Iran : les Etats-Unis ne peuvent pas exiger un nouvel accord sur le nucléaire
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Iran : les Etats-Unis ne peuvent pas exiger un nouvel accord sur le nucléaire

Le président iranien affirme que le monde ne suit plus les directives de Washington, concernant notamment les sanctions sévères et les demandes de reprise des pourparlers

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à gauche, s'entretient avec le président iranien Hassan Rouhani lors d'une réunion à Istanbul, en Turquie, le 18 mai 2018. (AFP PHOTO/POOL/Cem OKSUZ)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, à gauche, s'entretient avec le président iranien Hassan Rouhani lors d'une réunion à Istanbul, en Turquie, le 18 mai 2018. (AFP PHOTO/POOL/Cem OKSUZ)

Le président iranien Hassan Rouhani a attaqué les États-Unis lundi, affirmant qu’ils n’avaient pas le droit de prendre des décisions pour l’Iran, à la suite du discours du secrétaire d’État américain Mike Pompeo décrivant la nouvelle stratégie de l’administration Trump à l’égard de l’Iran.

Les déclarations de Rouhani constituaient un rejet flagrant d’une liste de demandes formulées par Pompeo en faveur d’un nouveau traité nucléaire, incluant plusieurs concessions que l’Iran a déclaré dans le passé qu’il ne pourrait jamais accepter.

Au lieu de cela, il a indiqué que Washington avait perdu son pouvoir de dicter les conditions lorsqu’il s’est retiré de l’accord nucléaire de 2015.

« Qui êtes-vous pour décider pour l’Iran et le monde ? » a déclaré M. Rouhani dans un communiqué diffusé par plusieurs agences de presse iraniennes. « Le monde d’aujourd’hui n’accepte pas que les États-Unis décident pour le monde. Les pays ont leur indépendance », a-t-il ajouté.

Pompeo avait promis d’appliquer « les sanctions les plus sévères de l’histoire » sur Téhéran après que le président américain Donald Trump s’est retiré de l’accord nucléaire iranien plus tôt ce mois-ci.

« L’aiguillon des sanctions ne deviendra plus douloureux que si le régime ne change pas de cap par rapport à la voie inacceptable et improductive qu’il a choisie pour lui-même et pour le peuple iranien », a déclaré M. Pompeo.

M. Pompeo a énoncé 12 conditions que les États-Unis considèrent comme des conditions préalables à tout accord définitif avec la République islamique, notamment l’abandon des missiles balistiques, la fin du soutien au terrorisme et l’arrêt des menaces contre Israël, entre autres exigences.

Il a dit que la longueur de la liste était un simple témoignage de « l’ampleur du comportement malveillant de l’Iran ».

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammed Javad Zarif a qualifié la nouvelle stratégie américaine de « régression« .

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif pendant une conférence de presse à l’Institut de Lausanne (à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne), le 2 avril 2015. (Crédit : AFP/Fabrice Coffrini)

« L’imposture de la diplomatie américaine n’est qu’une régression vers de vieilles habitudes : emprisonné par des illusions et des politiques ratées – dictées par des intérêts spéciaux corrompus – il répète les mêmes mauvais choix et récoltera ainsi les mêmes mauvaises récompenses. L’Iran, quant à lui, travaille avec des partenaires pour des solutions post-US du plan d’action global commun (JCPOA) », a-t-il écrit sur Twitter.

Rouhani a qualifié l’administration du président américain Donald Trump de « recul de 15 ans à l’époque de Bush junior et une répétition des mêmes déclarations qu’en 2003 ».

« Ces déclarations sont devenues obsolètes et le peuple iranien a entendu ces déclarations des centaines de fois et n’y prête plus attention », a-t-il ajouté.

Un fonctionnaire iranien a déclaré sous couvert d’anonymat à Reuters que le discours de Pompeo a montré que les États-Unis cherchent à renverser la République islamique.

