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France : deux polémiques antisémites autour du festival de métal Hellfest

Un homme présent sur une des scènes a arboré deux t-shirts à caractère antisémite, et un groupe polonais accusé d'appartenir à la mouvance néo-nazie a été programmé

Des festivaliers à l'entrée du festival de musique métal Hellfest, le 17 juin 2022, à Clisson, dans l'ouest de la France. (Crédit : Loïc VENANCE / AFP)
Des festivaliers à l'entrée du festival de musique métal Hellfest, le 17 juin 2022, à Clisson, dans l'ouest de la France. (Crédit : Loïc VENANCE / AFP)

Deux polémiques antisémites sont venues entacher le premier week-end du festival de métal Hellfest, organisé chaque début d’été à Clisson, en Loire-Atlantique, a rapporté le journal Libération.

D’abord, un homme présent sur une des scènes (la « Warzone ») a arboré deux t-shirts à caractère antisémite, vendus par la boutique en ligne de l’idéologue d’extrême droite Alain Soral, condamné à maintes reprises.

Les photos, prises le week-end dernier lors du concert du groupe punk français Washington Dead Cats, ont été largement diffusées sur Twitter depuis le début de la semaine.

Sur une image, on voit l’homme porter un t-shirt flanqué d’un large « Qui ? », accompagné de nombreux points d’interrogation – en référence à une interrogation reprise par les manifestants anti-pass sanitaire, selon lesquels les responsables de la crise sanitaire et de son traitement seraient des Juifs.

La deuxième image montre le même homme, à un intervalle différent mais toujours sur la même scène, avec un t-shirt sur lequel il est inscrit « Goy », mot yiddish désignant communément les personnes non-juives.

Le festival n’a pas souhaité s’exprimer, ne voulant pas alimenter la polémique.

Néanmoins, sur Twitter, un internaute se présentant comme technicien sur la même scène, a affirmé que l’individu était un bénévole – après qu’il a été rapporté qu’il s’agissait d’un technicien audiovisuel.

« On (les techniciens sur Warzone) ne savait pas que ces tee-shirts étaient à caractère antisémite », a-t-il indiqué. « Dès qu’on l’a appris on a viré le mec. Il a fait exprès de faire ça, il avait tout planifié (ça me dégoûte, je lui ai parlé en souriant…) », a-t-il ajouté.

« Il faut savoir que les bénévoles ne passent pas devant la production, ils arrivent comme ça et personne ne les connaît. Nous (je parle au nom des techniciens sur Warzone), on est là pour travailler et ce genre de détails on ne le voit pas », a-t-il dit.

« Une fois la production prévenu il a été viré, et il ne revient pas pour le 2e week-end (normalement, j’avoue que la suite m’échappe un peu, je ne suis pas la police) », a-t-il écrit dans un autre tweet.

« Pour finir, je suis outré par ce mec, vraiment. Tout était réfléchi. Ça me fend le cœur de savoir qu’il existe des personnes comme lui. Porter ce genre de t-shirt dans un festival de musique, où prône la fête la joie et le vivre ensemble, est honteux. PS : Ce n’est pas la faute du festival, ni de la production. Il est passé entre les mailles du filet, il a tenté et réussi », a-t-il conclu, appelant les internautes à ne pas faire d’amalgame : « C’est un chouette festival qui a des valeurs. Ceux qui n’y sont jamais allés ne peuvent pas en parler. »

« Il n’est plus présent sur le Hellfest, point barre. La réaction a été très claire », a confié une autre source à Libération.

« Nous avons toujours été impliqués dans les mouvements antifascistes. Ça dure depuis 38 ans. On est très alertes sur ce genre de choses. Dans nos contrats, on interdit l’entrée de nos concerts à toute personne se présentant avec des insignes fascistes ou racistes. On a toujours été clairs. Mais comment appliquer cela à un festival réunissant plus de 200 000 personnes ? », s’est interrogé Mat Firehair, chanteur et leader historique du groupe punk Washington Dead Cats, l’une des photos ayant été prise pendant leur concert .

Il a aussi rappelé que les références « Qui ? » et « Goy » arborées par ce bénévole n’étaient pas connues de tous. Les t-shirts ont ainsi pu passer inaperçus.

Alors que les concerts sont retransmis en direct via des écrans géants et sur Arte, les personnels techniques ainsi que les bénévoles présents sur scène se doivent, par discrétion, de porter des tee-shirts entièrement noirs. Les responsables ont été alertés par le port d’un vêtements avec des inscriptions.

« Ils ont aussi remarqué qu’il avait des tatouages un peu bizarres », a expliqué Mat Firehair. « Alors, ils l’ont viré. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’extrême droite se camoufle de plus en plus. Ça n’alerte plus vraiment les gens, on ne fait plus attention aux références. »

Le Hellfest, qui se déroule cette année exceptionnellement sur deux week-ends, est le plus grand festival français de l’année en termes d’entrées payantes – il prévoit d’accueillir 350 groupes, dont Metallica, et 420 000 spectateurs sur les sept jours de festival.

Mais outre cet incident, le festival est aussi montré du doigt pour avoir programmé cette année le groupe polonais Mgła, accusé d’appartenir à la scène de métal néo-nazi National Socialist Black Metal (NSBM), décrite il y a quelques années par le site Rue89 comme « en plein essor ».

Ces accusations de sympathies néo-nazies au sujet de ce groupe ont plusieurs origines, rapporte Libération.

En 2000, l’un des membres du groupe a sorti une chanson nommée « Judenfrei », du nom des zones « libres de Juifs » voulues par l’Allemagne nazie.

Contactés par Libération, les auteurs de la chanson expliquent avoir voulu alors à l’époque « explorer la déshumanisation », « sans la glorifier », évoluant dans un genre musical « explorant traditionnellement des thèmes obsessifs et dérangeants ».

Aussi, une photo a montré l’un des musiciens du groupe Mgła arborant sur scène un logo ressemblant à celui du groupe français Peste noire, ouvertement néo-nazi – le musicien concerné ne ferait néanmoins plus partie de Mgła.

Mgła a aussi sorti tous ses albums (soit quatre depuis 2008) sur un label fondé par Mikko Aspa, musicien finlandais ouvertement néonazi et figure du mouvement NSBM. En 2014, à Helsinki, il avait été invité par Mgła à se produire avec eux sur scène.

Le groupe nie néanmoins fermement tout lien avec les mouvances néo-nazies. Il avait déjà joué au Hellfest en 2016, au festival Motocultor en 2019, dans plusieurs salles en France, dont la Machine du Moulin rouge, à Paris, et dans plusieurs Smac, des salles publiques.

L’agence de booking française du groupe a affirmé que « Mgła est un groupe ni politique ni politisé. Il n’y a donc rien d’anormal à ce qu’il soit à l’affiche de concerts et de festivals comme le Hellfest ».

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