Restitution des biens juifs : Morawiecki indigne le Congrès juif mondial
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Restitution des biens juifs : Morawiecki indigne le Congrès juif mondial

Le Premier ministre polonais a estimé que la restitution des biens juifs accaparés depuis la Shoah constituerait une "victoire posthume d'Hitler" sur la Pologne

Ron Lauder, président du Congrès juif mondial, le 13 octobre 2014. (Miriam Alster/FLASH90)
Ron Lauder, président du Congrès juif mondial, le 13 octobre 2014. (Miriam Alster/FLASH90)

Le Congrès juif mondial (CJM) a dénoncé lundi les propos du Premier ministre polonais, pour qui une éventuelle restitution des biens juifs accaparés depuis la Shoah constituerait une « victoire posthume d’Hitler » sur la Pologne.

Celle-ci serait ainsi considérée comme un « bourreau », alors qu’elle est la « victime », a expliqué le Premier ministre Mateusz Morawiecki en commentant une loi américaine qui prévoit l’appui de Washington à cette revendication.

La Pologne, qui, attaquée en 1939 par l’Allemagne nazie, a perdu pendant la Seconde Guerre mondiale six millions de citoyens dont trois millions de Juifs, considère cette question comme close et affirme que la loi 447 n’aura aucun effet sur son territoire.

« Cette réticence à reconnaître que les victimes de la Shoah et leurs héritiers ont droit à un minimum de justice matérielle est assez malheureuse », a déclaré le président du CJM Ronald Lauder dans un communiqué.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki arrive lors d’un sommet informel de l’UE à Salzburg, en Autriche, le 20 septembre 2018 (Crédit : AP Photo/Kerstin Joensson)

L’affirmation de M. Morawiecki, si elle est rapportée de façon exacte, est « extrêmement alarmante », a-t-il ajouté.

Selon la télévision publique polonaise, le Premier ministre a tenu ces propos lors d’une rencontre électorale à Lodz la semaine dernière.

« Si on dit aujourd’hui que la Pologne devrait accorder la restitution à quelqu’un, nous répondons : nous ne sommes pas d’accord et ne le ferons pas », a dit M. Morawiecki, cité par la télévision.

« Si nous devions en arriver là, à ce que le bourreau et la victime échangent leurs places, ce serait contraire à tous les principes du droit international », a-t-il ajouté. « Et ce serait aussi une victoire posthume d’Hitler », a-t-il affirmé.

Signée par Donald Trump en mai 2018 et baptisée JUST, la loi 447 demande au Département d’Etat d’informer le Congrès sur la marche de la restitution des biens juifs par plusieurs pays, dont la Pologne.

Des manifestants de l’extrême-droite polonaise, militent contre une loi américaine sur la restitution des biens volés aux Juifs pendant la Shoah, à Varsovie, le 11 mai 2019. (Créo Alik KEPLICZ / AFP)

La question de tels biens en Pologne est d’une complexité légale extrême. Les biens juifs ont été confisqués par les Allemands nazis, puis repris, pour une partie, par l’Etat communiste, et pour une autre, par des Polonais, souvent venus des territoires repris par l’URSS, qui s’y sont installés et ont acquis des droits de propriété par une longue occupation ininterrompue.

Des synagogues, notamment, ont été rendues aux communautés juives. Mais les biens privés ne peuvent être revendiqués qu’à titre individuel par leurs propriétaires ou leurs héritiers.

De tels biens ont pu être occupés, vendus et revendus légalement. Dans l’ancien ghetto de Varsovie, détruit par les Allemands, des terrains peuvent être toujours revendiqués par des héritiers d’anciens propriétaires, mais les bâtiments construits après guerre y appartiennent à d’autres propriétaires…

Des tensions ont surgi récemment entre la Pologne d’une part, Israël et la diaspora juive d’autre part, à propos notamment d’une loi polonaise. Perçu en Israël et aux Etats-Unis comme visant à faire taire des récits sur des crimes polonais contre les Juifs, ce texte a finalement été amendé par le Parlement polonais.

Début mai, la Pologne a annulé la visite de fonctionnaires israéliens, apprenant qu’ils allaient aborder la question de la restitution.

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