Falafel et synagogues… une transcription relate le débat sur le confinement
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Falafel et synagogues… une transcription relate le débat sur le confinement

Les discussions nocturnes sur les nouvelles règles de confinement mettent en avant les priorités des responsables et la façon dont les Israéliens devraient faire leurs courses

Le Premier ministre en réunion du cabinet en vidéoconférence, en pleine pandémie de coronavirus, le 15 mars 2020. (Crédit :Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre en réunion du cabinet en vidéoconférence, en pleine pandémie de coronavirus, le 15 mars 2020. (Crédit :Haim Zach/GPO)

Un ministre a fait pression pour que les vendeurs de falafels soient épargnés. Un autre voulait être sûr que les synagogues ne seraient pas les seules à être fermées, mais aussi les mosquées.

Alors que le cabinet s’est réuni pendant la nuit et jusqu’aux petites heures du matin mercredi pour mettre au point une série de nouvelles restrictions pour la population visant à endiguer la pandémie de coronavirus, des désaccords sur ce qui constitue exactement une nécessité vitale ont émergé.

Une transcription des débats, montrant comment ils ont fait pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour épargner leurs causes privilégiées – certaines prévisibles, d’autres moins – a été transmise à la Douzième chaîne.

Pour la ministre des Affaires de la diaspora, Tzipi Hotovely, qui est actuellement en quarantaine, il s’agissait de stands de falafel.

La vice-ministre des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, à Washington, en novembre 2017 (Crédit : Shmulik Almany / MFA)

« Il n’y a pas de queues », a-t-elle plaidé face à ses confrères, tentant de les persuader d’exempter les stands des fermetures générales imposées aux restaurants (des restrictions s’étendant désormais aux plats à emporter, mais pas aux livraisons).

Les ministres de la Sécurité intérieure Gilad Erdan et de l’Intérieur Aryeh Deri ont convenu que « les gens survivront sans falafel ».

Netanyahu lui a opposé son refus. « Tzipi, la réponse est non. Que cinq stands [de falafel] s’associent et proposent la livraison. Les restaurants savent que s’ils veulent survivre, ils doivent organiser des livraisons », a souligné Netanyahu.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri lors d’une réunion de faction de son parti Shas à la Knesset, le 22 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De son côté, Aryeh Deri voulait limiter le nombre de sorties au supermarché.

« Les gens vont faire des courses dix fois par jour, ils en ont fait un rituel. Je suis en quarantaine, mais je les vois de ma fenêtre, ils se rassemblent », a-t-il déploré.

Le ministre de l’Énergie Yuval Steinitz a confirmé et a appelé à limiter « à deux fois par semaine les sorties au supermarché ».

Le ministre de l’énergie, Yuval Steinitz, assiste à une séance plénière à la Knesset à Jérusalem, 23 mai 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Mais la ministre de l’Égalité sociale Gila Gamliel a objecté : « peut-être que pour la famille Steinitz, ça marchera d’aller faire deux fois les courses. La plupart des familles ne le peuvent pas, elles font leurs achats de [Pessah] et s’approvisionnent progressivement ».

La ministre de la Culture et des Sports Miri Regev a contesté la restriction limitant à un rayon de 100 mètres les sorties de son domicile, appelant à autoriser la population à faire de l’exercice et à courir.

La ministre de l’Egalité sociale Gila Gamliel lors d’une réunion hebdomadaire des cabinets au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 25 mars 2018 (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

« Nous devons autoriser les gens à faire de l’exercice. C’est important pour le système immunitaire. Les jeunes sont tous chez eux à cause de cette situation, à manger, fumer et boire de l’alcool. Nous devons les laisser faire du sport », a-t-elle dit.

Mais le directeur général du ministère de la Santé Moshe Bar Siman-Tov a expliqué que les gens profitaient de la situation : « cela envoie un message confus au public. Nous avons vu que, au motif de faire du sport, les gens font du volley sur la plage ».

En pleine pandémie de coronavirus, les Israéliens envahissent les plages de Tel Aviv, le 17 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

Gila Gamliel a cependant mis en garde que la règle des 100 mètres pouvait avoir l’effet inverse et causer des attroupements devant les immeubles.

Netanyahu, qui semblait éprouver une forme de nostalgie de l’époque passée dans l’unité d’élite de la Sayeret Matkal, a souligné que les soldats s’entraînaient dans les zones urbaines. « Ils peuvent faire le tour du pâté de maison », a-t-il rétorqué.

Aryeh Deri, de son côté, était mécontent du fait que tant de temps soit consacré à l’exercice, alors que les synagogues ont été fermées. « Vous avez interdit la prière dans les synagogues, mais vous autorisez la course à pied ? », a-t-il interrogé.

Ce à quoi Gilad Erdan a réagi : « on autorise la prière en extérieur jusqu’à 10 personnes, alors pourquoi pas le sport ? ».

« Regardez le temps que vous passez à parler de sport, mais vous avez fermé les synagogues d’un revers de main », a déploré le ministre issu du Shas.

Le ministre de la Santé Yaakov Litzman s’est fait l’écho de son confrère ultra-orthodoxe et a demandé l’ouverture des synagogues.

Des hommes juifs prient devant une synagogue dans le quartier de Nachlaot à Jérusalem le 25 mars 2020. (Photo par Yossi Zamir/Flash90)

« Tant que vous avez moins de 10 personnes et qu’elles se tiennent à 2 mètres les unes des autres, il n’y a pas de raison de changer les directives », a-t-il dit.

Mais Netanyahu a été inflexible.

« C’est nécessaire, nous n’avons pas le choix. Les synagogues ont été le plus grand foyer de contamination, avec les bars et les magasins. C’est une importante source d’infection », a-t-il rappelé. « S’il vous faut quelqu’un pour en assumer la responsabilité, je le fais ».

Miri Regev a demandé une petite précision : « la limite est la même pour les mosquées ? ».

« Oui », l’a rassurée Netanyahu.

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