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Guerre au Moyen-Orient : Les pays du Golfe risquent leurs revenus et leur réputation

La principale crainte est un blocage prolongé du détroit d'Ormuz, principale porte de sortie des hydrocarbures sur lesquels ils ont bâti leur richesse, et dont le CGRI a déclaré avoir le "contrôle total"

Carte du golfe Persique, du détroit d'Ormuz et des pays environnants. (Crédit : AP Photo)
Carte du golfe Persique, du détroit d'Ormuz et des pays environnants. (Crédit : AP Photo)

Longtemps perçues comme des îlots de stabilité, les monarchies du Golfe voient leur prospérité menacée par la guerre au Moyen-Orient, qui risque de diminuer leurs revenus et de ternir leur réputation de places sûres pour les affaires, selon des analystes.

Les États de la région se sont retrouvés en première ligne des attaques de l’Iran, après les bombardements menés par Israël et les États-Unis. Ces attaques ont notamment visé leurs installations pétrolières et gazières, poussant la compagnie nationale qatarie QatarEnergy à suspendre sa production de gaz fossile liquéfié (GNL).

Mais la principale inquiétude est un blocage prolongé du détroit d’Ormuz, principale porte de sortie des hydrocarbures sur lesquels ils ont bâti leur richesse, et dont le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, a déclaré mercredi avoir le « contrôle total ».

L’arrêt total des exportations de pétrole et de gaz aurait « des conséquences sévères » pour des pays comme le Koweït, le Qatar et Bahreïn, souligne Justin Alexander, directeur du cabinet de conseil Khalij Economics.

Cependant, l’Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde, et les Émirats arabes unis pourraient contourner le détroit en exportant une partie de leur production via des oléoducs, tempère-t-il.

La perturbation du trafic sur cette artère vitale pour le Golfe, qui s’accompagne d’une fermeture de l’espace aérien dans certains pays, risque également de mettre sous pression leurs chaînes d’approvisionnement.

Le ministre de l’Énergie du Qatar et PDG de QatarEnergy, Saad Sherida al-Kaabi, s’exprimant lors d’une conférence de presse à Doha le 1ᵉʳ septembre 2024. Kaabi a annoncé le 1ᵉʳ septembre son intention de construire une centrale solaire d’une capacité de 2 000 mégawatts, qui devrait être opérationnelle d’ici 2030, et de faire du Qatar le plus grand exportateur mondial d’engrais à base d’urée d’ici la fin de la décennie. (Crédit : Karim Jaafar/AFP)

« Il y aura un impact sur les coûts des importations, y compris des produits alimentaires », ainsi que sur la logistique et les matériaux de construction, ce qui affectera « le coût des projets et les délais de livraison », affirme Karen Young, spécialiste de la politique économique du Golfe au Middle East Institute.

Scénario catastrophe

Les pays du Golfe, dont les économies reposent pour la plupart sur une main-d’œuvre étrangère, voulaient à tout prix éviter un conflit régional alors qu’ils visent à réduire leur dépendance aux hydrocarbures en misant sur des secteurs comme la finance, les affaires, le tourisme ou encore l’intelligence artificielle (IA).

L’Arabie saoudite, qui mène un vaste programme de réformes, et les Émirats arabes unis se sont lancés dans la course à l’IA en multipliant les centres de données.

Cette semaine, le géant américain Amazon a toutefois annoncé que deux de ses centres aux Émirats arabes unis et un autre au Bahreïn avaient été touchés par des attaques de drones iraniennes, ce qui pousse certains analystes à s’interroger sur la pertinence d’installer de telles infrastructures dans le Golfe.

L’annulation de milliers de vols depuis samedi constitue également un coup dur pour la région, en particulier pour Dubaï, qui se positionne comme un hub pour le secteur aérien et une destination touristique majeure.

D’autant que les autorités ont dû mettre la main à la poche pour prendre en charge tous les frais de séjour des milliers de touristes et voyageurs bloqués dans le pays depuis samedi.

Sans parler des coûts subis par les gouvernements pour intercepter les centaines de missiles et de drones qui pleuvent sur leur territoire.

« La région va sans doute augmenter encore ses dépenses pour la défense et la réparation des infrastructures civiles ciblées », aux dépens d’autres dépenses prévues pour le développement et les affaires sociales, écrit Nasser Saidi, de la société de conseil économique Saidi & Associates, à Dubaï.

Pour des pays qui cherchent à se présenter comme des places sûres pour les investisseurs, le scénario catastrophe, en cas de prolongation du conflit ou de chaos en Iran, serait une « perte de confiance et des fuites de capitaux » affectant les banques ou le secteur immobilier, dit Justin Alexander.

« Mais nous n’en sommes pas là », ajoute-t-il, en estimant que la capacité du Golfe à continuer d’attirer des investissements et des talents dépendra en grande partie de l’issue de la guerre et de « la perspective de futurs conflits avec l’Iran ».

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