Ilhan Omar suggère que l’argent juif motive le soutien américain à Israël
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Ilhan Omar suggère que l’argent juif motive le soutien américain à Israël

La nouvelle élue musulmane a été une nouvelle fois accusée d'antisémitisme pour avoir dit que le soutien de Washington à l'Etat juif reposait "sur les billets" de l'AIPAC

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

La représentante Ilhan Omar, Démocrate Minnesota, arrive pour le discours de l'Etat de l'union du président américain Donald Trump lors d'une session conjointe du congrès au Capitole, à Washington, le 5 février 2019 (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)
La représentante Ilhan Omar, Démocrate Minnesota, arrive pour le discours de l'Etat de l'union du président américain Donald Trump lors d'une session conjointe du congrès au Capitole, à Washington, le 5 février 2019 (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)

WASHINGTON — La nouvelle législatrice du Minnesota, Ilhan Omar, a suggéré dimanche que le soutien apporté par les responsables américains à Israël avait pour origine l’argent des Juifs, entraînant une vague de condamnations et de nouvelles accusations d’antisémitisme.

Omar, l’une des deux premières femmes musulmanes élues au Congrès, répondait sur Twitter à la promesse faite par le leader républicain au Congrès, Kevin McCathy, de prendre des mesures contre elle et Rashida Tlaib, représentante du Michigan, qui soutiennent toutes deux la campagne BDS (Boycott, Divestment, and Sanctions) anti-israélienne.

« Tout tourne autour des Benjamins, baby », a tweeté Omar, réagissant à une publication du célèbre journaliste Glenn Greenwald, qui avait écrit qu’il est « effarant de voir le temps passé par des chefs politiques à défendre une nation étrangère, même si cela signifie attaquer le droit à la liberté d’expression des Américains » – en référence à la promesse faite par McCarthy.

Le « Benjamin » est un mot d’argot désignant les billets de cent dollars à l’effigie du père fondateur des Etats-Unis, Benjamin Franklin.

Lorsqu’une journaliste lui a ensuite demandé qui, selon Omar, payait les hommes politiques américains pour garantir leur soutien à Israël, la législatrice a répondu : « L’AIPAC ! », en référence à l’organisation American Israel Public Affairs Committee.

Bien que le lobby pro-israélien ait une influence considérable à Washington, il ne contribue pas aux campagnes et n’approuve pas de personnalités politiques.

Omar, réfugiée éthiopienne née en Somalie, a été récemment nommée à la puissante commission des Affaires étrangères de la chambre. Ces dernières semaines, Omar et d’autres ont âprement critiqué deux projets de loi anti-BDS qui ont été déposés au Congrès.

La représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, à gauche, et la représentante Rashida Tlaib, Démocrate du Michigan, à droite, écoutent le discours de l’Etat de l’Union du président Donald Trump au Capitole, à Washington, le 5 février 2019 (Crédit : AP Photo/J. Scott Applewhite)

La loi anti-boycott israélien (Israel Anti-Boycott Act), qui rendrait pénalement répréhensible la participation au boycott d’Israël, et la loi de lutte contre le BDS (Combating BDS Act) qui accorderait des protections fédérales aux Etats mettant en œuvre des législations anti-BDS, ont récemment été adoptées par le Sénat dans le cadre d’un plus grande ensemble de mesures législatives. Elles devraient toutefois être rejetées à leur arrivée devant le Congrès, dorénavant sous contrôle des démocrates.

Les textes anti-BDS rencontrent également l’opposition farouche de l’ACLU (American Civil Liberties Union), du groupe libéral sur le Moyen-Orient J-Street et d’autres organisations progressistes qui s’inquiètent qu’ils ne contreviennent au Premier amendement américain sur la liberté d’expression en élargissant la capacité d’un Etat à faire disparaître un mouvement politique impopulaire.

Cette position est largement dominante à gauche de l’échiquier politique américain. Seul un démocrate du Sénat (la sénatrice du Minnesota Amy Klobuchar) qui se présente – ou songerait à se présenter – à la présidentielle a voté en faveur de la motion la semaine dernière. Parmi ceux qui se sont exprimés, on retrouve le sénateur du Vermont Bernie Sanders, celui du New Jersey Cory Booker, celui de Californie Kamala Harris, la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren et le sénateur de l’Ohio Sherrod Brown.

Tous s’opposent sans ambiguïté au mouvement BDS et ont indiqué que ses militants étaient dans l’erreur, au mieux, ou malveillants, au pire. Ils estiment néanmoins que des législations à ce sujet feraient plus de mal que de bien.

Toutefois, les mesures bénéficient du soutien de plusieurs importants groupes juifs, et notamment de l’AIPAC. Leurs partisans affirment que si elles devaient être adoptées et mises en œuvre, ces lois interdiraient la discrimination sur la base de l’origine nationale – les entreprises et citoyens israéliens dans ce cas précis.

L’AIPAC a rejeté avec vigueur les accusations d’Omar.

« Nous sommes fiers d’être engagés dans le processus démocratique pour renforcer la relation entre Israël et les Etats-Unis », a fait savoir l’organisation dans un communiqué. « Nos efforts bipartisans reflètent les valeurs et les intérêts américains. Nous ne nous laisserons dissuader d’aucune manière par des attaques désinformées et illégitimes de ce travail majeur. »

Les membres de la communauté juive américaine, et notamment de gauche, ont critiqué les propos d’Omar, dimanche, disant qu’ils témoignaient d’un antisémitisme flagrant.

L’AJC (American Jewish Committee) a dénoncé ses propos et lui a demandé de s’excuser.

« Suggérer qu’une organisation juive achète les politiques américains est un mensonge facile à démontrer et profondément antisémite. Les Américains sont pro-Israël simplement parce qu’ils le sont », a écrit l’AJC sur Twitter.

Michael Koplow, directeur politique du groupe Israel Policy Forum, qui soutient une solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien, a tweeté qu’il était « sidérant que @IlhanMN passe ses toutes premières semaines au Congrès à propager des tropes antisémites sur des Juifs riches achetant les responsables élus, particulièrement après son recul bidon de son tweet sur les Juifs ‘qui hypnotisent le monde’. »

Omar avait tweeté au cours de la guerre à Gaza en 2014 que l’Etat juif avait « hypnotisé le monde », même si elle a récemment présenté ses excuses.

« Les partisans d’Israël ont tout à fait le droit de s’impliquer en politique et de faire entendre leurs voix. Israël est l’un des alliés les plus précieux des Etats-Unis dans le monde, ce qui rend ce pays digne de soutien, indépendamment de tout le reste », a continué Koplow. « Ce à quoi s’adonne @IlhanMN est du colportage haineux, honteux et fanatique ».

Omar a ultérieurement re-tweeté, drôle d’enchaînement, une auto-critique qui disait « autant qu’elle nous appelle les nez crochus ».

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