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Interview

« Hitler et les nazis », nouvelle docusérie de Netflix, créée pour la GenZ

La série est conçue comme un thriller destiné à séduire les jeunes d'aujourd'hui ; Joe Berlinger, le réalisateur, explique pourquoi il est essentiel de les éduquer à ce sujet

Une scène de la série "Hitler et les nazis" de Netflix. (Crédit : Netflix via JTA)
Une scène de la série "Hitler et les nazis" de Netflix. (Crédit : Netflix via JTA)

JTA – Tapez « Hitler » dans la barre de recherche de Netflix et une multitude de films et de programmes télévisés sur la Shoah et la Seconde Guerre mondiale vous seront présentés – un grand nombre, parmi eux, comportant le nom d’un nazi dans leur titre.

En visionnant le dernier ajout du géant du streaming, « Hitler et les nazis : Le procès du mal« , un spectateur ayant déjà regardé ce genre de programme est en droit de s’attendre à découvrir quelque chose de nouveau, comme des documents inédits ou l’utilisation de nouvelles technologies cinématographiques.

Cependant, ce type de spectateur risque d’être déçu. Le documentaire en six parties, qui va-et-vient entre le procès de Nuremberg et l’ascension méthodique d’Hitler au pouvoir, n’offre pas grand-chose de révolutionnaire – voire rien du tout – en termes de contenu.

La différence réside toutefois dans la présentation de la série, et c’est d’ailleurs cette structure particulière qui a été à l’origine du projet. Elle utilise des images et des sons d’archives, ainsi que le format standard des émissions-débat. Mais, avec l’ajout de scènes recréées de manière spectaculaire et à l’aide de fréquents flashbacks, elle se présente davantage comme une minisérie à suspense que comme un documentaire traditionnel.

Le réalisateur Joe Berlinger, bien connu des amateurs de documentaires consacrés à des crimes réels – comme « Brother’s Keeper » ou la série « Conversations With a Killer » – a expliqué à la Jewish Telegraphic Agency que le contenu de la série se prêtait à une reconstitution palpitante, en contraste avec les documentaires habituels.

« La manière dont ce sujet a été traité par le passé se limite à des informations fournies par des historiens », explique Berlinger. « Il n’y a aucun effort de contextualisation et d’humanisation. »

Sa motivation initiale était très spécifique : une enquête de la Claims Conference de 2020 qui a révélé des niveaux élevés et inquiétants de méconnaissance de la Shoah chez les millennials et chez les jeunes appartenant à la Génération Z.

Si Netflix n’a pas souhaité commenter sa décision de diffuser la série, Berlinger fait remarquer que le géant du streaming souhaite dorénavant s’aventurer davantage dans le domaine des documentaires historiques. (Netflix a également fait des incursions récentes sur le marché des films religieux, avec un documentaire sur Moïse.)

« Ce projet est né de la volonté de [Netflix] de se lancer à la conquête de l’Histoire, domaine qu’il n’avait pas encore touché », a-t-il indiqué.

Le réalisateur Joe Berlinger, sur le plateau de tournage de « Hitler et les nazis », est connu pour ses films et émissions sur les crimes. (Crédit : Kata Vermes/Netflix)

Berlinger a discuté avec la JTA de son désir de réactualiser la Seconde Guerre mondiale, de son propre parcours en tant que Juif, et de la façon dont son documentaire sur le fascisme du passé peut être pertinent aujourd’hui.

Cet entretien a été légèrement révisé et condensé pour plus de clarté.

JTA : Votre documentaire apporte-t-il des éléments nouveaux, que ce soit sur le plan stylistique, historique, ou autre ?

Joe Berlinger : Il est évident qu’il existe déjà de nombreuses séries sur Hitler. Des chaînes entières en streaming sont consacrées à la Seconde Guerre mondiale. Cependant, ces émissions semblent souvent très anciennes et désuètes, avec des images d’archives en noir et blanc, granuleuses, entrecoupées d’interviews de qualité médiocre. C’est pratiquement tout ce qui est proposé. Nous avons vraiment repoussé les limites sur le plan dramatique.

Nous avons également restauré et colorisé des images d’archives, ce qui est une nouveauté que vous avez peut-être remarquée. Je voulais que ces images soient restaurées et colorisées pour qu’elles s’intègrent parfaitement à la technique cinématographique de très haut niveau utilisée pour les reconstitutions. Elles surpassent de loin le niveau des reconstitutions de Discovery ID ou d’Oxygen Network, qui sont parmi les pires que l’on puisse voir.

Pourquoi avez-vous choisi de réaliser ce projet maintenant ?

L’une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de réaliser ce projet est le niveau alarmant d’ignorance de la Shoah parmi les millennials, ainsi que la méconnaissance de l’histoire par un grand nombre de personnes. Ce qui est particulièrement effrayant, c’est qu’on est passé du négationnisme de la Shoah à son affirmation, comme si Hitler avait eu raison. C’est le niveau d’ignorance auquel nous faisons face aujourd’hui.

