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Ex-chef de la police: Ben Gvir pourrait utiliser la garde nationale à mauvais escient

Selon Moshe Karadi, sous le commandement du ministre de la Sécurité nationale, les forces pourraient entrer en conflit avec les policiers et donner lieu à des ordres contradictoires

Moshe Karadi, alors chef de la police, en mars 2007. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Moshe Karadi, alors chef de la police, en mars 2007. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Un ancien chef de la police a déclaré samedi que le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir pourrait potentiellement utiliser sa garde nationale proposée pour mener un coup d’État contre le gouvernement, rejoignant ainsi un chœur d’anciens hauts responsables de la police qui ont mis en garde contre ce projet.

Moshe Karadi, qui a dirigé les forces de l’ordre entre 2004 et 2007, a déclaré que le Premier ministre Benjamin Netanyahu devrait se méfier de l’octroi d’un tel pouvoir au député d’extrême-droite, avertissant que Ben Gvir « l’utilisera un jour contre lui ».

Netanyahu « devrait apprendre un peu d’histoire et voir ce qui se passe dans les pays où les hommes politiques ont leurs propres forces armées », a déclaré Karadi lors d’une conférence au conseil régional d’Emek Hefer. « Il n’y a qu’un pas entre cette situation et le fait qu’il puisse, avec ce pouvoir, prendre le contrôle du Bureau du Premier ministre et lancer un coup d’État. »

Le cabinet doit discuter ce dimanche de la création d’une garde nationale composée de 2 000 militaires qui répondront directement au député d’extrême-droite et seront chargés de lutter contre la « criminalité nationaliste » et le terrorisme et de « rétablir la gouvernance là où c’est nécessaire ».

Le calendrier de création d’une telle force est encore flou, mais il est probable que cela prendra de nombreux mois.

Mais les groupes de défense des droits civils, comme les politiciens de l’opposition, ont exprimé leur inquiétude face à la perspective qu’une telle unité soit placée sous l’autorité directe d’un ministre du gouvernement, affirmant qu’une telle initiative politisera les activités de maintien de l’ordre et sapera de surcroît le principe de l’égalité face à la force publique.

La Douzième chaîne a rapporté vendredi que Ben Gvir avait rejeté une demande du chef de la police Kobi Shabtaï d’assister aux réunions du cabinet afin de donner son avis sur la formation de la force.

Karadi a également mis en garde samedi contre une situation potentiellement désastreuse dans laquelle la police et la garde nationale proposée recevraient des ordres contradictoires pour faire face aux manifestants.

« Imaginez que des manifestants bloquent l’autoroute Ayalon et que le chef de la police du district décide que dans cette situation, il est correct de contenir la manifestation, comme cela a été le cas jusqu’à présent. Il les laisse donc faire mais le ministre de la Sécurité nationale n’appréciera pas », a déclaré Karadi.

« Le ministre enverra alors sa ‘garde révolutionnaire’ pour dégager la route », a-t-il déclaré, comparant la force proposée au Corps des Gardiens de la Révolution islamique d’Iran. « On assistera alors à une collision entre deux forces de police, l’une subordonnée au chef de la police et l’autre au ministre. »

Dans une interview accordée à la Douzième chaîne vendredi, Karadi a qualifié ce projet de « recette pour un désastre ».

Ben Gvir s’était impliqué de manière répétée dans la prise en charge, par la police, des manifestations dénonçant le projet de réforme radical du système judiciaire israélien, disant notamment aux forces de l’ordre quelles routes devaient rester ouvertes pendant les rassemblements, discutant des outils à employer pour disperser les protestataires et visitant les centres de commandement alors que les Israéliens battaient le pavé.

Un autre ancien chef de la police, Assaf Hefetz, a déclaré vendredi à la Douzième chaîne que les plans de Ben Gvir ne devraient pas être mis en œuvre, car une telle force devrait être responsable devant la police, et « non sous la responsabilité d’un politicien ».

L’ancien chef de la police israélienne Assaf Hefetz participant à une conférence de presse, à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Il ne peut pas le faire, il ne sait pas et il n’a aucune idée de la façon de gérer quelque chose comme ça », a déclaré Hefetz, et a souligné que si une garde nationale était créée, elle devrait rendre des comptes à la police.

« Deux corps ne peuvent pas opérer sur la même unité territoriale, appelée l’État d’Israël, c’est une zone trop petite et il n’y a pas de nécessité ou de logique à cela », a expliqué Hefetz.

« Si la garde n’est pas intégrée à la police, on craint qu’elle ne devienne une milice, ce qui l’empêcherait de servir de force de police travaillant dans le cadre de la loi », a-t-il ajouté.

Ben Gvir s’en est pris à Hefetz et à Karadi lors des interviews de vendredi, en écrivant sur Twitter que les émissions de télé-réalité devraient leur donner « un contrat de talent parce que leur besoin d’attention à mes dépens est un peu pathétique ».

David Tzur, ancien chef de la police du district de Tel-Aviv, a également exprimé son inquiétude quant au fait qu’une force subordonnée à un politicien puisse créer des problèmes. « Cela nuit à l’un des principes fondamentaux les plus importants du déploiement des forces et à l’unité de commandement. »

« Elle deviendra au mieux une armée privée et au pire une milice. Je comprends pourquoi il pense avoir besoin de cela », a déclaré Tzur à la chaîne, citant la faible réponse de la police aux graves émeutes qui ont eu lieu dans des villes mixtes en mai 2021. Toutefois, la création d’une telle force est une « réponse déraisonnable », a-t-il ajouté.

Dans les notes d’explication qui accompagnent la résolution de Ben Gvir, il est écrit qu’une garde nationale avait été établie par le gouvernement précédent dans le cadre de la réponse à apporter à ces émeutes afin que le gouvernement puisse réagir plus rapidement à de telles explosions de violence inter-communautaire.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le chef de la police israélienne Kobi Shabtaï lors d’une cérémonie d’ouverture d’un nouveau poste de police dans la zone industrielle de Neot Hovav, dans le sud d’Israël, le 14 mars 2023. (Crédit : Flash90)

La Douzième chaîne a rapporté samedi que dans les rangs de la police, le projet de création d’une garde nationale est considéré comme une « catastrophe ».

Des sources policières de haut niveau ont déclaré à la chaîne qu’au cours des derniers mois, elles se sont principalement occupées du maintien de l’ordre lors des manifestations contre le projet de réforme du système judiciaire, ce qui a entraîné une pénurie de main-d’œuvre.

Les fonctionnaires ont déploré que Ben Gvir n’ait pas tenu ses promesses de stimuler le recrutement et de transférer des fonds. Au contraire, les sources ont déclaré qu’il y avait plus de personnel qui quittait la force que de personnel qui la rejoignait.

L’unité de garde nationale qui avait été établie par le gouvernement précédent, en 2022, est placée sous le commandement de la police israélienne et elle est composée de quelques centaines de personnes issues majoritairement de la police des frontières, elle-même rattachée à la gendarmerie.

La résolution précise que la garde nationale sera formée de « forces classiques et de brigades tactiques et spécialisées » qui seront déployées sur tout le territoire.

L’ébauche de la proposition a été publiée quelques jours après que Netanyahu a promis de le soumettre au vote dimanche. En échange de cet engagement, Ben Gvir avait accepté de mettre en pause l’avancée, à la Knesset, des législations entrant dans le cadre des réformes judiciaires radicales promues par le gouvernement.

Jeremy Sharon a contribué à cet article.

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