Extrême-droite : rapprochement entre la Ligue italienne et le parti AfD
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Extrême-droite : rapprochement entre la Ligue italienne et le parti AfD

Luigi Di Maio, chef de file du M5S, s'est inquiété d'une "dérive" de la Ligue "vers l'extrême droite" et de son alliance avec des forces politiques qui "nient l'Holocauste"

Le pacte entre souverainistes européens. De gauche à droite : le Finlandais Olli Kotro, l’Allemand Jörg Meuthen, l’Italien Matteo Salvini et le Danois Anders Vistisen. (Crédit photo : Miguel Medina / AFP PHOTO)
Le pacte entre souverainistes européens. De gauche à droite : le Finlandais Olli Kotro, l’Allemand Jörg Meuthen, l’Italien Matteo Salvini et le Danois Anders Vistisen. (Crédit photo : Miguel Medina / AFP PHOTO)

L’homme fort du gouvernement italien et patron de l’extrême droite de la péninsule, Matteo Salvini, a lancé lundi à Milan un appel pour une alliance des nationalistes en vue des élections européennes de mai, une entreprise qui ne va néanmoins pas de soi.

« Nous sommes en train d’élargir la communauté, la famille. Nous sommes en train de travailler pour un nouveau rêve européen », a lancé M. Salvini, entouré de Jörg Meuthen, du parti Alternative pour l’Allemagne (AfD), d’Olli Kotro, des Vrais finlandais, et d’Anders Vistisen, du Parti populaire danois.

« Aujourd’hui pour de nombreux citoyens et peuples, l’Union européenne représente un cauchemar », a-t-il martelé, en présentant ce projet baptisé « L’Europe du bon sens, les peuples relèvent la tête ».

« Nous travaillons pour remettre au centre le travail, la famille, la sécurité, la protection de l’environnement, l’avenir des jeunes », avec des « mouvements alternatifs » à « l’alliance entre les démocrates-chrétiens et les socialistes » au pouvoir depuis des décennies à Bruxelles, a-t-il dit.

M. Salvini a reconnu que les mouvements souverainistes avaient « des différences », mais il a expliqué qu’ils se fondaient « sur les identités et les traditions » et a assuré que leur alliance devait encore s’agrandir avant le scrutin pour devenir « une force de gouvernement et de changement en Europe ».

Grand meeting le 18 mai

« Les fossoyeurs du rêve européen sont les bureaucrates, les bien-pensants, les banquiers, qui gouvernent l’Europe depuis trop longtemps. Nous voulons ramener le peuple à gouverner l’Europe », a encore lancé M. Salvini, lors de cette conférence de presse organisée dans un hôtel de luxe de Milan, en présence de quelque 200 journalistes.

« Ce projet vise à défendre les droits de chaque Etat membre à trouver leur propre voie », a expliqué le Danois Anders Vistisen. « Si on laisse nos opposants nous diviser, on verra plus de Bruxelles, moins de sécurité, et le multiculturalisme et l’identité de l’Europe prendront le pas sur les identités nationales. »

L’objectif est d’être « le groupe le plus important au Parlement européen », a noté M. Salvini, en confirmant l’organisation d’un grand meeting européen le samedi 18 mai à Milan. Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national (RN) français, y est attendue.

Interrogé sur l’absence de Mme Le Pen lundi, M. Salvini a assuré qu’il avait été mandaté par « tous les mouvements politiques de son groupe » au Parlement européen, RN compris, pour lancer cet appel à l’unité.

Dans l’assemblée sortante, les souverainistes sont en effet divisés en trois entités (PPE, ENL et CRE). La Ligue de M. Salvini et le RN sont membres du groupe Europe des nations et des libertés (ENL), tandis que les invités finlandais et danois de M. Salvini appartiennent au groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE).

Le Fidesz, le parti Premier ministre hongrois Viktor Orban, dont M. Salvini se dit très proche, siège lui au sein du Parti populaire européen (PPE, droite), même si les conservateurs européens l’ont suspendu il y a quelques semaines.

Mais la question du leadership du futur groupe se pose. Ainsi, Mme Le Pen va rendre visite à des partis nationalistes « alliés » dans les prochaines semaines, en Slovaquie et en République tchèque, pour les soutenir dans leur campagne.

Lignes de fracture

Sur le fond, malgré d’évidentes similitudes — euroscepticisme, hostilité à l’islam politique, rejet du multiculturalisme de gauche –, les souverainistes européens restent très différents.

Entre l’AfD allemand, deuxième force politique du pays, adepte de l’économie de marché, et la vision protectionniste du RN français, l’écart est grand. De même, Italiens et Polonais mettent en avant les racines chrétiennes de l’Europe, quand le RN, au nom de la laïcité, n’en fait pas une priorité.

Et les nationalistes polonais ou finlandais goûtent peu les éloges adressés par Mme Le Pen et M. Salvini au président russe Vladimir Poutine.

Sur le front intérieur, M. Salvini doit aussi prendre en compte les difficultés croissantes de son alliance gouvernementale avec les antisystème du Mouvement 5 étoiles (M5S).

Le ton est encore monté ces derniers jours. Luigi Di Maio, chef de file du M5S, s’est inquiété d’une « dérive » de la Ligue « vers l’extrême droite » et de son alliance avec des forces politiques qui « nient l’Holocauste ».

Lundi, M. Salvini a assuré que ses invités n’étaient pas « des nostalgiques ou des extrémistes », tandis que l’Afd a répété que la barbarie nazie était « le pire chapitre » dans l’histoire de l’Allemagne.

En 2017, Alexander Gauland, dirigeant du parti Alternative pour l’Allemagne, avait vanté les mérites de la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale.

« Si les Français ont le droit d’être fiers de leur empereur [Napoléon] et les Britanniques de l’amiral Nelson et de Churchill, alors nous avons le droit d’être fiers des performances des soldats allemands durant la Seconde Guerre mondiale », avait affirmé l’homme.

Avant lui, un autre responsable du parti, Björn Höcke, président de la fédération du Thuringe et du groupe AfD au Landtag, avait déclaré concernant le mémorial de l’Holocauste de Berlin : « Nous, les Allemands, […] sommes le seul peuple au monde à avoir implanté un mémorial de la honte au cœur de sa capitale. [L’Allemagne devrait pratiquer] un virage à 180 degrés pour ce qui concerne la mémoire. »

« L’AfD montre avec ces mots des plus antisémites et inhumains son vrai visage (…) Je n’aurais jamais cru que de telles déclarations d’un politique allemand étaient possibles 70 ans après l’Holocauste », avait alors réagi Josef Schuster, chef du Conseil central des juifs d’Allemagne.

En septembre dernier, un porte-parole de l’AfD avait déclaré au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung que les membres de la formation seraient exclus s’ils tenaient des propos antisémites.

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