France : des femmes lectrices de la Torah menacées et insultées dans une synagogue
Rechercher

France : des femmes lectrices de la Torah menacées et insultées dans une synagogue

Le grand rabbin de Marseille a condamné la lecture, affirmant qu'elle “offense les sensibilités du public”

La rabbin Denise Eger, au centre, lit la Torah pendant son intronisation comme présidente de la Conférence centrale des rabbins américains, le 16 mars 2015. Illustration. (Crédit : David A.M. Wilensky)
La rabbin Denise Eger, au centre, lit la Torah pendant son intronisation comme présidente de la Conférence centrale des rabbins américains, le 16 mars 2015. Illustration. (Crédit : David A.M. Wilensky)

Des femmes qui avaient lu la Torah à voix haute ont été insultées et menacées par des fidèles après que les rabbins locaux ont condamné un événement organisé samedi dernier.

Les douzaines de menaces et d’insultes, lancées sur les réseaux sociaux et dans des courriels, ont commencé à affluer en fin de soirée, cette nuit-là, après qu’un groupe d’une demi-douzaine de femmes a lu la Torah au centre juif Fleg, ont expliqué le président du centre communautaire français Raymond Arouch et sa directrice, Martine Yana, dans un communiqué paru lundi.

Ces menaces englobaient « toutes sortes d’agression » et elles sont « intolérables », ont indiqué Arouch et Yana dans le communiqué, qui n’a ni donné l’identité des femmes concernées, ni détaillé les exemples d’agressions. Ils ont précisé que la synagogue du centre communautaire n’était pas affiliée et était ouverte à tous les courants du judaïsme, notamment au judaïsme réformé, à forte vocation égalitaire.

Toutefois, les hommes et les femmes étaient assis séparément dans la synagogue durant la lecture, ont précisé les organisateurs.

Des femmes avec un rouleau de la Torah pendant un office mensuel au mur Occidental, le lieu de prières le plus saint du judaïsme, le 20 avril 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Des femmes avec un rouleau de la Torah pendant un office mensuel au mur Occidental, le lieu de prières le plus saint du judaïsme, le 20 avril 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’incident a suscité des commentaires passionnés de la part des partisans comme des critiques de la lecture des femmes qui, selon certains Juifs orthodoxes, vient contredire ce qu’ils perçoivent comme étant une interdiction de la vocalisation d’extraits de la Torah par les femmes à la synagogue.

« La lecture de l’extrait hebdomadaire par une femme dans le cadre d’une cérémonie religieuse n’est pas autorisée dans la Halakha [loi juive] », avait expliqué le grand rabbin de Marseille, Reuven Ohana, dans un communiqué publié le jeudi précédent, lorsqu’il avait entendu parler du projet des femmes de tenir une lecture publique le samedi.

« Nous demandons aux personnes impliquées de ne pas offenser les sensibilités du public », avait ajouté le rabbin, dans un courrier cosigné par deux autres rabbins de la ville.

Les rabbins avaient écrit qu’ils étaient « troublés, profondément perturbés et furieux » d’apprendre l’organisation de cet événement.

Mais cette intervention rabbinique a suscité une contre-offensive de la part de certains Juifs de Marseille, municipalité qui accueille la deuxième communauté juive la plus importante en France avec environ 80 000 membres, séfarades et orthodoxes en grande majorité.

« Avez-vous appliqué des mesures qui bénéficient aux femmes dans les synagogues ? », a interrogé Liliane Vana, membre éminente de la communauté et spécialiste du Talmud, dans une lettre ouverte adressée aux rabbins. « Pour les filles pendant leur bat-mitzvah? [Vous avez prévu] quelque chose ? »

Elle a accusé les rabbins de rester silencieux sur les injustices qui touchent les « femmes enchaînées » – les épouses qui ne parviennent pas à obtenir un divorce juif parce que leurs maris le leur refusent.

Vana a a ajouté qu’elle aussi était « troublée, profondément perturbée et furieuse » de la réaction des rabbins.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...