Iran, Gaza, élections : la première interview de Netanyahu en vue du scrutin
Le Premier ministre affirme qu’il formera un gouvernement de large coalition, qu'il refuse un État palestinien et évoque les guerres
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé mardi que sa quête d’une « victoire totale » contre l’Iran et ses proxys « ne s’achève jamais », tout en vantant ce qu’il a présenté comme les avancées militaires d’Israël au cours des trois dernières années, tout en insistant sur le fait qu’il restait encore du travail à accomplir.
Lors d’une rare interview accordée à des médias israéliens – même s’il s’agissait de la Quatorzième chaîne, sa chaîne de référence -, Netanyahu a été interrogé sur la question de savoir si son engagement, pris lors de la guerre de Gaza, d’obtenir une « victoire totale » était toujours d’actualité.
« Cela ne s’arrête jamais. Voulez-vous vivre au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde ? Il faut être très fort. Et nous sommes très forts. Israël est plus fort qu’il ne l’a jamais été, et nous avons repoussé les menaces et considérablement affaibli (nos adversaires). Il nous reste du travail à accomplir. Nous nous occuperons de ce qui reste de l’axe iranien », a déclaré Netanyahu sous les applaudissements d’un public acquis à sa cause.
Le Premier ministre a vanté l’élimination par Israël d’une grande partie des dirigeants terroristes du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran, ainsi que la création de zones tampons à Gaza, au Liban et en Syrie. Il a toutefois semblé reconnaître que les résultats de la guerre contre le régime iranien n’avaient pas atteint les objectifs les plus ambitieux qu’il s’était initialement fixés, à savoir la destruction des programmes nucléaires et balistiques de l’Iran et un changement de régime.
Netanyahu a déjà fait valoir qu’Israël devra vivre éternellement les armes à la main dans un monde rempli d’adversaires déterminés à le détruire, mais cette approche l’a exposé aux critiques de ses adversaires politiques, qui l’ont accusé de prolonger les guerres à Gaza et ailleurs dans la région afin de se maintenir au pouvoir, d’autant plus que ses partenaires d’extrême-droite au sein de sa coalition ont menacé de faire tomber son gouvernement s’il adoptait des politiques plus conciliantes.
Des dirigeants étrangers ont fait valoir que l’approche intransigeante de Netanyahu – en particulier depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 – n’a pas permis de répondre efficacement aux menaces auxquelles Israël est confronté et a compromis les chances d’une intégration régionale.
Netanyahu:
Let me tell you something: The war is never over.
Do you want to live? In the Middle East, and in the world, you must be very strong.
We are very strong. Israel is stronger than ever. pic.twitter.com/VsSAtWxrzG
— Clash Report (@clashreport) June 30, 2026
« On ne peut pas se contenter de tuer pour résoudre tous les problèmes de sécurité nationale auxquels on est confronté », a déclaré le vice-président américain, JD Vance, le mois dernier, exprimant ainsi sa frustration face aux politiques d’Israël au Liban, mais aussi face aux critiques formulées par certains membres du gouvernement de Netanyahu concernant l’accord-cadre conclu par Washington pour mettre fin à la guerre contre la République islamique d’Iran.
Les responsables saoudiens ont également clairement réaffirmé à maintes reprises qu’ils ne souhaitaient pas normaliser leurs relations avec Israël tant que Jérusalem n’accepterait pas de s’engager de manière irréversible sur la voie de la création d’un État palestinien.
Mais mardi, Netanyahu n’a pas semblé s’en émouvoir, insistant sur le fait que de nouveaux accords de paix entre Israël et ses voisins restaient possibles, alors qu’il a fait de l’opposition à un État palestinien une condition pour que les partis rejoignent le « gouvernement national élargi » qu’il a déclaré vouloir former après les prochaines élections législatives.
Invité à préciser avec quels pays il espère conclure des accords de paix, et si l’Arabie saoudite en fait partie, Netanyahu a refusé de les nommer, mais a insisté sur le fait que plusieurs pays étaient en lice, dont le Liban : « Je ne cite pas de noms car je veux obtenir des résultats. Mais tout le monde les verra… Il existe des ententes avec le Liban que personne n’avait prévues. Il y a également des contacts avec d’autres pays. Je ne peux pas en dire plus. »
« Quand on est fort, les gens forment des alliances, et ils font également la paix », a-t-il ajouté.