La Conférence sur les Revendications matérielles juives contre l’Allemagne a publié une étude sur les millennials, qui m’a motivé à entreprendre ce projet. L’étude a révélé qu’un de ces jeunes sur dix pensait que les Juifs avaient déclenché la Shoah, et 50 % étaient incapables de nommer un seul camp de concentration. Ce niveau d’ignorance m’a convaincu qu’il est temps de raconter à nouveau cette histoire aux nouvelles générations.

Mais comment atteindre les millennials et les jeunes générations dans cette jungle de contenus ?

Netflix, en particulier, offre une plateforme exceptionnelle avec une audience mondiale massive et plutôt jeune. Alors, comment parvenir à toucher un public plus jeune à l’échelle mondiale ? En utilisant le langage cinématographique plutôt que de se contenter d’une production médiocre. Nous avons, bien sûr, également intégré des entretiens avec des images d’archives, mais nos interviews sont magnifiquement filmées. J’ai voulu recréer une ambiance de cours magistral, où les experts semblent enseigner.

De plus, j’ai utilisé le procès de Nuremberg comme fil conducteur de la série. Bien qu’il existe déjà des documentaires sur Nuremberg, structurer notre série autour des procès de Nuremberg au temps présent, avec des retours en arrière pour raconter l’histoire, m’a semblé être une approche innovante.

Je fais beaucoup de true crime [genre cinématographique basé sur des événements réels]. Ce qui m’attire dans le format d’un procès, c’est qu’il offre une structure dramatique parfaite : il y a un début, un milieu et une fin. Il y a une quête de vérité, une montée en action, un protagoniste et un antagoniste, et enfin une résolution. C’est pourquoi je suis attiré par le true crime. Adapter l’histoire nazie à ce format, celui des procès pour meurtre, celui des procès criminels, m’a semblé être un excellent moyen de raconter une histoire.

De plus, certaines choses se communiquent mieux visuellement que par des mots. Le cinquième épisode est particulièrement éprouvant. Nous avons fait le choix audacieux de recréer Babyn Yar, « la Shoah par balles », où 30 000 Juifs ont été assassinés près de Kiev. Les fusillades ont provoqué un tel stress émotionnel chez les soldats allemands qu’ils ont décidé que les fusillades étaient trop compliquées – et c’est ce qui a conduit à la décision de gazer les Juifs et d’autres groupes pendant la Shoah.

Écouter quelqu’un vous narrer ces faits, accompagné d’images vieilles et vieillissantes ne vous touchera pas autant que le cinéma le ferait. Il y a un niveau de narration visuelle qui communique certaines choses que l’on ne peut jamais atteindre dans le cadre d’une interview uniquement.

Un acteur joue le rôle de William Shirer dans une scène de la docusérie de Netflix « Hitler et les nazis » de Netflix. (Crédit : Netflix/ JTA)

Parlez-nous du journaliste William Shirer, qui est l’un des principaux narrateurs de la série – grâce à la recréation de sa voix par l’IA – mais qui n’est que peu connu aujourd’hui ?

Le livre de William Shirer, The Rise and Fall of the Third Reich (1960), avec une croix gammée en couverture, était LE livre sur la Seconde Guerre mondiale. Bien qu’il ne soit plus le seul livre que les gens lisent aujourd’hui, il a occupé une position unique parce que Shirer était l’un des rares reporters américains présents en Allemagne nazie lors de moments cruciaux, témoignant ainsi de ces événements. Comme vous le verrez dans la série, il était soumis à une forte censure sur ce qu’il pouvait rapporter lorsqu’il se trouvait en Allemagne, mais il était parvenu à faire passer clandestinement ses journaux intimes. Il a été l’une des premières personnes à nous alerter sur les dangers de ce qui se passait. Aujourd’hui, avec nos téléphones, nos caméras, avec les réseaux sociaux et l’instantanéité, il est difficile d’imaginer qu’il fut un temps où nous ne savions rien, et où les journalistes devaient s’infiltrer et envoyer des reportages par radio, entre autres moyens.

En rapport direct avec l’ampleur du déni de la Shoah et de l’ignorance, Shirer était un témoin. Vous ne pouvez pas contester un témoin, et nous avons des témoignages tout au long de la série. Tous ces éléments se sont donc rejoints sur le plan thématique.

Votre judaïsme vous a-t-il inspiré pour ce projet ?

Ce qui me fascine le plus dans ce projet, c’est qu’il est en quelque sorte lié à l’histoire de mes origines en tant que cinéaste. J’ai grandi dans le comté de Westchester [à New York] ; nous étions à l’aise financièrement. Mais nous étions des Juifs très laïcs à Westchester. Les Juifs laïcs de Westchester sont très particuliers. En grandissant, je n’étais pas vraiment conscient de mon identité juive. La famille de ma mère était venue de Pologne et celle de mon père d’Allemagne, mais dans les années 1850. Nous n’avions donc aucune tradition allemande à la maison, car nous étions assimilés depuis longtemps. Aussi, nous n’avons perdu personne lors de la Shoah.

