Gazoduc : faible participation en Jordanie contre la « normalisation » avec Israël
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Gazoduc : faible participation en Jordanie contre la « normalisation » avec Israël

Les syndicats jordaniens avaient appelé à manifester pour dénoncer l'accord sur le "gaz volé" de l'État juif

Des Jordaniens participent à une manifestation dans la ville d'Irbid contre l'accord d'importation de gaz naturel en provenance d'Israël le 25 juillet 2018. (Times of Israel staff)
Des Jordaniens participent à une manifestation dans la ville d'Irbid contre l'accord d'importation de gaz naturel en provenance d'Israël le 25 juillet 2018. (Times of Israel staff)

De l’autre côté de la frontière, un petit mais déterminé contingent de Jordaniens a débarqué à proximité d’Irbid, la deuxième plus grande ville de Jordanie, pour protester mercredi contre un accord d’importation de gaz naturel israélien dans le royaume.

La journée était chaude, la foule était peu nombreuse. Tenant des panneaux bleus, blancs et rouges portant les mentions « Non à la normalisation » et « Notre sang n’en vaut pas la peine », les manifestants rassemblés ont marché le long du tracé prévu d’un gazoduc qui relierait les deux pays.

Les manifestants ont placé des autocollants rouges portant l’inscription « Le gaz de l’ennemi est l’occupation » le long des tuyaux qui, selon les organisateurs, serviront à construire les connexions entre les deux pays.

L’événement était parrainé par le Complexe des associations professionnelles [Professional Associations Complex], une organisation qui chapeaute plusieurs des plus grands syndicats jordaniens. Le Complexe a été étroitement impliqué dans les manifestations sur le coût de la vie Maanash (« Nous n’avons rien ») qui ont renversé le précédent gouvernement jordanien en juin dernier.

Depuis plusieurs années, la Jordanie connaît une récession économique durable : le prix des produits de première nécessité comme l’électricité et le gaz a grimpé en flèche, alors même que les salaires sont restés stagnants et que les impôts ont augmenté.

Le gazoduc Jordanie-Israël promet d’apporter 10 milliards de dollars de gaz naturel au royaume sur une période de 15 ans, ce qui permettra à la compagnie nationale de services publics du pays d’économiser plus de 300 millions de dollars par an.

نظمت النقابات المهنية الاردنية الاربعاء اعتصاما في محافظة اربد لرفض البدء بأعمال مد خط الغاز الصهيوني وذلك بعد بدء العمل…

Posted by ‎مجمع النقابات المهنية‎ on Wednesday, 25 July 2018

Les promoteurs de l’anti-normalisation qui ont pris la parole lors de la manifestation ont fait valoir que la Jordanie pouvait résoudre ses propres problèmes sans compter sur le « gaz volé » d’Israël.

La Jordanie, avec l’aide de l’assistance technique du Complexe, pourrait produire suffisamment « d’énergie solaire, éolienne et gaz de schiste pour éviter au royaume les importations des terres occupées », a déclaré le dirigeant syndical Ahmad Zoabi. Zoabi dirige l’Association des ingénieurs jordaniens, l’un des syndicats les plus influents du pays.

Les appels à la mobilisation du Complexe et la gratuité des transports subventionnés par les syndicats n’ont cependant pas réussi à atteindre le taux de participation recherché par les organisateurs. Seuls 150 Jordaniens environ se sont rassemblés dans la ville du nord.

La protestation est donc peu susceptible de perturber la construction du gazoduc, qui devrait commencer à exporter du gaz naturel israélien vers la Jordanie en 2020.

Le lieu et le moment de la manifestation – à la fois public et occulté – reflètent la difficulté de manifester contre les relations de la Jordanie avec Israël dans le royaume. De nombreux organisateurs impliqués dans la campagne anti-normalisation ont déclaré avoir subi des pressions et des menaces de la part du personnel gouvernemental.

Sur cette photo prise le 1er mai 2018, le roi de Jordanie Abdallah II (à gauche) et le Premier ministre Hani Al-Mulki assistent à un déjeuner de travail officiel au Palais Royal d’Amman. Mulki a démissionné le 4 juin 2018, après avoir été convoqué par Abdullah en raison des protestations croissantes contre les mesures d’austérité de son gouvernement. (AFP PHOTO / Khalil MAZRAAWI)

Les manifestations de masse du Complexe qui se sont déroulées dans le quartier Fourth Circle à Amman l’été dernier visaient les impôts et les aides – des décisions relevant du Premier ministre de l’époque, Hani Mulki, qui était constitutionnellement chargé du pouvoir d’achat, faisant de lui et de ses politiques économiques des cibles largement acceptées.

Le roi Abdallah II, qui s’exprimait à l’Université de Jordanie alors que les manifestations du Ramadan se multipliaient, a loué les manifestants pour avoir « poussé d’en bas », ce qui lui permettrait à son tour de « pousser d’en haut » contre les hausses d’impôts d’al-Mulqi. Mulki a démissionné début juin.

D’autre part, les questions de politique étrangère – comme les relations de la Jordanie avec Israël – relèvent de la responsabilité directe du roi.

Ainsi, les Jordaniens qui s’opposent ouvertement à la normalisation avec Israël marchent sur un terrain beaucoup plus instable.

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