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Chants racistes et heurts entre Palestiniens et Juifs à la Marche des drapeaux

La manifestation a réuni 70 000 personnes ; plus de 50 arrestations ; cinq policiers israéliens, trois civils israéliens et 40 Palestiniens blessés

Un Israélien parle au téléphone, blessé  lors d'affrontements avec des Palestiniens à la Porte de Damas, à Jérusalem, le 29 mai 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)
Un Israélien parle au téléphone, blessé lors d'affrontements avec des Palestiniens à la Porte de Damas, à Jérusalem, le 29 mai 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Plus de 70 000 nationalistes juifs ont défilé à travers et autour de la vieille ville de Jérusalem dimanche après-midi pour marquer Yom Yeroushalayim, certains d’entre eux scandant des slogans racistes et se heurtant aux Palestiniens et à la police.

Tout au long du défilé dans la Vieille Ville, des centaines de marcheurs ont scandé « Que vos villages brûlent » et « Mort aux Arabes ».

« Shuafat partira en flammes ! » ont crié les participants juifs israéliens, faisant référence à un quartier palestinien de Jérusalem-Est – ainsi qu’à Muhammad Abu Khdeir, un adolescent résident du quartier assassiné par des extrémistes juifs en 2014.

Des altercations sporadiques ont éclaté entre nationalistes religieux juifs, jeunes Palestiniens et policiers israéliens. Au moins 50 personnes ont été arrêtées pour violences, selon la police israélienne. Cinq policiers israéliens, trois civils israéliens et 40 Palestiniens ont été blessés, selon la police et les services de secours.

La procession a été considérée comme la plus grande marche de Yom Yeroushalayim depuis des années, avec des dizaines de milliers d’Israéliens juifs envahissant le centre-ville de Jérusalem et se dirigeant vers la Porte de Damas, où l’on pouvait voir une vague de drapeaux bleus et blancs s’étendre au loin.

« Au cours de l’année écoulée, de nombreux Juifs se sont rapprochés du [mouvement] nationalisme et [ont compris] l’importance de la Porte de Damas », a déclaré Nehama Dina, 21 ans, résidente de Tekoa en Cisjordanie.

Les affrontements ont eu lieu alors que plus de 2 600 Israéliens juifs ont accédé depuis ce matin au mont du Temple, un record selon les médias israéliens.

Yom Yeroushalayim, qui commémore la conquête par Israël de la Vieille Ville et de Jérusalem-Est sur la Jordanie, lors de la guerre des Six Jours en 1967, est aujourd’hui principalement célébrée par les Juifs de la mouvance nationaliste religieuse.

Palestiniens et Juifs s’affrontent à la porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mai 2022, alors qu’Israël célèbre Yom Yeroushalayim. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Dimanche matin, le Premier ministre Naftali Bennett a invité les participants à la marche à se comporter de manière responsable, souhaitant aux Israéliens une bonne fête à l’occasion de Yom Yeroushalayim.

« Arborer le drapeau israélien dans la capitale d’Israël va de soi », a-t-il déclaré, mais « je demande aux participants de célébrer de manière responsable et respectueuse ».

Mais pendant des heures au cours de cette longue et tendue journée, la vieille ville a ressemblé à un baril de poudre sur le point d’exploser. La police a déployé quelque 2 000 agents pour sécuriser le rassemblement, anticipant les tensions, et des agents de sécurité en civil ont parsemé les ruelles de la vieille ville.

De la fin de la matinée jusqu’à tard dans la soirée, des bagarres sporadiques ont éclaté entre les marcheurs israéliens et les Palestiniens locaux. La police a déclaré qu’au moins trois personnes ont été arrêtées au cours de ces affrontements.

Alors que le défilé commençait dans la Vieille Ville, on entendait des participants scander « Que vos villages brûlent » ou encore « Mort aux Arabes ».

« Je me vengerai des Palestiniens pour mes deux yeux : qu’ils soient damnés », entonnait un groupe d’adolescents juifs dans la Vieille Ville, dans une version modifiée du verset biblique chanté par Samson à propos des Philistins.

D’autres participants ont proféré des injures à l’adresse des journalistes palestiniens présents sur les lieux, les traitant de « putes » et de « chiens ». Un groupe important de marcheurs juifs a envahi une section de l’esplanade réservée aux médias, faisant des gestes obscènes aux journalistes arabes.

« C’est notre terre ! », leur ont lancé plusieurs participants.

Un officier de police arabe israélien a supplié les jeunes Palestiniens de garder leur calme, même si les marcheurs d’extrême droite passaient en appelant à brûler leurs villages.

« Si vous réagissez, vous ne ferez qu’empirer les choses. Je vous le dis pour votre intérêt », leur a dit le policier alors que le soleil tapait près de l’Hospice autrichien de la Vieille Ville.

Pierres, bouteilles et chaises ont fusé de part et d’autre, dans la Vieille Ville, peu avant la marche, tandis que la police s’efforçait de rétablir l’ordre. Au cours d’une des altercations, on a pu voir un Israélien juif asperger de gaz poivre une Palestinienne.

La police a intercepté un drone qui arborait un drapeau palestinien au-dessus de la porte de Damas.

Comme d’autres marcheurs de droite, Dina, l’étudiante de Tekoa, a déclaré qu’elle n’était pas dérangée par les chants violents émanant de la Marche des Drapeaux.

« Nous devons comprendre – sommes-nous les propriétaires ici ? Si oui, débarrassons-nous d’eux », a déclaré Dina, en faisant référence aux Arabes et aux Palestiniens.