Interrogé sur la possibilité d’un troisième affrontement contre la République islamique d’Iran, après les guerres de juin 2025 et de ce début d’année, Netanyahu a répondu : « Si nécessaire », avant de réitérer son engagement : « Tant que je serai Premier ministre, l’Iran ne disposera pas d’armes nucléaires. »
Concernant la situation à Gaza, il a été demandé à Netanyahu si les propositions passées en faveur d’une « émigration volontaire » des Gazaouis restaient à l’étude, alors qu’elles ont été catégoriquement rejetées par une grande partie de la communauté internationale, qui accuse les partisans de cette idée de tenter un nettoyage ethnique visant à chasser les Gazaouis. Netanyahu a refusé d’en dire davantage, déclarant : « Je préfère parler moins et agir plus. »
Il s’est montré tout aussi évasif lorsqu’on l’a interrogé sur la perspective d’un retour de la présence juive à Gaza, se contentant de dire qu’il était parfois préférable de séparer les actions des déclarations publiques et qu’il n’avait donc « rien d’autre à ajouter à ce sujet ». Par le passé, il avait exclu toute implantation à Gaza, mais il semble adapter sa position publique à l’approche des élections.
Netanyahu a déclaré qu’Israël avait atteint deux des trois objectifs de la guerre à Gaza : le retour des otages et l’élimination du Hamas en tant que menace militaire.
« Le premier objectif, bien sûr, était de ramener tous nos otages. Et nous y sommes parvenus », a-t-il déclaré, sans préciser que certains otages avaient été tués pendant leur captivité ou étaient décédés avant d’être relâchés.
« Le deuxième objectif était de démanteler le Hamas et de veiller à ce que Gaza ne constitue plus une menace militaire pour Israël. Or, pour l’instant, ce n’est pas le cas », a-t-il ajouté, soulignant qu’il n’y avait pas eu de riposte militaire de la part du Hamas après la récente élimination de son haut responsable, Izz al-Din al-Haddad. Cependant, un reportage diffusé cette semaine par une chaîne de télévision israélienne, sans citer de source, indiquait que Tsahal craignait que la branche armée du Hamas se prépare à une reprise des hostilités.
« Nous contrôlons la situation. Nous les mettons sous pression. Nous avions également un troisième objectif, qui n’a pas encore été atteint : éliminer leur pouvoir civil. Nous y parviendrons. Il reste du travail à faire. Mais des opérations sont menées en permanence contre ceux qui ont participé aux événements du 7-Octobre », a-t-il déclaré, ajoutant que « nous trouverons » tous ceux qui restent et qui ont planifié ou participé à l’attaque.
Netanyahu a également été interrogé sur les inquiétudes croissantes à Jérusalem quant à une présence militaire égyptienne qui se serait renforcée dans la péninsule du Sinaï, ce que Jérusalem considère comme une violation des clauses de démilitarisation de son traité de paix de 1979 avec Le Caire.
« J’ai eu des discussions avec les Égyptiens et je leur ai expliqué ce que j’attends d’eux. Une partie de ces mesures est déjà mise en œuvre. Il s’agit simplement de respecter les accords qui nous lient », a-t-il déclaré, sans donner plus de détails.
« Je pense que nous devons protéger nos frontières. Mais nous devons comprendre une chose : lorsqu’une puissance décline, une autre prend le relais. C’est ainsi que les choses fonctionnent depuis toujours. Et la puissance qui doit continuer à se renforcer – et à le faire plus rapidement – est l’État d’Israël », a ajouté Netanyahu.
Les Haredim et l’extrême-droite feront partie du gouvernement que je formerai ; la refonte judiciaire reprendra
Samedi, Netanyahu a lancé son premier appel de la campagne électorale en faveur de la formation d’une large coalition nationale, après avoir mis en place ce qui a été largement considéré comme le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël à la suite des précédentes élections de 2022.
Ce positionnement fait suite à plusieurs mois de sondages indiquant que le bloc de Netanyahu (droite, religieux et extrême-droite), se situait bien en deçà de la majorité de 61 sièges nécessaire pour former un gouvernement.
Mais, lors de son interview de mardi, Netanyahu a précisé le type de gouvernement d’union nationale qu’il souhaite former prochainement, insistant sur le fait qu’il inclurait toujours les partis d’extrême-droite et ultra-orthodoxes qui composent son gouvernement actuel.
« Je veux un gouvernement national élargi… Nous sommes confrontés à des défis majeurs et à des opportunités majeures. Dans une situation comme celle-ci, on cherche à obtenir le consensus le plus large possible. Cela ne signifie pas l’unité, car on ne parviendra pas à une unité totale. Le pays tout entier ne se rangera pas derrière vous. Mais on peut élargir la base », a répondu le Premier ministre à un intervenant qui lui demandait pourquoi il envisagerait de permettre à des adversaires politiques de rejoindre sa coalition.
