Gantz annonce la régularisation de 5 000 épouses sans-papiers de Palestiniens
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Gantz annonce la régularisation de 5 000 épouses sans-papiers de Palestiniens

Ce sont des milliers de familles qui pourront bénéficier du regroupement familial après un long gel des procédures, une "première avancée" dans cette problématique, selon l'AP

Des Palestiniens et leurs épouses qui demandent des cartes de résidence en Cisjordanie manifestent devant la Commission des Affaires civiles de Ramallah, le 14 juin 2021. (Autorisation : Alaa Mutair)
Des Palestiniens et leurs épouses qui demandent des cartes de résidence en Cisjordanie manifestent devant la Commission des Affaires civiles de Ramallah, le 14 juin 2021. (Autorisation : Alaa Mutair)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a annoncé, lundi, que l’État juif prévoit de régulariser la présence de milliers de ressortissantes étrangères ayant épousé des Palestiniens dans le cadre d’une stratégie mise en place par Israël, dont l’objectif vise à renforcer l’Autorité palestinienne (AP).

Ces sans-papiers qui ont épousé des Palestiniens résident illégalement en Cisjordanie depuis des années, avec peu de recours à leur disposition pour obtenir des autorisations leur permettant de vivre en toute légalité aux côtés de leurs familles. Les tribunaux israéliens ont estimé, de leur côté, que le regroupement familial en Cisjordanie n’était pas un droit garanti par la loi internationale.

Selon Gantz, la situation de certains Gazaouis qui se sont installés en Cisjordanie mais dont les permis de résidents de l’enclave sont périmés devraient, eux aussi, bénéficier d’une régularisation de leur statut. Ces approbations ne s’appliqueront qu’aux adultes et elles dépendront de la finalisation des procédures de sécurité standards.

Environ 5 000 sans-papiers devraient bénéficier d’un permis de résidence pour le moment, a écrit le ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, Hussein al-Sheikh.

La décision est « une première avancée concrète » qui permettra, à terme, de résoudre entièrement cette problématique sensible « sur la base d’un calendrier convenu entre les deux parties », a continué al-Sheikh, un proche du président de l’AP Mahmoud Abbas.

En plus de ce plan, Gantz a annoncé lundi plusieurs initiatives qui vont être prises par Israël : un prêt à hauteur de 500 millions de shekels destiné à Ramallah, la délivrance de permis de construire supplémentaires en Cisjordanie où Israël supervise les constructions, et un plus grand nombre de permis de travail pour les Palestiniens qui cherchent un emploi au sein de l’État juif.

L’annonce de Gantz a été faite après une rencontre, la nuit précédente, avec Abbas – cela a été la toute première réunion publique de haut-rang entre des responsables israélien et palestinien depuis plus d’une décennie. Lors d’un briefing qui a eu lieu lundi, Gantz a appelé à renforcer l’AP de manière à en faire un rempart contre le Hamas et les autres groupes terroristes.

« J’ai dit à Abbas que nous n’allons nulle part et que les Palestiniens, eux non plus, ne vont nulle part. Je me suis rendu à cette réunion pour reconstruire la confiance et pour préserver les intérêts de l’État d’Israël et les liens importants que nous entretenons avec l’Autorité palestinienne – une Autorité palestinienne que, je le pense, nous nous devons de renforcer », a-t-il déclaré.

De nombreux ressortissants étrangers qui ont épousé des Palestiniens attendent depuis des années, voire des décennies, d’obtenir un permis de résidence en Cisjordanie. Pendant les années 1990, le gouvernement israélien avait déterminé un quota annuel en termes d’approbation de demandes de regroupement familial – à son apogée, il avait été d’environ 4 000 requêtes. Mais dans le sillage direct du début de la Seconde intifada, en l’an 2000, l’État juif avait coupé les liens avec l’Autorité palestinienne, mettant fin au regroupement familial.

Nora al-Hajaji, une Tunisienne mariée à un Palestinien qui vit depuis des années sans papiers en Cisjordanie, le 8 août 2021. (Crédit : Aaron Boxerman/Times of Israel)

En 2007, le gouvernement israélien avait annoncé qu’il examinerait environ 50 000 demandes déposées par des Palestiniens dans le cadre d’un geste de bonne volonté. A cette occasion, 32 000 avaient été approuvées. Le gouvernement ne devait toutefois apparemment jamais revenir au système de quotas.

Entre 2010 et 2018, seules cinq requêtes avaient été approuvées, avait pour sa part fait savoir le ministère de la Défense au groupe d’aide juridique HaMoked suite à une requête déposée au nom de la liberté d’information.

Ce sont des dizaines de milliers de Palestiniens qui ont épousé des étrangers – en particulier originaires de Jordanie et d’autres pays arabes. Un responsable des Affaires civiles à la retraite a expliqué au Times of Israel qu’en 2020, il y avait encore plus de 35 000 demandes en attente déposées du côté palestinien.

Considérés comme des immigrants clandestins, la majorité de ces étrangers ayant épousé des Palestiniens en Cisjordanie mènent une vie très limitée. Ils ne peuvent pas ouvrir de compte bancaire ni travailler légalement dans les villes palestiniennes. S’ils quittent le territoire pour rendre visite à leur famille, ils risquent de ne plus pouvoir revenir en Cisjordanie, même si leur conjoint et leurs enfants y résident.

Frustrées par ce statu quo, les familles palestiniennes affectées par le problème manifestent depuis de longs mois devant le siège de la Commission des Affaires civiles à Ramallah, réclamant une régularisation de leur situation.

Dimanche, al-Sheikh avait promis aux manifestants qu’une bonne nouvelle allait être annoncée – une allusion aux propos tenus par Gantz, lundi.

« Les familles sont heureuses, bien sûr, mais nous nous inquiétons d’un arrêt soudain des approbations comme c’était arrivé en 2010 », commente Alaa Mutair, une ressortissante jordano-palestinienne qui réclame une autorisation pour vivre légalement en Cisjordanie depuis dix ans.

« Il y a de la joie, oui – mais il y a aussi une certaine appréhension face à l’inconnu. Les choses ne sont pas encore très claires », continue Mutair.

L’avocat israélien Yotam Ben-Hillel, qui a défendu devant les tribunaux des Palestiniens qui demandaient une autorisation de résidence, salue la décision prise par le ministre de la Défense. Il souligne néanmoins que le nombre d’approbations anticipé n’est pas suffisant.

« C’est une goutte d’eau dans l’océan. Et les principaux problèmes persistent : Celui qu’Israël ne reconnaît pas le droit fondamental des Palestiniens à avoir une vie familiale et celui que le pays considère ce droit comme un outil de négociation vis-à-vis de l’Autorité palestinienne », déplore Ben-Hillel.

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