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Gantz envisage de désigner Lehava et La Familia comme groupes terroristes

Le Premier ministre Bennett a estimé que la marche des drapeaux de Yom Yeroushalayim avait confirmé "la souveraineté et la gouvernance" israéliennes ; Lapid a déploré le racisme

Des membres du groupe d'extrême-droite Lehava brandissent le drapeau de leur organisation à côté de drapeaux israéliens pendant une marche dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mai 2022. (Crédit :  Olivier Fitoussi/Flash90)
Des membres du groupe d'extrême-droite Lehava brandissent le drapeau de leur organisation à côté de drapeaux israéliens pendant une marche dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Israël envisage de placer sur sa liste des organisations terroristes deux groupes d’extrême droite incitant à la haine contre les Arabes, a affirmé lundi le ministre de la Défense Benny Gantz au lendemain d’un défilé à Jérusalem émaillé de comportements violents. La Familia et Lehava ont été au centre des violences et de la rhétorique incendiaire qui ont marqué la Marche des drapeaux nationaliste de dimanche, qui a traversé le quartier musulman.

Les violences et les incitations à la haine de dimanche, lors du défilé organisé dans la capitale, ont été largement débattues et condamnées par les chefs de plusieurs partis politiques. Elles ont été par ailleurs complètement ignorées par d’autres, notamment par le Likud de droite et par le parti Sionisme religieux d’extrême-droite.

Après avoir rencontré les policiers de Jérusalem, le Premier ministre Naftali Bennett du parti de droite Yamina a fustigé « le groupe d’extrémistes » à l’origine des violences et déclaré qu’ils devraient répondre de leurs actes devant la justice.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid de la formation centriste Yesh Atid a estimé que les festivités de Yom Yeroushalayim avaient été « détournées » par des groupes comme La Familia et Lehava.

« Au lieu d’une journée de réjouissances, ils ont tenté d’en faire une journée de la haine », a déploré le ministre des Affaires étrangères qui a ajouté que « ces gens ne sont pas des patriotes ».

Palestiniens et jeunes juifs s’affrontent dans la Vieille Ville de Jérusalem alors que les Israéliens célèbrent Yom Yeroushalayim, fête célébrant la prise de la Vieille Ville pendant la guerre des six jours en 1967, le 29 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Les groupes La Familia et Lehava se sont illustrés, au fil des années, par des violences commises à l’encontre de la communauté arabe en Israël. La Familia est un groupe de supporters de l’équipe de football du Beitar, même si le club a pris ses distances face à l’organisation de manière répétée en raison de sa rhétorique raciste et de ses frasques violentes. Lehava, pour sa part, est une organisation qui combat le métissage et l’homosexualité et qui se prête régulièrement à des actes violents qui prennent en majorité pour cible des hommes arabes. Ses membres ont été aussi impliqués dans des incendies volontaires ayant touché des églises ou des écoles réunissant des élèves Juifs et Arabes, et un membre du groupe a été récemment mis en examen pour agression sexuelle à l’encontre d’une mineure qui appartenait à l’organisation.

« Je crois qu’il est temps d’examiner (la possibilité) de définir des groupes tels que La Familia et Lehava comme des organisations terroristes et je sais que la question a été posée aux forces de sécurité », a déclaré Gantz.

« J’ai confiance en les chefs des agences de sécurité du pays afin de faire l’examen de ce dossier de la meilleure manière qui soit », a ajouté le ministre de la Défense lors d’une rencontre avec des élus de sa formation, le parti centriste Kakhol lavan.

Le chef de Lehava, Bentzi Gopstein, a condamné les propos de Gantz, ajoutant que l’organisation lui survivrait.

« Le ministre de la Défense Gantz accueille le négationniste de la Shoah et partisan du terrorisme Abu Mazen à son domicile », a dit Gopstein dans une déclaration, utilisant le nom de guerre du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

« Il ne fait rien contre les Arabes qui se livrent, jour après jour, à des incitations à la haine sur le mont du Temple – mais il lutte contre l’organisation Lehava qui agit dans l’intérêt de la population d’Israël. Nous avons survécu à Pharaon, nous survivrons à Gantz », a-t-il ajouté.

Pour sa part, la Familia a balayé du revers de la main ces critiques, en accusant les élus de vouloir se faire du capital politique sur le dos de l’organisation.

« Des organisations politiques et des membres de la Knesset tentent de manière récurrente de gagner des votes en abaissant notre groupe sur la base d’incidents qui ne se sont jamais produits », a écrit lundi La Familia sur son compte Facebook.

« Notre organisation ne s’intéresse qu’au football, et à titre de citoyens comme les autres nous avons le droit de marcher à Jérusalem », a ajouté La Familia, dont des membres s’étaient violemment opposés en 2020 à un projet d’investissements de personnalités des Emirats dans le Beitar.

