Européennes : inquiète, la communauté juive appelle à rejeter les extrêmes
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Européennes : inquiète, la communauté juive appelle à rejeter les extrêmes

"Nous savons sans doute mieux que quiconque sur quoi l'Europe a été construite après l'Holocauste et les horreurs de la guerre", explique Ariella Woitchik du Congrès Juif Européen

Le drapeau européen devant le parlement européen, à Strasbourg, le 26 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Jean-Francois Badias)
Le drapeau européen devant le parlement européen, à Strasbourg, le 26 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Jean-Francois Badias)

La campagne des européennes a fait resurgir le spectre d’une poussée nationaliste et populiste, suscitant l’inquiétude au sein de la communauté juive du Vieux continent, cible d’une recrudescence de discours antisémites et de violences.

Dans un communiqué émis ce mardi dans la perspective des élections européennes organisées cette semaine, le Congrès juif européen appelle « l’ensemble des Européens à rejeter l’extrémisme et le populisme et à défendre les valeurs et les libertés fondamentales ».

Selon Moshe Kantor, président de l’organisation, « nous avons observé une montée constante et inquiétante des partis extrémistes (tant à droite qu’à gauche) et des formations politiques populistes lors de différentes élections à travers l’ensemble du continent. Nous craignons que cette tendance se poursuive dans ce scrutin européen. Ces partis représentent un réel danger pour l’Europe, un danger pour la démocratie et une menace pour les minorités d’Europe, en ce compris la communauté juive ».

Les partis d’extrême droite qui se présenteront ambitionnent une percée lors du scrutin. Des sondages annoncent 173 élus issus de ces formations, contre 154 dans le Parlement européen actuel. En France, le Rassemblement national (23,5 %) et En Marche (23 %) sont quasiment à égalité dans les intentions de vote, mais la dynamique est en faveur du RN, selon un sondage Elabe. La plupart des récents sondages donnent le RN en tête avec une avance de 0,5 à 3 points sur LREM.

« Tous les sondages et de nombreux commentateurs prédisent que les forces extrémistes et populistes sont sur le point d’engranger des gains importants lors de ce suffrage, s’inquiète le Congrès juif européen. Les sondages montrent également que les partis traditionnels et pro-européens seront affaiblis en nombre de sièges. »

Moshe Kantor, president, European Jewish Congress (Photo courtesy: Moshe Kantor)
Moshe Kantor, président du Congrès juif européen. (Photo : Courtesy Moshe Kantor)

« Seule une étroite coopération politique et économique peut assurer à l’Europe un avenir prospère et pacifique. Ceci est la meilleure garantie pour notre communauté et son bien-être. Dès lors, nous devons travailler ensemble afin de renforcer les liens qui unissent les forces modérées pour endiguer et même inverser la tendance contre les extrémistes », estime Moshe Kantor.

« Nous restons profondément préoccupés par le fait que l’antisémitisme et les attaques à l’encontre des droits et libertés religieuses sont instrumentalisés à des fins politiques et nous appelons tous les partis politiques d’Europe à s’opposer à toute tentative visant à restreindre le droit à mener une vie juive en Europe », conclut-il.

« Nous savons sans doute mieux que quiconque sur quoi l’Europe a été construite après l’Holocauste et les horreurs de la guerre », explique à l’AFP Ariella Woitchik du Congrès Juif Européen.

« Et nous ne considérons pas la paix comme un acquis », confie Mme Woitchik, qui s’exprime à Bruxelles, où les synagogues et commerces casher sont toujours protégés par la police, cinq ans après la tuerie du musée juif de la ville par le Français Mehdi Nemmouche (4 morts).

L’inquiétude de la communauté juive n’est ni imaginaire, ni exagérée, selon une étude de l’agence des droits fondamentaux de l’Union européenne menée dans 12 pays l’année dernière.

« Des centaines de personnes interrogées ont personnellement subi des agressions physiques antisémites dans les douze mois qui ont précédé l’étude », selon ces résultats. En outre, « plus d’une personne sur quatre interrogée a aussi été victime de harcèlement au moins une fois » au cours de la même période.

« Dans le passé, quand les juifs ont quitté l’Europe, cela n’a jamais été un bon signe pour l’état de l’Europe », a averti récemment la commissaire chargée de la Justice Vera Jourova.

Des juifs songent de nouveau à partir. « Le nombre de juifs a baissé au cours des 20 dernières années, jusqu’à 1,6 million », affirme à l’AFP Pinchas Goldschmidt, grand rabbin de Moscou et président des rabbins d’Europe.

« Beaucoup de gens sont partis. Il y a eu une vague d’actes terroristes en France, en Belgique, au Danemark et ailleurs. Pour nous, ces élections sont extrêmement importantes, pour donner aux juifs d’Europe le message qu’ils sont toujours les bienvenus en Europe », ajoute-t-il.

Les partis européens, même ceux de la droite radicale, adoptent rarement des positions ouvertement antisémites, mais la campagne actuelle a des relents inquiétants.

En Hongrie, le parti du Premier ministre Viktor Orban a pris pour cible dans une campagne d’affichage le milliardaire américain juif d’origine hongroise, George Soros, l’accusant d’encourager l’immigration.

Cette semaine, le Premier ministre polonais a déclenché une polémique en affirmant qu’une éventuelle restitution des biens juifs accaparés depuis l’Holocauste constituerait une « victoire posthume d’Hitler » sur la Pologne. Des propos dénoncés par le Congrès juif mondial (CJM).

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki arrive lors d’un sommet informel de l’UE à Salzburg, en Autriche, le 20 septembre 2018 (Crédit : AP Photo/Kerstin Joensson)

Plus de 9 millions de juifs vivaient en Europe avant la Deuxième guerre mondiale et l’extermination des juifs. Un chiffre qui a chuté à moins de deux millions, et ce, alors que les responsables de la communauté redoutent encore de nouveaux départs.

Les élections européennes auront lieu cette année du 23 au 26 mai à travers les 28 États membres de l’Union européenne. Organisées tous les 5 ans, elles visent à élire les nouveaux représentants européens, au nombre de 751, et concernent 400 millions d’électeurs à travers l’Europe.

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