En revanche, lorsque j’ai vu des images de la libération des camps à l’âge de 14 ou 15 ans, j’ai été bouleversé. Je ne dis pas que j’étais plus perturbé que les autres, mais je n’arrivais pas à me sortir cela de la tête. Et je n’arrêtais pas de penser au fait que j’étais Juif – même si pas vraiment, nous n’étions pas réellement pratiquants ni religieux – et Allemand, mais pas vraiment non plus. Et malgré cela, si j’étais né à cette époque, j’aurais clairement été assassiné, et je n’arrivais pas à me sortir ça de la tête.

C’est pourquoi, lorsque je suis entrée à l’université, j’ai décidé d’étudier l’allemand et d’apprendre la langue et la culture allemandes car je voulais vraiment comprendre. Je suis allé à l’université de Colgate, où j’ai obtenu mon diplôme en 1983, sans pour autant avoir la moindre indication de ma vocation de cinéaste ; c’était une université d’arts libéraux typique des années 1970, où de nombreux étudiants n’avaient aucune idée de ce qu’ils voulaient faire de leur vie. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme, je parlais couramment l’allemand, je comprenais la culture, je comprenais mieux comment ce mal avait pu se produire. Mon seul objectif professionnel à l’université était donc : « Comment faire pour vivre en Allemagne et être payé pour parler allemand ? »

J’ai passé des entretiens avec des compagnies d’assurance et avec les laboratoires pharmaceutiques Ciba-Geigy, parce qu’ils se trouvaient en Suisse. Je me suis retrouvé au bureau de Francfort d’une grande agence de publicité new-yorkaise, Ogilvy and Mather, où je suis devenu producteur junior. La première fois que j’ai été sur un plateau de tournage, c’était en 1984, je crois, pour une publicité pour American Express qui était tournée en Allemagne. Et c’est là que le déclic s’est produit. Je me suis dit : « Oh, lumières, caméra, action, ça a l’air cool. Tant pis pour les langues, je vais devenir cinéaste. »

Il y avait deux ou trois Allemands qui travaillaient sur le projet [Netflix], et je les corrigeais : « Non, ce n’est pas la bonne traduction. » Cette aventure a été fascinante et, malheureusement, elle est devenue bien plus d’actualité que je ne l’imaginais lorsque nous avons lancé le projet.

En parlant d’actualité, alors que je regardais une partie de l’épisode sur l’emprisonnement d’Hitler après le Beer Hall Putsch, mon téléphone m’envoyait des notifications sur le procès de Trump. Que pensez-vous de toutes les comparaisons entre Hitler et Trump, lequel, beaucoup le craignent, continuera à éroder les institutions démocratiques de l’Amérique s’il est réélu président ? Plusieurs des narrateurs experts de votre série établissent des parallèles, en utilisant des termes comme « make Germany great again ».

Le Berghof, le Nid d’aigle, même l’intervieweur le compare à un Mar-a-Lago d’Hitler.

Les parallèles entre le populisme, l’antisémitisme, les appels à une opinion publique blanche et désenchantée qui se languit du bon vieux temps – tous ces éléments m’ont frappé. Il y a aussi le parallèle avec le fait que nous avons failli perdre notre démocratie, ce qui échappe encore à de nombreuses personnes. Dans la série, nous voyons la facilité relative avec laquelle Hitler a pris le pouvoir. Il a d’abord tenté de renverser [l’Allemagne] avec le Beer Hall Putsch, et comme la révolution pure et simple ne lui convenait pas, il a compris qu’il devait démanteler le système de l’intérieur. Et il y est parvenu assez rapidement. Il ne s’est pas emparé du pouvoir par la violence. Il a convaincu le parlement de renoncer à ses propres pouvoirs. Il a utilisé l’incendie du Reichstag pour mettre fin aux libertés civiles.

Même moi, qui ai réalisé une série en six parties sur l’ascension d’Hitler et qui ai profité de chaque occasion pour souligner les similitudes avec la période contemporaine, je pense qu’il est très dangereux de dire que l’histoire va se répéter. Mark Twain a dit que « l’histoire rime », mais je ne pense pas qu’il y aura une version américaine de la Gestapo et que nos droits fondamentaux seront aussi malmenés.

Cependant, nous avons déjà développé une certaine méfiance à l’égard des institutions, que l’ère Trump a, je pense, contribué à engendrer. Nous croyons déjà en un homme fort. Nous avons déjà commencé à nous aliéner les uns les autres. Le problème avec le type de rhétorique que Trump a normalisé, c’est que nous nous sommes divisés en deux camps qui se haïssent et se déshumanisent les uns les autres. Or, il ne peut y avoir de démocratie s’il n’y a pas de sentiment de bien collectif.

Par conséquent, je considère que la démocratie est attaquée. Je pense que si Trump gagne à nouveau, nous assisterons à un nouvel effritement de la démocratie, à une nouvelle érosion du respect fondamental des uns et des autres et à un manque de confiance dans nos institutions. Mais je ne pense pas qu’il y aura des chemises noires descendant la Cinquième Avenue. Ce sera plutôt quelque chose entre les deux.

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