Rechercher

Hefetz : Netanyahu avait poussé à créer Israel Hayom pour « abattre » le Yedioth

Dans le procès pour corruption de Netanyahu, l'ex-conseiller a dit que l'ancien Premier ministre avait menacé Arnon Mozes, affirmant qu'il avait des "infos personnelles" sur lui

Nir Hefetz à la cour de district de Jérusalem, le 28 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Nir Hefetz à la cour de district de Jérusalem, le 28 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Un témoin déterminant dans le procès pour corruption de Benjamin Netanyahu, actuel chef de l’opposition, a indiqué mardi que l’ex-Premier ministre avait activement poussé à la création d’un tabloïd gratuit pour concurrencer le journal israélien le plus vendu au sein de l’État juif, qu’il considérait comme hostile à son égard.

Nir Hefetz, ancien conseiller de Netanyahu, a dit devant la cour de district de Jérusalem que l’ex-chef de gouvernement avait aidé à convaincre feu le magnat juif américain des casinos Sheldon Adelson de créer Israel Hayom.

« Benjamin Netanyahu s’est lui-même impliqué pour que Sheldon Adelson lance un journal qui abattrait le Yedioth Ahronoth, » a déclaré Hefetz à la barre. « Les affirmations de Netanyahu, quand il dit que [le propriétaire du Yedioth Arnon] Mozes l’exploitait, c’est de l’hypocrisie ».

Hefetz est témoin des partis civiles dans le procès contre Netanyahu, et il doit répondre d’accusations dans trois dossiers distincts. Dans la dite « Affaire 2000 », il est accusé d’avoir tenté de conclure un accord de compromis avec Mozes, qui devait assurer une couverture plus positive de ses actions dans le Yedioth en échange d’une législation entravant la circulation d’Israel Hayom, le journal rival. Mozes a également été mis en examen dans cette affaire.

Arnon Mozes pendant une audience au tribunal de Jérusalem, le 28 décembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Israel Hayom, un journal de droite largement considéré comme favorable à Netanyahu et surnommé d’ailleurs en hébreu le « bibiton », une contraction du surnom de Netanyahu et du mot journal « iton » en hébreu, avait commencé à paraître en 2007, lancé par Adelson, qui est mort cette année. La publication a rapidement dépassé le Yedioth Ahronoth en termes de circulation grâce à sa distribution agressive et à sa gratuité.

Hefetz a raconté aux juges que Netanyahu avait parfois demandé à Israel Hayom de s’en prendre à Mozes.

« J’ai été témoin de conversations où Netanyahu avait demandé à Israel Hayom de s’en prendre directement et personnellement à [Arnon] Mozes, sans lui faire de cadeau », a dit l’ex-confident de l’ancien Premier ministre pendant son contre-interrogatoire.

Il a prétendu que Netanyahu avait menacé Mozes en lui disant qu’il avait des « informations personnelles » à son sujet, mais que lui-même n’avait jamais su quelles étaient ces dites informations.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec son chef de cabinet de l’époque Natan Eshel, le 28 août 2011. (Crédit : Amit Shabi/pool/Flash90/File)

Hefetz s’est aussi souvenu que Natan Eshel, ancien chef de bureau au bureau du Premier ministre, lui avait dit qu’il avait été envoyé par Netanyahu pour avertir Mozes du lancement d’Israel Hayom.

« Il lui a dit que si le Yedioth n’arrêtait pas de se montrer un journal hostile à son égard, ce journal dont Sheldon serait le propriétaire serait établi et qu’il éliminerait le Yedioth« , a continué Hefetz.

Selon Hefetz, Eshel avait averti Mozes que Israel Hayom serait imprimé « si ce journal s’obstine à ne pas obéir ».

Il a noté qu’Adelson lui aussi avait menacé Mozes, avec notamment des menaces plus personnelles.

Le milliardaire américain Sheldon Adelson (à gauche) rencontre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie au Palais des Congrès de Jérusalem, le 12 août 2007. (Flash90)

« Les menaces personnelles n’avaient aucun sens. La vraie menace, c’était d’écraser le groupe du Yedioth Ahronoth, de l’abattre », a continué Hefetz, évoquant les propos présumés tenus par Netanyahu.

Il a aussi affirmé qu’il n’y avait eu aucune logique économique à la création d’Israel Hayom et que le journal « avait probablement été établi pour des raisons idéologiques ».

« Dans le meilleur scénario, ce journal perd des dizaines de millions de dollars par an et il est offert gratuitement, c’est clair, pour détruire ce qu’Arnon Mozes considère non seulement comme l’œuvre de sa vie mais aussi comme presque tout son être », a continué Hefetz.

Concernant le Yedioth, Hefetz a affirmé que le journal n’avait pas d’objectif clair sinon celui de conserver un lectorat aussi large que possible.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Nir Hefetz, à gauche, lorsqu’il était à la tête de l’administration d’information nationale, arrivent à la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le dimanche 27 décembre 2009 (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Pendant les interrogatoires menés par l’avocat de la défense de Mozes, Hefetz a dit que le propriétaire du Yedioth ne lui avait jamais demandé de transmettre des messages à Netanyahu et que cela avait toujours été l’ancien Premier ministre qui avait initié d’éventuels contacts.

« [Mozes] m’avait dit qu’il ne croyait pas un mot sortant de la bouche de Netanyahu », a-t-il affirmé.

Le contre-interrogatoire de Hefetz devrait s’achever mercredi.

Pendant son témoignage, lundi, Hefetz avait expliqué l’animosité qui régnait entre Netanyahu et Mozes, disant que l’ex-chef de gouvernement considérait le propriétaire du Yedioth comme « sa vraie opposition« .

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...