Au début de l’après-midi, des Palestiniens sont passés en courant, certains jetant des bouteilles sur des Juifs stationnés près de l’accès au mont du Temple. Des adolescents israéliens les ont pourchassés, la police aux trousses.

Un jeune Palestinien a poussé un policier. D’autres l’ont repoussé, le frappant avec des matraques tandis qu’il s’éloignait en trainant la jambe.

D’autres Palestiniens se sont affrontés à des Israéliens, plus loin dans les venelles qui serpentent vers la mosquée Al-Aqsa. À l’occasion d’autres échauffourées, de jeunes Israéliens ont déchiré un drapeau palestinien devant la porte de Damas.

L’événement central de Yom Yeroushalayim est la Marche des drapeaux dans le quartier musulman de la vieille ville. De nombreux magasins et échoppes palestiniennes étaient fermés et déserts avant la procession, les Palestiniens invoquant la crainte de la violence.

« Chaque année, ils viennent ici et nous provoquent. Mais cette année, c’est encore pire. C’est comme un défi », a déclaré un spectateur palestinien, qui a refusé d’être identifié.

Les manifestants israéliens estiment que ce sont eux qui ont été attaqués.

« Ils disent que nous les provoquons. Mais si je vous dis que je suis provoqué par le simple fait que vous soyez en vie, en quoi est-ce différent ? », a déclaré Ori, un résident de Jérusalem âgé de 20 ans.

Ori a ajouté que les Palestiniens du quartier avaient à plusieurs reprises provoqué, insulté et attaqué les manifestants. Il a nié que les manifestants aient agi avec violence, mais a déclaré que s’il y en avait, « ce serait l’exception qui confirmerait la règle ».

Des Palestiniens et des Israéliens agitent leurs drapeaux devant la Vieille Ville de Jérusalem alors que les Israéliens célèbrent Yom Yeroushalayim, fête commémorant la prise de la Vieille Ville pendant la guerre des six jours de 1967, le 29 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Quatre adolescents juifs participant à la marche – trois originaires des États-Unis et un d’Espagne – se sont arrêtés pour parler au Times of Israel près de la porte de la Chaîne de la Vieille Ville. Tous les quatre sont étudiants à l’académie pré-militaire d’Atzmona.

« Nous ne voulons pas nous battre. Mais s’ils veulent se battre, nous riposterons », a déclaré Yosef Ruderman, 19 ans, originaire du Colorado.

Lorsqu’on leur a demandé ce qu’ils pensaient de certains chants de la marche – « Que vos villages brûlent » et « Mohamed est mort » – les quatre se sont dits opposés aux slogans violents. Mais Menahem Drew, 18 ans, a déclaré que les chants ne le mettaient pas nécessairement « mal à l’aise ». « On combat le feu avec le feu », a-t-il ajouté.

Des Juifs portant des drapeaux israéliens prennent part à la Marche des drapeaux devant la Porte de Damas, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 29 mai 2022, alors qu’Israël célèbre Yom Yeroushalayim. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Plus tôt dans l’après-midi, un garde du corps de la députée du Likud, Miri Regev, a été blessé par une pierre lors de l’un des affrontements. La police a précisé qu’il avait été légèrement blessé et pris en charge médicalement.

La journée a commencé par la visite massive des Israéliens juifs sur le site sacré du Mont du Temple. La police a déclaré que plus de 2 600 visiteurs juifs avaient été autorisés à accéder au mont ce dimanche, par groupes de 40 à 50 personnes. Des centaines de personnes étaient arrivées très tôt le matin pour tenter d’y accéder. Parmi eux se trouvait le député d’extrême droite Itamar Ben Gvir.

Avant même l’arrivée des premiers visiteurs juifs sur le mont, des dizaines de Palestiniens s’étaient retranchés à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa pour lancer des pierres sur les forces de l’ordre stationnées à l’extérieur.

La police a déclaré que 18 personnes avaient été interpellées en début de journée dans la Vieille Ville et sur le mont du Temple, soupçonnées d’émeutes et d’agressions contre des officiers et des civils, dans un contexte de vives tensions.

Des Israéliens brandissent des drapeaux devant la porte de Damas, à l’extérieur de la Vieille Ville de Jérusalem pour célébrer Yom Yeroushalayim, le 29 mai 2022 (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

En ce qui semble constituer une violation du statu quo, plusieurs Juifs présents sur le mont ont hissé des drapeaux israéliens. Le Hamas avait déjà signalé que le fait d’agiter le drapeau israélien sur le mont du Temple, à proximité de la mosquée Al-Aqsa, pourrait déclencher une réponse violente.

En vertu d’un fragile statu quo, les Juifs ont accès au mont du Temple à certaines heures, sous réserve de ne pas y prier ni d’y accomplir d’actes cultuels susceptibles d’être considérés comme provoquants par les musulmans.

Le mont du Temple, connu des musulmans sous le nom de Haram al-Sharif, est le sanctuaire le plus important du judaïsme et le troisième de l’Islam.

C’est l’épicentre émotionnel du conflit israélo-palestinien, et les tensions qui y règnent ont contribué à déclencher une guerre longue de 11 jours avec Gaza, en mai 2021, lorsque le Hamas a tiré des roquettes sur Jérusalem pendant la Marche du drapeau.

Dina a juré que sa génération d’Israéliens reconstruirait le Temple biblique détruit. « Si les Arabes contrôlent le Mont du Temple, nous n’avons rien à faire ici. Parce que la raison pour laquelle nous sommes ici en Terre d’Israël est de construire le Temple », a-t-elle déclaré.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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