Pendant les célébrations de Yom Yeroushalayim, les membres des deux groupes incriminés ont attaqué des résidents arabes de la Vieille Ville et ils ont scandé des slogans racistes – entre autres, « Morts aux Arabes » et « Vos Villages vont brûler ».

« En réponse à ceux qui hurlent « Vos Villages vont brûler », nous allons renforcer un autre village, et encore un autre village. Nous mettrons en place les infrastructures appropriées, nous offrirons une bonne éducation et nous transformerons les villes et les villages arabes, en Israël, en localités où il fait bon vivre. C’est une nécessité nationale qui nous est aussi imposée par la justice civique », a dit Gantz.

Les membres du groupe d’extrême-droite Lehava traversent le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem lors de Yom Yeroushalayim, le 29 mai 2022. (Crédit : Olivier FItoussi/Flash90)

Le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev, membre du parti Travailliste de gauche, a apporté son soutien à l’appel de Gantz, disant qu’il pensait que les deux groupes devaient être mis hors-la-loi.

« Avant même de devenir ministre, j’ai contacté le procureur-général pour qu’il examine la possibilité de mettre hors-la-loi La Familia et Lehava… Je n’ai aucun doute sur le fait qu’ils nuisent à la sécurité de l’État d’Israël, à la sécurité intérieure, à notre plus large dénominateur commun et qu’il faut qu’ils soient placés dans l’illégalité », a déclaré Barlev lors de la réunion de faction de sa formation.

Dans ses propos, Gantz a précisé que les violences survenues lors de la marche des drapeaux avaient été commises par un groupe qui ne constituait qu’une petite partie des 70 000 participants approximativement. Il a ajouté que « certains émeutiers et terroristes extrémistes musulmans » s’étaient également livrés à des violences, dimanche, sur le mont du Temple et à ses environs.

Bennett, de la même manière, a attribué les violences perpétrées par des Juifs israéliens à une petite minorité qui n’a pas reflété l’ensemble des personnes présentes.

« A part le groupe d’extrémistes qui sera traduit en justice, tout le monde a célébré la journée d’hier de manière particulière, de façon réjouissante », a dit le Premier ministre.

Lapid s’est montré moins positif, disant que les deux groupes avaient « détourné » à leur profit la marche des drapeaux et Yom Yeroushalayim.

« Nous ne pouvons pas accepter que ce soient ces images qui resteront de Yom Yeroushalayim. La majorité israélienne doit se réapproprier la marche des drapeaux, et Jérusalem, et l’État d’Israël. Nous sommes la majorité. Ils sont une majorité extrémiste », a commenté Lapid. Le chef de la diplomatie israélienne a par ailleurs qualifié les deux groupes d’extrême-droite de « disgrâce » qui ne « méritent pas de tenir le drapeau israélien ».

Malgré les violences, Bennett a estimé que la marche qui a traversé le quartier musulman – qui n’a pas opté pour un itinéraire moins controversé – « a renforcé la souveraineté et la gouvernance » à Jérusalem-Est.

Des Israéliens brandissent des drapeaux à Yom Yeroushalayim à la porte de Damas, aux abords de la Vieille Ville, le 29 mai 2022. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

« Si nous n’avions pas emprunté le parcours habituel, nous n’aurions jamais été capable de le reprendre à nouveau. Cela aurait été comme une sorte de renoncement à la souveraineté », a-t-il ajouté. « Nous avons prouvé que l’État d’Israël agit en fonction de ce qui est juste, et non par crainte d’éventuelles menaces. »

Une référence aux menaces qui avaient été proférées par le Hamas et d’autres groupes terroristes, qui avaient mis en garde contre le défilé dans le quartier musulman. Des menaces similaires avaient été proférées, l’année dernière, avant le lancement d’un certain nombre de roquettes vers Jérusalem depuis la bande de Gaza – ce qui avait donné le coup d’envoi à une guerre qui avait duré onze jours.

De son côté, Lapid a aussi souligné qu’Israël était déterminé à maintenir le statu quo sur le mont du Temple, disant spécifiquement que si les musulmans peuvent se rendre sur le mont et y prier, les Juifs ne peuvent qu’aller le visiter.

« Le statu quo, sur le mont du Temple, n’a pas changé et il ne changera pas sous notre surveillance », a affirmé Lapid qui a néanmoins reconnu « qu’il y a peut-être des individus qui le violent ».

Au cours des événements tendus de dimanche à Jérusalem, des images montrant des Juifs prier et se prosterner sur le mont du Temple ont circulé. La police israélienne a évacué plusieurs contrevenants, même si de récentes affaires judiciaires ont mis en doute les capacités de la police à empêcher légalement les prières des Juifs sur le site.

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