Gingrich : Bannon a travaillé dans la finance, il n’est donc pas antisémite
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Gingrich : Bannon a travaillé dans la finance, il n’est donc pas antisémite

L’ancien président de la Chambre défend Stephen Bannon, en lice pour être directeur de cabinet, contre les accusations de liens avec la droite alternative, en disant qu’il a travaillé chez Goldman Sachs et à Hollywood

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

L'ancien président de la Chambre des représentants des États-Unis, Newt Gingrich, à droite, présente Donald Trump, alors candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, lors d'un meeting à Cincinnati, Ohio, le 6 juillet 2016. (Crédit : John Sommers II/Getty Images/AFP)
L'ancien président de la Chambre des représentants des États-Unis, Newt Gingrich, à droite, présente Donald Trump, alors candidat républicain à l'élection présidentielle américaine, lors d'un meeting à Cincinnati, Ohio, le 6 juillet 2016. (Crédit : John Sommers II/Getty Images/AFP)

WASHINGTON – Moins de 24 heures après que l’un des plus proches conseillers du président américain élu a annoncé que la nomination de son directeur de cabinet était « imminente », l’ancien président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, a démenti qu’un des favoris pour ce poste, Stephen Bannon, soit associé au mouvement antisémite de la droite alternative.

Pendant l’émission politique du dimanche matin de CBS, Face the Nation, Gingrich a été interrogé par l’animateur John Dickerson, qui lui a demandé de répondre à une tribune publiée dans le magazine conservateur National Review sur les marginaux antisémites qui ont soutenu l’ascension imprévue de Trump vers la Maison Blanche.

Gingrich a rétorqué que cet article était bon pour aller à la « poubelle », et a ajouté que Bannon avait travaillé pour Goldman Sachs et dans l’industrie du cinéma hollywoodien, deux secteurs très associés aux juifs.

Les conspirations antisémites citent souvent Goldman Sachs, une banque d’investissement fondée par des juifs, et Hollywood pour affirmer que les juifs contrôlent le système de la finance mondiale et les médias.

Stephen Bannon en septembre 2013. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Stephen Bannon en septembre 2013. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Bannon, qui dirigeait autrefois le site internet Breitbart News, site de référence de la droite dite alternative, a été accusé d’antisémitisme depuis qu’il est devenu directeur général de la campagne de Trump en août dernier.

Des documents juridiques de 2007 ont révélé que son ex-femme, Mary Louise Piccard, avait déclaré que Bannon ne voulait pas que leurs filles aillent dans une école privée de Los Angeles, l’Archer School for Girls, parce qu’il ne voulait pas qu’elles aillent à l’école avec des juives.

Selon les documents, Piccard a affirmé que Bannon a déclaré qu’ « il n’aime pas les juifs et qu’il n’aime pas leur manière d’élever leurs enfants pour en faire des ‘pleurnichards’. »

Gingrich, qui est en lice pour être secrétaire d’Etat du cabinet de Trump, a été poussé par Dickerson à réagir à l’article publié le 9 novembre par Ian Tuttle, « Le président de la droite alternative », dans lequel il a condamné non seulement la campagne de l’homme d’affaires grandiloquent, mais aussi la base de soutien qui l’a finalement élu.

« Sa victoire dans les primaires a donné une visibilité sans précédent à la droite alternative, une frange marginale mais bruyante de suprématistes blancs, d’antisémites et de fascistes auto-proclamés », a affirmé Tuttle.

« Soutenir un président Trump ne peut pas vouloir dire donner un laissez-passer à cette frange abominable qui est montée avec lui », a-t-il écrit.

La droite alternative est une désignation vague qui englobe un spectre de groupes de suprématie blanche, des « nationalistes blancs » et des néonazis.

Le président élu Donald Trump, entouré de sa famille, s'adresse à ses partisans le soir de l'élection à New York, le 9 novembre 2016. (Crédit : AFP/Timothy A. Clary)
Le président élu Donald Trump, entouré de sa famille, s’adresse à ses partisans le soir de l’élection à New York, le 9 novembre 2016. (Crédit : AFP/Timothy A. Clary)

« Je n’ai qu’à le dire, ça mérite la poubelle », a déclaré Gingrich en réaction à l’article de Tuttle, avant de citer un éditorial du Washington Post, qui soulignait que l’élection avait eu lieu au moment du 78e anniversaire de la Nuit de Cristal, qui a eu lieu au début de l’Holocauste, et où des nazis ont vandalisé des synagogues et des commerces appartenant à des juifs.

