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Israël aurait peu de chances d’atteindre ses objectifs sur les énergies renouvelables

La lenteur du gouvernement, sa centralisation et sa bureaucratie sont pointés du doigt par des experts

Panneaux solaires. (lovelyday12, iStock, Getty Images)
Panneaux solaires. (lovelyday12, iStock, Getty Images)

Lors de la conférence sur les énergies renouvelables organisée cette année à Eilat, les initiés du secteur et les défenseurs des énergies vertes ont mis en évidence la principale préoccupation qui limite les efforts en faveur d’un avenir plus durable : le gouvernement avance trop lentement, avec trop de bureaucratie, pour pouvoir atteindre son objectif de produire 30 % de l’énergie d’Israël à partir de sources renouvelables d’ici 2030 et atteindre des émissions nettes de carbone nulles au milieu du siècle.

En fin d’année dernière, Israël était censé produire 10 % de son énergie à partir de sources renouvelables. Mais comme l’ont fait remarquer les orateurs, cet objectif n’a pas été atteint. À la fin de l’année 2021, Israël atteindra tout juste 9 %.

Cette conférence était la neuvième organisée par l’Initiative pour les énergies renouvelables d’Eilat-Eilot, une entreprise d’intérêt public dédiée à faire progresser l’énergie solaire.

Grâce à elle et sa dirigeante, Dorit Banet, la ville d’Eilat et la région d’Arava, dans le sud d’Israël, ne dépensent plus que de l’énergie solaire pendant la journée, et le feront 24 heures sur 24 d’ici deux ans.

Mais à l’hôtel Dan d’Eilat, où s’est tenue la conférence, qui a attiré plus de 700 participants de l’industrie et du gouvernement, l’atmosphère était moins optimiste.

Les uns après les autres, les intervenants du secteur privé ont appelé à une réduction de la bureaucratie et à un marché de l’énergie moins centralisé et plus ouvert.

Dorit Banet. (Crédit : Noah Perry)

La première à prendre la parole a été Dorit Banet elle-même, qui a déclaré que si l’Arava bénéficie actuellement de 190 mégawatts d’énergie solaire, elle pourrait en produire plus du double, même en respectant les réglementations et le zonage actuels, sans les obstacles bureaucratiques.

« Rien ne justifie le fait qu’en deux ans, nous n’ayons pas réussi à ajouter un seul watt dans le sud », a-t-elle déclaré.

Chen Herzog, partenaire et économiste en chef de BDO Consulting Israël, a proposé de mettre en place une procédure accélérée pour l’approbation des projets d’énergie propre qui refléterait un programme gouvernemental distinct, connu sous le nom de « Tama 38 », conçu pour accélérer la construction résidentielle face à une croissance démographique galopante.

Le champ solaire Ashalim dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël, le 22 décembre 2016. (Crédit : AP Photo/Oded Balilty)

« Les gens disent qu’il n’y a pas de place sur le réseau [électrique], mais l’énergie verte devrait être le premier choix », a déclaré Chen Herzog.

Ce dernier a critiqué le contrôle centralisé du secteur de l’électricité, où la Société israélienne d’électricité gère le réseau au jour le jour, tandis que l’Autorité de l’électricité, basée au sein du ministère de l’Énergie, détermine les réglementations et les incitations financières et qu’un troisième organisme – Noga : The Israel Independent System Operator Ltd – se charge de la planification des infrastructures.

Doutant qu’Israël puisse atteindre son objectif de 30 % d’ici 2030, Chen Herzog a présenté certaines des mesures nécessaires pour y parvenir. Parmi elles, l’accroissement de la concurrence dans le domaine de l’énergie verte, la multiplication d’accords d’approvisionnement bilatéraux entre les consommateurs industriels et les entreprises d’énergie verte, d’efforts plus intenses pour étendre le réseau et rendre l’utilisation de l’énergie plus efficace, et d’une accélération de l’électrification des transports.

La plupart des voitures israéliennes sont encore équipées de moteurs à combustion. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Libérons le marché et supprimons le monopole sur le soleil », a-t-il déclaré, ajoutant : « Tout comme nous pouvons passer de [l’entreprise de communication] Cellcom à Partner, en Europe, les consommateurs peuvent passer d’un fournisseur d’électricité à l’autre. »

Tal Mond, PDG et associé de BL Energy, a commenté que la structure réglementaire d’Israël était adaptée à l’ancien marché dominé par les combustibles fossiles. Un marché ouvert favoriserait l’innovation et ferait baisser les prix, a-t-il ajouté.

Il a également déclaré que l’Autorité foncière israélienne, qui aide à déterminer où les installations énergétiques peuvent être construites et qui est très critiquée par les entreprises d’énergie renouvelable pour ne pas avoir fixé des prix uniformes pour les terrains, n’était « en aucun cas responsable ».

Tal Mond a également fait remarquer qu’il n’y avait pas de réponse à la demande en Israël – un mécanisme désormais courant dans le monde développé qui équilibre l’offre et la demande en permettant aux consommateurs de réduire leur consommation d’électricité pendant les périodes de pointe où les prix de l’électricité sont élevés et qui aide le système à fonctionner plus efficacement dans l’ensemble.

Un nouveau champ solaire à Timna, dans le sud d’Israël, a été construit par EDF Renewables Israel et officiellement inauguré le 15 décembre 2021. (Crédit : EDF Renewables Israël)

Ayalon Vaniche, directeur d’EDF Renewables Israel, qui a ouvert mercredi son 22e champ solaire en Israël, a déclaré qu’il avait fallu deux ans à son entreprise pour se connecter au réseau.

M. Vaniche a déclaré qu’il craignait que le gouvernement ne fasse une erreur en cherchant à obtenir des tarifs toujours plus bas pour l’énergie solaire par le biais d’appels d’offres. Le prix de l’offre la plus basse s’élève actuellement à 17,05 agorot (cinq centimes), un chiffre trop bas pour refléter les coûts d’installation des installations qui nécessitent également une construction, comme les panneaux solaires dans les cimetières ou au-dessus des parkings extérieurs.

Yael Cohen Paran, militante pour l’énergie propre et ancienne membre de la Knesset, a fait remarquer qu’aucun panneau solaire n’avait encore été installé sur les toits des immeubles d’habitation, alors que l’on s’attendait à ce que ceux-ci constituent la principale réserve de toits pour l’énergie renouvelable.

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