Felipe VI en Israël : « Nous sommes ici pour combattre la haine »
Rechercher

Felipe VI en Israël : « Nous sommes ici pour combattre la haine »

Mercredi soir, le roi d’Espagne s’est exprimé au nom de tous les dirigeants internationaux présents au grand dîner donné à la résidence du président israélien

Le président Reuven Rivlin accueille le roi d’Espagne Felipe VI à sa résidence officielle à Jérusalem, le 22 janvier 2019. (Crédit : Haim Zach / GPO)
Le président Reuven Rivlin accueille le roi d’Espagne Felipe VI à sa résidence officielle à Jérusalem, le 22 janvier 2019. (Crédit : Haim Zach / GPO)

Ce mercredi soir, le roi d’Espagne Felipe VI (qui détient également le titre honorifique de « roi de Jérusalem ») s’est exprimé au nom de tous les dirigeants internationaux présents au grand dîner d’État à la résidence officielle du président israélien Reuven Rivlin, organisé à l’occasion du 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz et du 5e forum mondial sur la Shoah à Yad Vashem.

Voici l’intégralité du discours du roi d’Espagne remis à la presse.


C’est un grand honneur – et j’en reste très humble – de prendre la parole ce soir, alors que nous nous réunirons pour le cinquième Forum mondial de la Shoah demain [jeudi 23 janvier} – une assemblée remarquable de dirigeants nationaux attachés à la mémoire, à cette cause juste et à cette obligation morale. Merci, président Rivlin. Merci pour vos sages paroles, qui sont toujours une source d’inspiration. Je suis sûr que chacun d’entre nous ici aurait des réflexions à exprimer lors de cet événement historique. Je n’essaierai que modestement d’en condenser certaines.

75 ans plus tard, le monde n’oublie pas, le monde se souvient encore et s’engage à être vigilant. C’est ce que ce rassemblement impressionnant clame aujourd’hui avec fermeté et clarté.

Notre grand penseur juif Moïse Maïmonide, né en Espagne, dans la ville de Cordoue, a écrit lors de la période médiévale, en suivant les pas d’autres penseurs de génie : « Tous les grands maux que les hommes se causent entre eux proviennent de l’ignorance. » En effet, l’humanité a connu ses heures les plus sombres quand des millions de vies innocentes d’horizons divers et d’innombrables communautés ont disparu brutalement en raison d’une haine aveugle, perverse et ignorante.

Parce qu’il n’y a pas de plus grand mal que celui qui vient de l’ignorance que toutes les femmes et tous les hommes sont égaux et que chaque être humain est doté de la plus grande dignité. Les gens ne peuvent pas faire preuve d’une plus grande irréflexion que lorsqu’ils pensent qu’ils sont au-dessus des autres, lorsqu’ils se sentent en droit de discriminer, de faire preuve d’intolérance ou qu’ils promeuvent le ressentiment les uns envers les autres à des fins politiques, d’extrémisme religieux ou de haine raciale.

Nous pouvons trouver le remède face à un tel mépris – malveillant et immoral – de la dignité de « l’autre », en prenant l’exemple de ceux qui ont souffert de cette inimitié meurtrière. Je suis sûr que le professeur Bauer et le Dr. Kantor nous parleront de cette question un million de fois mieux que je pourrais le faire ; et demain à Yad Vashem, nous aurons l’honneur de rencontrer certains survivants des camps de la mort.

Pendant des décennies, ces hommes et ces femmes nous ont éclairés sur l’importance de garder vivant le souvenir de leur terrible expérience. Oublier la Shoah déshonorerait non seulement la mémoire de millions de victimes, mais serait également extrêmement dangereux.

Cependant, nous savons bien que, malgré tous les efforts minutieux de ceux qui nous ont apporté – ou le font encore aujourd’hui – leur témoignage personnel (ou celui de leurs proches), malgré la puissante inspiration que cela nous apporte, le souvenir seul est malheureusement insuffisant. Nous savons également que la barbarie peut croître au moment où l’on s’y attend le moins, malgré les avancées technologiques et culturels. Nous ne sommes jamais totalement à l’abri de cela, et à différents degrés, nous constatons toujours ces phénomènes frapper avec violence dans différentes parties du monde. Nous ne pouvons tout simplement pas regarder ailleurs ; nous devons persévérer dans la mise en œuvre de l’enseignement et du respect des principes et des valeurs de la Charte internationale des droits de l’homme.

Nous sommes venus aujourd’hui, Monsieur le Président, non seulement pour exprimer notre respect envers les survivants et notre répugnance pour ce qui s’est passé il n’y a pas si longtemps à Auschwitz-Birkenau et dans bien d’autres endroits.

Nous sommes également ici – et avant tout peut-être – pour témoigner de notre engagement inébranlable à déployer tous les efforts nécessaires de nos pays respectifs afin de lutter contre l’intolérance et l’ignorance, la haine et le manque total d’empathie humaine qui ont permis et donné naissance à la Shoah. Parce que prévenir ces maladies civilisationnelles est une responsabilité collective mais aussi individuelle. Il n’y a pas de place pour l’indifférence quand nous faisons face au racisme, à la xénophobie, au discours de haine et à l’antisémitisme.

Fait inquiétant : nous assistons actuellement à une vague d’attaques immorales contre des Juifs à plusieurs endroits du monde. Tant de fois dans l’Histoire, l’animosité contre les Juifs s’est avérée être un symptôme honteux et un exemple grossier d’intolérance et d’aversion envers les autres.

Avec une histoire juive précieuse, riche et complexe et une communauté juive dynamique, l’Espagne a décidé de mettre en place un cadre solide de règles et d’initiatives afin de lutter sans relâche contre l’antisémitisme et toutes les formes de xénophobie et de racisme. Il y a, bien sûr, beaucoup plus de nations – présentes ici et d’autres encore – qui font des efforts et des progrès similaires ; mais, tout en restant optimiste, je sais – nous savons tous – que nous devrons toujours persévérer ensemble afin que ces mots que nous avons répétés tant de fois, « plus jamais », restent notre principe directeur et inflexible.

PLUS JAMAIS, LEOLAM LO OD.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...