« Je pense que c’est fou, a-t-il déclaré. Donald Trump est un conservateur standard qui veut profondément affronter la gauche. La gauche est furieuse que quiconque veuille défier la légitimité de leur supériorité morale, et donc la gauche est devenue hystérique. »

Depuis que l’élection a été remportée par Trump, aux premières heures de la matinée de mercredi, plus de 200 incidents de harcèlements racistes ou d’intimidation ont été recensés, selon le Southern Poverty Law Center, dont beaucoup sont de nature antisémite.

Un graffiti dans le sud de Philadelphie, dont le 'T' de « Trump » a été remplacé par la croix gammée nazie, le 9 novembre 2016. (Crédit : Facebook via JTA)
Un graffiti dans le sud de Philadelphie, dont le ‘T’ de « Trump » a été remplacé par la croix gammée nazie, le 9 novembre 2016. (Crédit : Facebook via JTA)

A Wellesville, dans l’état de New York, un local de softball a été vandalisé avec une croix gammée et le texte « Make America White Again », une référence au slogan de campagne de Trump, « Make America Great Again ».

A New York, des croix gammées ont été tracées sur les portes des chambres d’un dortoir étudiant où vivent des étudiants juifs. A Philadelphie, une vitrine a elle aussi été vandalisée avec une croix gammée associée au mot « Trump ».

Sans que Dickerson ne mentionne Bannon, Gingrich a abordé le sujet et fait allusion à l’importante attention médiatique qui a été accordée au public du site Breitbart et à la culture qu’il illustre.

« Mais le fait est, et vous comprenez cela avec toutes ses sales rumeurs sur Steve Bannon. Steve Bannon est un officier naval, il a été associé gérant chez Goldman Sachs, il a été producteur de films à Hollywood, a-t-il déclaré. L’idée que quelque part il représente (la droite alternative), et je n’ai jamais entendu parler de la droite alternative jusqu’à ce que ces types commencent à écrire dessus. »

A ce moment, Dickerson l’a interrompu pour poser une question : « Donc votre argument est que c’est bon pour la poubelle et que par conséquent, Donald Trump n’a pas à s’en occuper, et de laisser passer ? »

Gingrich a répondu que « Donald Trump doit être Donald Trump, et le pays s’organisera autour de qui il est. »

Kellyanne Conway en 2015 à Washington, D.C. (Crédit : Gage Skidmore/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Kellyanne Conway en 2015 à Washington, D.C. (Crédit : Gage Skidmore/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Samedi, la directrice de campagne de Trump, Kellyanne Conway, qui joue à présent un rôle crucial dans le processus de transition, a annoncé que le choix d’un directeur de cabinet, qui est habituellement la première annonce d’une nouvelle administration, était proche.

Selon CNN, des conseillers ont déclaré que le choix du directeur de cabinet s’était réduit à Bannon et Reince Priebus, le président du comité national républicain.

Des initiés de l’équipe Trump ont déclaré que bien que Trump préfère Bannon, sa fille Ivanka et son gendre juif Jared Kushner faisaient lourdement pression pour Priebus, qui est aussi proche du président de la Chambre, Paul Ryan, et de l’establishment républicain.

L’équipe de transition de Trump travaille actuellement contre la montre pour prendre de nombreuses décisions cruciales sur les plus proches conseillers du futur président, et sur la nomination d’un cabinet qui compte 15 départements exécutifs.

Ils doivent embaucher plus de 4 000 personnes, dont environ 1 000 qui devront être confirmées par le Sénat, préparer l’inauguration présidentielle et élaborer un plan pour les 100 premiers jours du mandat de Trump.

Rabbi Jill Jacobs, directrice de l’organisation de défense des droits de l’Homme T’ruah, a condamné la décision du président-élu Donald Trump de nommer Steve Bannon, accusé d’antisémitisme, au poste de Haut conseiller et chef de la stratégie de la Maison Blanche.

« Bannon fait ouvertement la promotion de la suprématie blanche, tient des propos racistes et antisémites qui le disqualifient pour occuper une position de pouvoir aux États-Unis, dont la force réside dans sa diversité », affirme Jacobs dans un communiqué.

« À un moment où les sympathisants du président-élu se sentent encouragés à perpétrer des crimes haineux à l’encontre des gens de couleur, des juifs, des musulmans, des immigrants, des membres de la communauté LGBTQ, des femmes et des autres minorités, il est intolérable que Bannon endosse les fonctions publiques », dit-elle, évoquant les 200 cas d’agressions suite aux élections, recensées par le Southern Poverty Law Center.

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