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Etat palestinien : Macron sur une ligne de crête

"C'est le Hamastan qu'Emmanuel Macron reconnaît aujourd'hui, pas la Palestine. C'est une faute extrêmement grave", a fustigé la cheffe de file du RN

Emmanuel Macron à l'Assemblée générale de l'ONU, le 22 septembre 2025. (Crédit : capture d'écran X)
Emmanuel Macron à l'Assemblée générale de l'ONU, le 22 septembre 2025. (Crédit : capture d'écran X)

« Certains diront ‘trop tard’, d’autres diront ‘trop tôt' », a d’emblée affirmé lundi le président français Emmanuel Macron à la tribune new-yorkaise des Nations unies au sujet de la reconnaissance de l’État palestinien.

Mais « le temps est venu », a-t-il ajouté, dans une anaphore qui a scandé son discours de 20 minutes, interrompu par des applaudissements nourris au moment de la reconnaissance solennelle de « l’Etat de Palestine ».

Sa décision est vivement critiquée par le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu, qui menace la France de représailles, comme par le principal allié de ce dernier, le président américain Donald Trump, qui y voit simplement « une récompense pour le Hamas », le mouvement islamiste palestinien auteur des attaques sanglantes du 7 octobre 2023 en Israël.

En France, la communauté juive est au bord du divorce avec ce président longtemps perçu comme un ami. Et la droite et l’extrême droite rejettent cette initiative applaudie à gauche. Quant au chef des extrémistes de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon évoque une « victoire irréversible du combat populaire pour le droit d’un peuple à disposer de lui-même » et une « victoire d’étape pour les millions qui ont lutté des années durant ».

« C’est le Hamastan qu’Emmanuel Macron reconnaît aujourd’hui, pas la Palestine. C’est une faute extrêmement grave », a fustigé la cheffe de file du Rassemblement national Marine Le Pen, alors même que le patron des socialistes Olivier Faure, d’ordinaire franchement opposé au chef de l’Etat, lui disait « simplement merci ».

Dans tout son discours, le président a insisté sur la portée historique, selon lui, de cette reconnaissance qui répond à la promesse « inachevée » faite en 1947 par l’Assemblée générale de l’ONU, et qui est aujourd’hui suivie par une dizaine d’autres pays dont le Royaume-Uni, ex-puissance mandataire.

Il n’a pas renié les condamnations virulentes lancées ces derniers mois contre la guerre à Gaza, dont « rien ne justifie plus la poursuite », selon lui. Le Hamas continue de refuser de rendre les 48 otages qu’il détient depuis le pogrom.

Mais il a aussi cherché les mots pour tenter de panser les fractures que sa décision suscite.

« Capitulation morale »/strong>

Emmanuel Macron a ainsi consacré de longs passages à sa « compassion » pour les Israéliens, pour les familles des morts du 7-Octobre et des otages du Hamas.

Il a confirmé que la prochaine étape symbolique côté français, l’ouverture d’une ambassade en Palestine, serait conditionnée à la libération des otages et à un cessez-le-feu.

Et il a assuré que la reconnaissance faisait partie d’un plan plus vaste pour ressusciter une « solution à deux Etats », israélien et palestinien, aujourd’hui moribonde. Avec l’engagement d’une gouvernance palestinienne sans le Hamas et le désarmement du mouvement islamiste.

Tout ceci a été endossé par 142 pays à l’ONU, a encore plaidé le président de la République. Il s’agit d’une « main tendue » censée aussi garantir la sécurité future d’Israël.

« Rien ne sera possible sans que les autorités israéliennes s’approprient pleinement notre ambition renouvelée de parvenir enfin à la solution des deux États. Je sais leur réticence et leur crainte. J’entends avec beaucoup de respect le peuple israélien, sa tristesse et sa fatigue », a-t-il assuré.

Il s’est abstenu de brandir trop ouvertement la menace de sanctions contre Israël, auxquelles travaille pourtant en parallèle la diplomatie française avec plusieurs pays européens. Et qui restent indispensables, selon plusieurs experts, pour faire réellement pression sur Benjamin Netanyahu.

Côté français, on reconnait d’ailleurs que seul Donald Trump pourra pousser Israël à cesser la guerre.

Ces derniers jours, cet effort de pédagogie pour convaincre l’opinion du bien-fondé de sa démarche a été au coeur de sa communication. Avec un entretien à la télévision israélienne, qui n’a pas fait l’unanimité en Israël et un autre à une chaîne américaine.

Mais aussi une vidéo sur les réseaux sociaux à destination des Français, et un message spécifique pour rassurer la communauté juive de France, qui célèbre le Nouvel An juif, et dont il a dit entendre « l’inquiétude ».

« Face à la haine », « la Nation sera toujours mobilisée », a-t-il garanti samedi sur X, comme en réponse à une lettre de plusieurs représentants des instances juives, intellectuels et artistes qui l’alertaient contre une reconnaissance inconditionnelle synonyme selon eux de « capitulation morale face au terrorisme ».

Accusé par Israël et des responsables américains de ne pas lutter suffisamment contre l’antisémitisme, il a assuré aussi lundi à l’ONU que « jamais » il ne cesserait ce « combat existentiel ».

Emmanuel Macron devrait continuer à s’adresser aux Français dans un entretien prévu mardi sur BFMTV.

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