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Haggadah: Bataille entre les héritiers d’une victime de la Shoah et le Musée d’Israël

Selon le musée, « La haggadah à tête d’oiseau » n’appartiendrait pas à la famille de Ludwig Marum, sa fille ayant donné son accord pour qu'elle soit exposée

Cette photo prise le 20 avril 2016 montre la célèbre Haggadah à tête d’oiseau, copie médiévale d’un texte lu autour de la table des fêtes de Pessah, exposée au Musée d’Israël à Jérusalem. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)
Cette photo prise le 20 avril 2016 montre la célèbre Haggadah à tête d’oiseau, copie médiévale d’un texte lu autour de la table des fêtes de Pessah, exposée au Musée d’Israël à Jérusalem. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Quelques jours avant que les Juifs du monde entier ne se réunissent avec familles et amis pour lire la Haggadah dans le cadre des fêtes de Pessah, une famille de survivants de la Shoah intentait une action en justice pour récupérer une Haggadah vieille de 700 ans qui leur aurait été volée au moment de la montée du nazisme, en Allemagne.

Depuis 1946, la Haggadah à tête d’oiseau est en possession du Musée d’Israël, à Jérusalem, où elle a pu être examinée par de nombreux universitaires et exposée à la vue de millions de visiteurs.

Le manuscrit médiéval représente des humains à têtes d’oiseaux en train de fabriquer le pain traditionnel consommé pendant Pessah, en commémoration de l’exode d’Égypte, de mémoire biblique.

« La Haggadah à tête d’oiseau est l’un des manuscrits juifs médiévaux les plus célèbres au monde », indique Michelle Margolis, bibliothécaire spécialisée dans le judaïsme à l’Université Columbia. « L’originalité de ces Juifs à tête d’oiseau – avec leurs chapeaux juifs médiévaux ! — intrigue historiens de l’art et universitaires, tout comme le grand public depuis des générations.

Aux termes de la plainte déposée devant un tribunal d’État à Manhattan la semaine dernière, la Haggadah appartiendrait, en droit, aux héritiers de Ludwig Marum, parlementaire Juif allemand arrêté par les nazis en 1933 et assassiné en avril 1934, parmi les toutes premières victimes de la Shoah.

Les quatre petits-enfants vivants de Marum, dont trois sont des survivants de la Shoah, ont découvert leurs liens familiaux tardivement, et s’efforcent depuis lors d’établir la propriété de la Haggadah. Ils ont rendu leur combat public en 2016 en déclarant qu’après avoir été volé, le livre avait refait surface en 1946, en Palestine mandataire, où l’ancêtre du Musée l’avait acquis sans autorisation de la famille.

Les descendants de Marum estiment la valeur de la Haggadah à 10 millions de dollars. Un livre de prières juif de la même époque, revêtu d’illustrations similaires, a été vendu l’an dernier pour 8,3 millions de dollars.

Un porte-parole du Musée a rejeté ces affirmations, soulignant que la défunte fille de Marum, Elisabeth Lunau, avait autorisé le Musée à conserver le manuscrit. Selon un communiqué du Musée, Lunau aurait été informée de l’achat de la Haggadah par le Musée dès 1950, et en 1984, à l’occasion d’une visite en Israël, elle aurait rédigé un texte établissant que la Haggadah devait rester dans les collections du Musée « dans l’intérêt du public ».

« Il est regrettable que 40 ans après qu’Elizabeth Lunau ait écrit au Musée d’Israël que la Haggadah devait rester dans sa collection, sa fille, sa nièce et ses neveux poursuivent l’établissement en revenant sur les dispositions qu’elle avait prises », indique le communiqué.

Selon The Art Newspaper, les petits-enfants Marum contesteraient la version des événements présentée par le Musée.

« Le Musée sait bien qu’Elisabeth a envisagé de le poursuivre et n’a jamais renoncé à la propriété de la Haggadah par sa famille », a déclaré un avocat des petits-enfants au journal The Art Newspaper.

« Le fait qu’Elisabeth ait accepté, comme le font ses héritiers aujourd’hui, que le public puisse voir la Haggadah, ne donne au Musée aucune base pour en revendiquer la propriété, que ce soit à l’époque ou aujourd’hui. »

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