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Fuyant l’invasion russe, une Ukrainienne et son mari palestinien se réfugient à Gaza

Viktoria Saidam et son époux gazaoui ont trouvé refuge dans l'enclave palestinienne sous contrôle du Hamas ; ils disent s'y "sentir en sécurité"

L'Ukrainienne Viktoria Saidam (R), accompagnée de son mari palestinien Ibrahim Saidam, montrent leurs passeports dans leur maison familiale du camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 22 mars 2022. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)
L'Ukrainienne Viktoria Saidam (R), accompagnée de son mari palestinien Ibrahim Saidam, montrent leurs passeports dans leur maison familiale du camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 22 mars 2022. (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Lorsqu’ils ont décidé de fuir l’Ukraine, Viktoria Saidam et son mari ont dû trancher: partir, mais où ? Leur choix s’est rapidement porté sur sa terre natale à lui, la bande de Gaza.

Originaire de la ville de Vinnytsia, à quelque 200 km au sud-ouest de Kiev, Viktoria, 21 ans, était étudiante en pharmacie dans la capitale ukrainienne lorsqu’elle a rencontré Ibrahim Saidam, 23 ans, originaire de Bureij, un camp de réfugiés de Gaza, et étudiant en médecine.

Devant l’avancée des forces russes après l’invasion ordonnée par le président Vladimir Poutine le 24 février, le jeune couple, marié depuis deux ans, a décidé de quitter Kiev et de retourner à Vinnytsia, puis de plier bagages fin février pour fuir l’Ukraine, comme des millions d’autres.

« Nous avons compris que nous ne saurions pas de quoi demain serait fait. Chaque jour le nombre de morts et de blessés augmentait », raconte la jeune femme au visage joufflu, née Viktoria Breij.

Neuf personnes ont été tuées dans le bombardement de l’aéroport de Vinnytsia par l’armée russe le 7 mars, d’après les secours ukrainiens.

« Mon mari et moi avons dû chercher un endroit plus sûr que l’Ukraine, nous avons choisi sa patrie, Gaza », dit la jeune femme qui fond en larmes en regardant sur son téléphone des vidéos d’immeubles pulvérisés par des frappes russes.

Un jeune garçon se tient au milieu de Palestiniens du Jihad islamique, dans la bande de Gaza (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

« Nous prions »

Ils sont partis en minibus puis à pied vers la Roumanie. De là, ils ont pris un avion pour Le Caire puis ont traversé le point de passage de Rafah entre l’Egypte et la bande de Gaza.

Viktoria dit connaître « la réalité » de ce micro-territoire palestinien, contrôlé par le groupe terroriste du Hamas et soumis à des restrictions israéliennes et égyptiennes depuis plus de 15 ans.

Le taux de chômage est supérieur à 50 %, l’approvisionnement en électricité est sporadique et les conflits peuvent éclater à tout moment.

Le Hamas, considéré comme un groupe terroriste par une grande partie de l’Occident, a mené quatre guerres avec Israël depuis qu’il a pris le pouvoir à Gaza.

Lors du conflit le plus récent, en mai de l’année dernière, des groupes palestiniens armés ont tiré des milliers de roquettes sur Israël, qui a riposté par des frappes aériennes intenses.

« Il y a eu une guerre ici (l’an passé) et ça peut recommencer, mais quand nous avons été forcés de quitter l’Ukraine, (la bande de Gaza) était sûre », dit à l’AFP la jeune femme.

Une Palestinienne passe devant un immeuble détruit dans le quartier commercial d’al-Rimal à Gaza City, suite à une frappe israélienne, après le cessez-le-feu conclu entre Israël et les groupes terroristes palestiniens. (Crédit :Emmanuel Dunand/AFP)

« Nous ne savons pas ce qui se passera demain, nous espérons et prions pour le mieux », ajoute Viktoriia, qui s’est convertie à l’islam peu après son mariage et ne parle que quelques mots d’arabe.

Quelque 2 500 Ukrainiens se trouvent à Gaza, selon la représentation diplomatique ukrainienne à Ramallah, en Cisjordanie. Ce sont souvent des femmes qui ont épousé des Palestiniens ayant étudié en Ukraine.

« Peur, panique » 

« J’ai vécu trois guerres dans la bande de Gaza, ce qui m’a donné une certaine expérience », relate Ibrahim Saidam, impeccablement peigné et qui parle couramment l’ukrainien.

« Une semaine avant le début de la guerre (en Ukraine), j’avais préparé des provisions. Mais nous ne nous attendions pas à ce qu’elle soit si féroce », dit-il à l’AFP.

« Nous aurions pu aller dans des pays européens pour demander l’asile, mais j’ai préféré retourner à Gaza car je me sens en sécurité ici et je connais les habitudes. »

Viktoria souhaitait rencontrer sa belle-famille depuis longtemps, mais n’avait pas imaginé le faire dans ces circonstances.

Aujourd’hui installée dans la maison familiale où elle se sent bien, elle dit toutefois ne pas pouvoir « décrire tous les sentiments de peur et de panique » qu’elle ressent lorsqu’elle parle avec sa sœur et son frère restés en Ukraine.

« Je n’arrive toujours pas à croire que ce qui s’est passé ne soit pas un rêve, c’est horrible », souffle-t-elle: « Je rêve du jour où mon mari et moi nous rentrerons à la maison. »

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