimoine de la ville de Cahors pour y installer un nouveau Musée de la résistance et de la déportation, sont rapidement parvenus à trouver l’identité de son auteur qui y avait inscrit le nom des camps où il avait été interné, avec ses différents matricules.

« Le premier numéro qui nous a permis de l’identifier, c’est son numéro d’Auschwitz, le 185.502 », raconte Charlotte Leroy.

« Des associations ont compilé sur internet les listes, convoi par convoi, des déportés. En tapant la recherche, on a trouvé un Paul Duval », dit-elle.

« Né en 1915 au Mans, sur sa fiche, d’autres camps (de concentration) ont été mentionnés et on a pu vérifier que c’était les mêmes que sur le carnet », explique encore la jeune chargée de recherche.

Le carnet d’un déporté français découvert après avoir été caché dans le tiroir d’une machine à coudre 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale à Cahors (Lot) est exposé par les historiens Charlotte Leroy (R) et Enzo Delpech (L) dans la ville de Cahors, dans le sud-ouest de la France, le 5 avril 2024. (Crédit : Ed JONES / AFP)

Exorciser la faim

Paul Duval a écrit être passé au camp de Flosenbürg (Bavière, sud de l’Allemagne) et une association de ses anciens prisonniers a confirmé posséder sa fiche où toutes les informations recoupent celles déjà trouvées.

L’homme, boulanger de profession et sans famille connue, est mort le 10 mai 1945, deux jours après la fin officielle des combats.

Sur les pages du livret, pas de récit de la vie des camps mais l’étonnante liste d’une centaine de recettes de cuisine visiblement partagées avec ses co-détenus dont 25 noms sont mentionnés dans le carnet, des déportés qui exerçaient en majorité « des métiers de bouche : boulangers, pâtissiers, restaurateurs, hôteliers », raconte Enzo Delpech.

« C’est quand même émouvant, on peut imaginer qu’ils se retrouvaient dans leur baraquement, qu’ils listaient les recettes », dit-il, interprétant cette accumulation de gourmandises comme un moyen pour les déportés d’exorciser la faim.

Cassoulet, quiche lorraine, pot-au-feu, etc.. Les recettes sont écrites au crayon sur des feuilles où des mots en allemand étaient imprimés, sans doute volées au camp de travail de Flöha, dépendant de Flosenbürg, le dernier mentionné dans le carnet dont la reliure de métal pourrait également provenir de morceaux de fuselage d’avions Messerschmitt que les détenus assemblaient dans le camp, pensent les deux jeunes chercheurs.

Un carnet indiquant les numéros de camps de concentration d’un déporté français, découvert après avoir été caché dans le tiroir d’une machine à coudre 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale à Cahors (Lot), est exposé dans la ville de Cahors, dans le sud-ouest de la France, le 5 avril 2024. (Crédit : Ed JONES / AFP)

Un résistant ?

Beaucoup de zones d’ombre persistent, comme les initiales de la couverture, le parcours du carnet de l’Allemagne où est mort Paul Duval jusqu’à Cahors, ou plus important encore : les raisons de sa déportation.

Enzo Delpech et Charlotte Leroy pensent que l’homme était résistant. Il faisait en tout cas partie du convoi du 27 avril 1944 vers Auschwitz, un des seuls convois de non-Juifs envoyés vers le camp de la mort, qui était composé en majorité de résistants arrêtés dans toute la France.

Les quelque 1 700 détenus arrivés par ce train ne resteront que quelques jours à Auschwitz avant d’être transférés à Buchenwald, près de Weimar (centre-est de l’Allemagne).

Le carnet a dormi depuis la fin de la guerre dans le tiroir d’une table à couture Singer où un bénévole de l’antenne Emmaüs de Cahors l’a retrouvé à l’automne avant de le remettre aux deux chercheurs.

« En histoire on apprend à être détaché émotionnellement de ce sur quoi on fait de la recherche mais cet objet-là, c’est un peu perturbant », confie à l’AFP Charlotte Leroy qui, grâce au carnet, a retrouvé la trace d’un oncle de sa grand-mère dont elle ignorait tout, dans le listing des déportés du convoi de Paul Duval.

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