Netanyahu on Channel 14:
I want a broad national government because we face great challenges and great opportunities. This is not unity because unity will not be achieved. pic.twitter.com/e8Sibi9YEc
— World Source News (@Worldsource24) June 30, 2026
« Le gouvernement que j’ai l’intention de former reposera sur des principes clairs. Quiconque accepte ces principes pourra y adhérer », a-t-il ajouté, en les énonçant ainsi : « Israël est l’État-nation du peuple juif ; il n’y aura pas d’État palestinien ici ; nous menons une politique de sécurité proactive – nous n’attendons pas, et nous ne nous cachons pas derrière des portes closes. »
Il a ajouté que « nous poursuivrons également les réformes judiciaires », une question qui avait suscité de profondes divisions au sein de la société israélienne avant la guerre à Gaza, sans toutefois préciser les éléments de cette refonte controversée du système judiciaire qu’il comptait mettre en œuvre.
Netanyahu a rejeté les allégations selon lesquelles sa dernière proposition de « gouvernement national élargi » ne serait qu’un coup médiatique en vue des élections, soulignant qu’il avait invité les partis d’opposition à rejoindre un gouvernement d’urgence en temps de guerre après le 7-Octobre.
« J’étais très heureux » que Benny Gantz et son rival électoral en pleine ascension, Gadi Eisenkot, aient rejoint le gouvernement, a-t-il déclaré, avant d’accuser ce dernier d’avoir finalement persuadé Gantz de quitter le gouvernement en même temps que lui.
« J’ai regretté qu’Eisenkot ait convaincu [Gantz] de partir. Mais je souhaitais (qu’ils nous rejoignent), car lorsque l’on est confronté à des défis majeurs et à des opportunités importantes, on élargit sa base et on s’appuie sur des fondements plus solides. »
Dans sa lettre de démission du gouvernement de guerre, Eisenkot avait sévèrement critiqué la manière dont le cabinet de guerre avait mené ses travaux, affirmant que « des considérations extérieures et des enjeux politiques s’étaient immiscés dans les discussions ».
Interrogé sur le fait de savoir si une coalition plus large se ferait au détriment de son bloc gouvernemental actuel, qui inclut les partis Shas et Yahadout HaTorah, ainsi que les ministres Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich, Netanyahu a catégoriquement rejeté cette idée.
« Ce n’est pas du tout la question. Je m’appuie sur le camp national, et je souhaite l’élargir – tout comme je l’ai fait au début de la guerre, et comme je l’ai fait à d’autres occasions. Nous avons devant nous des missions nationales majeures. Et je pense qu’il est possible de parvenir à un accord bien plus large que vous ne le pensez. »
Il a insisté sur le fait que l’opinion publique israélienne était bien moins divisée que le système politique : « Je pense que ce qui existe à la Knesset, ce qui existe en politique, ce sont des gens qui veulent la division. Ils veulent l’incitation à la haine. Ils veulent la discorde. Ils veulent la fragmentation. »
Même s’il a fait valoir que les boycotts politiques devaient cesser, Netanyahu a tout de même présenté les élections prévues en octobre comme un choix entre son leadership et une alternative de gauche : « Le choix se résume à un gouvernement national élargi sous ma direction, ou à un gouvernement de gauche restreint dirigé par Eisenkot, aux côtés de Yaïr Lapid et de Yaïr Golan, qui dépendra des partis arabes. Ils n’ont pas d’autre option… Il n’y en a pas d’autre. »
Interrogé spécifiquement sur sa volonté de voir des personnalités telles qu’Eisenkot, Naftali Bennett, Avigdor Liberman ou Golan rejoindre une telle coalition, Netanyahu a répondu : « Quiconque accepte nos principes », laissant apparemment entrevoir une ouverture à l’égard de tous les élus figurant sur la liste susmentionnée.
« Je suis contre les boycotts. Cela fait dix ans que nous sommes confrontés à des boycotts, sur des questions judiciaires et à cause d’une chasse aux sorcières politique fictive », a-t-il ajouté, faisant référence à son procès pour corruption en cours.
La plupart des partis sionistes d’opposition ont insisté sur le fait qu’ils ne siégeraient pas dans un gouvernement dirigé par Netanyahu, estimant qu’il aurait dû démissionner à la suite des échecs du 7-Octobre et/ou qu’il laissait sa situation juridique précaire influencer ses décisions en tant que Premier ministre.
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