« L’Amérique veut faire pression sur l’Iran pour qu’il se rende et accepte leurs exigences illégales… ses déclarations indiquent que l’Amérique cherche certainement un changement de régime en Iran », a dit le fonctionnaire non identifié.

Mojtaba Zonnour, un religieux et homme politique iranien, a rejeté les demandes de Pompeo.

« L’Iran n’a besoin de la permission de personne pour exercer sa mission dans la région », a-t-il dit. « Nos missiles sont défensifs et leur portée atteint n’importe quel endroit où nous constatons une menace », a rapporté le site d’information Ynet, en le citant.

Les ministres des Affaires étrangères d’Arabie saoudite Adel Al-Jubeir (G) s’entretient avec son homologue japonais Tara Kono, le vice-secrétaire d’État américain John Sullivan (deuxième rangée) et le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères Boris Johnson au Palacio San Martin lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 le 21 mai 2018 à Buenos Aires. (AFP PHOTO / EITAN ABRAMOVICH)

Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a devancé le discours du secrétaire d’État, déclarant à un auditoire à Buenos Aires que le nouveau plan américain ne fonctionnerait pas.

« Si vous essayez maintenant de mettre toutes ces questions – les missiles balistiques, le mauvais comportement de l’Iran, l’activité perturbatrice de l’Iran dans la région et la question nucléaire – si vous essayez de mettre toutes ces questions dans une négociation géante », a dit Johnson, « je ne vois pas cela comme étant très facile à réaliser, dans un calendrier raisonnable », a rapporté le site d’information Bloomberg.

Il a suggéré qu’il serait possible pour les Etats-Unis de revenir éventuellement s’aligner au reste de la communauté internationale et d’accepter une proposition en cours d’élaboration qui serait basée sur l’accord initial avec l’Iran, avec quelques clauses supplémentaires ajoutées.

« Je ne suis pas totalement pessimiste quant à la situation. En fin de compte, il y a un accord à conclure qui donne à l’Iran un meilleur accès économique à l’Occident, mais qui le limite aussi », a-t-il dit. « C’est ce sur quoi nous voulons travailler avec les Américains. Ils ont des idées ; nous avons des idées. Je pense qu’à la fin, nous reviendrons au genre d’amendements du JCPOA que nous avions initialement envisagé – mais cela peut prendre beaucoup de temps ».

J Street, une organisation juive américaine de gauche qui soutenait l’accord initial avec l’Iran, a déclaré qu’au lieu d’apporter la sécurité, les nouvelles exigences américaines déstabiliseraient le Moyen-Orient.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo prend la parole à la Heritage Foundation, le 21 mai 2018, à Washington, DC. (Win McNamee/Getty Images/AFP)

« Le secrétaire d’État a clairement indiqué aujourd’hui que les États-Unis, sous la présidence de M. Trump, sont presque totalement isolés et agissent comme une force déstabilisatrice au Moyen-Orient », a déclaré le groupe dans une déclaration.

« Soyons clairs : aujourd’hui, ce sont les États-Unis seuls qui violent l’accord historique de contrôle des armements de la JCPOA. Cette administration s’oppose fondamentalement aux principes de base de la diplomatie et de la négociation », a déclaré J Street. « Sous la direction de son nouveau cabinet de guerre, le président a exigé la capitulation complète et inconditionnelle de l’Iran sur une liste maximaliste d’exigences – une approche qui est synonyme de confrontation et de guerre ».

Le groupe a appelé les législateurs à limiter l’autorité du président à agir contre l’Iran.

« La seule façon de s’assurer qu’un président profondément inapte et ses conseillers obsédés par le changement de régime ne peuvent pas provoquer une autre guerre de choix, coûteuse et sanglante, c’est que le Congrès exerce son devoir constitutionnel de contrôler le président », peut-on lire dans le communiqué. « Le Congrès doit préciser que le président n’est pas habilité à utiliser la force militaire contre l’Iran. »

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