Feu vert de la Knesset pour la collecte de données personnelles par le Shin Bet
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Feu vert de la Knesset pour la collecte de données personnelles par le Shin Bet

Une sous-commission a autorisé les services secrets à utiliser un programme de surveillance de masse pour localiser les porteurs potentiels de coronavirus jusqu'au 30 avril

Des agents de police ferment des synagogues et dispersent des rassemblements publics dans le quartier juif orthodoxe de Mea Sharim à Jérusalem, le 31 mars 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des agents de police ferment des synagogues et dispersent des rassemblements publics dans le quartier juif orthodoxe de Mea Sharim à Jérusalem, le 31 mars 2020 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Une commission parlementaire a donné son feu vert mardi à la collecte de données personnelles de citoyens par les services de renseignement, une mesure controversée mise en place par les autorités dans le cadre de la lutte contre le nouveau coronavirus.

Le gouvernement israélien avait autorisé plus tôt en mars le service de sécurité intérieure, le Shin Bet, à collecter des données personnelles de citoyens via leur téléphone portable afin de l’aider à lutter contre ce virus qui a contaminé jusqu’à présent plus de 5 600 personnes dans le pays.

Elle a également autorisé la police à utiliser des données similaires pour faire appliquer les ordonnances de quarantaine.

Mais, saisie par des défenseurs des droits civils, la Cour suprême avait exigé la mise en place d’un contrôle parlementaire pour autoriser ou non la poursuite de la surveillance numérique.

Le cabinet de sécurité de haut niveau devait se réunir mardi soir pour discuter de l’utilisation de la technologie de pistage, selon le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Il était prévu de prolonger le programme de surveillance d’un mois, selon la Douzième chaîne.

L’application HaMagen sur un iPhone, qui localise les porteurs de coronavirus et avertit les personnes potentiellement contaminées. (Crédit : Sam Sokol)

« Au terme d’un marathon de discussions (…) la commission provisoire de la Knesset sur les affaires relevant du Shin Bet a approuvé la décision du gouvernement d’autoriser le Shin Bet à aider dans les efforts pour freiner la propagation du coronavirus pendant un mois (jusqu’au 30 avril 2020) », a indiqué la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset dans un communiqué.

S’étant dit déterminé à utiliser tous les moyens « dans la guerre contre un ennemi invisible », le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait, avec l’appui du gouvernement, chargé le Shin Bet de collecter des données personnelles, qui, selon des détails ayant fuité dans la presse, permettraient de localiser à leur insu les porteurs du virus et les personnes en quarantaine via les opérateurs téléphoniques.

Un recours contre la mesure avait été déposé par la Liste arabe unie, troisième force politique du pays, et par des ONG défendant les droits civils.

Le parti Kakhol lavan de l’ex-général Benny Gantz avait dénoncé « une décision dangereuse » car prise sans contrôle parlementaire. Son député Gabi Ashkenazi dirige désormais la commission provisoire de la Knesset sur les affaires relevant du Shin Bet.

Ex-rival politique de Benjamin Netanyahu, Gantz mène actuellement des pourparlers avec le Premier ministre sortant afin de former un gouvernement « d’unité et d’urgence » pour faire face à la crise du Covid-19, au terme de trois élections qui se sont toutes soldées par une impasse politique.

Le service de sécurité Shin Bet a de son côté annoncé la semaine dernière que son programme de surveillance de masse controversé a permis jusqu’à présent d’identifier 500 personnes.

Il a indiqué que les 500 personnes identifiées comme ayant été en contact avec des porteurs du coronavirus par le biais du suivi des téléphones portables et d’autres moyens ont été testées et se sont révélées positives pour la maladie. Cela prouve la nécessité de cet effort de traçage, malgré les profondes inquiétudes concernant les violations de la vie privée et le manque de contrôle parlementaire.

Au cours des deux dernières semaines, l’agence de sécurité intérieure a travaillé avec le ministère de la Santé pour retracer les mouvements des patients atteints de coronavirus en utilisant les masses de données téléphoniques et de cartes de crédit à sa disposition, qu’elle n’est généralement pas autorisée à utiliser pour des raisons autres que la lutte contre le terrorisme.

Le Shin Bet a souligné que ce puissant outil, qui se base sur un important volume de données glanées sur les téléphones et autres outils numériques des Israéliens, ne sera utilisé que dans le cadre de la lutte contre la pandémie.

Un membre de la police des frontières israélienne porte un équipement de protection et un masque contre le coronavirus, au point de contrôle d’Ein Yael, près du zoo biblique de Jérusalem, le 11 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

En vertu des régulations gouvernementales, le service de sécurité n’est pas autorisé à se servir de ces données après la fin du programme, même si le ministère de la Santé est autorisé à s’en servir pendant 60 jours supplémentaires, à des fins de recherche, possiblement pour retracer la trajectoire de l’épidémie.

Le suivi, qui utilise les données de localisation des téléphones portables, les données relatives aux achats par carte de crédit et d’autres informations numériques, vise à alerter et à mettre en quarantaine les personnes qui se sont trouvées à moins de deux mètres, pendant dix minutes ou plus, d’une personne infectée par le virus au cours des deux dernières semaines.

Dans le passé, ce type d’initiative de surveillance n’était utilisé que dans la lutte contre le terrorisme.

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