Israël dit avoir approuvé par écrit le transfert d’îles à l’Arabie saoudite
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Israël dit avoir approuvé par écrit le transfert d’îles à l’Arabie saoudite

Le ministre de la Défense révèle la coordination entre Jérusalem, Le Caire et Ryad, et souligne une interaction stratégique naissante

Les îles de Tiran (premier plan) et Sanafir (arrière plan) en mer Rouge, dans le détroit de Tiran entre la péninsule du Sinaï égyptienne et l'Arabie saoudite. (Crédit : Stringer/AFP/Getty Images, via JTA)
Les îles de Tiran (premier plan) et Sanafir (arrière plan) en mer Rouge, dans le détroit de Tiran entre la péninsule du Sinaï égyptienne et l'Arabie saoudite. (Crédit : Stringer/AFP/Getty Images, via JTA)

Israël a reçu des gages d’assurance de l’Arabie saoudite sur le fait que la rétrocession par l’Egypte de deux îlots de la mer Rouge n’affecterait pas le passage de ses navires, ont indiqué mardi des médias israéliens citant le ministre de la Défense.

Le Caire avait annoncé samedi sa décision de rétrocéder à l’Arabie saoudite les deux petites îles inhabitées de Tiran et Sanafir situées à l’entrée stratégique du golfe d’Aqaba qui permettent de contrôler l’accès au port israélien d’Eilat grâce au détroit de Tiran.

Israël a donné son accord écrit au transfert des deux îles, a révélé mardi le ministre de la Défense Moshe Yaalon.

Cette reconnaissance, exprimée pendant un exposé avec des journalistes mardi, souligne la coopération israélo-saoudienne croissante, quoique discrète, ces dernières années.

Selon Yaalon, Israël a été informé par écrit du transfert d’îles entre Le Caire et Ryad, qui fait partie d’une série d’accords de coopération signés la semaine dernière entre le roi d’Arabie saoudite Salmane et le président égyptien Abdel Fatah el-Sissi au Caire. Les accords Le Caire – Ryad consolident l’alliance des deux états arabes sunnites dans une région qui subit des changements chaotiques et affronte l’influence croissante de l’Iran chiite à l’est.

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon à l'Institut de la démocratie d'Israël, le mercredi 25 novembre 2015 (Photo: Ariel Hermony / Ministère de la Défense)
Le ministre de la Défense Moshe Yaalon à l’Institut de la démocratie d’Israël, le mercredi 25 novembre 2015 (Photo: Ariel Hermony / Ministère de la Défense)

« Cela nécessitait notre accord, celui des Américains qui sont impliqués dans le traité de paix et celui de la MFO », a déclaré Yaalon, faisant référence à la force multinationale d’observateurs déployée à la frontière israélo-égyptienne. « Nous sommes parvenus à une entente entre les quatre parties – les Saoudiens, les Egyptiens, les Israéliens et les Américains – sur le transfert de la responsabilité des deux îles, à condition que les Saoudiens suivent les engagements pris par les Egyptiens dans l’annexe militaire du traité de paix » entre Israël et l’Egypte.

La série d’accords comprend aussi 16 milliards de dollars d’investissements saoudien dans l’économie égyptienne en difficulté.

Les deux îles de la mer Rouge figurent à une place importante dans le traité de paix signé en 1979, qui promet un passage sécurisé aux navires israéliens civils et militaires dans les étroites voies de navigation du détroit de Tiran. C’est la fermeture de ce détroit par l’Egypte de Gamal Abdel Nasser qui avait précipité la guerre des Six Jours en 1967.

Le traité de paix signé par l’Egypte et Israël en 1979 garantit la liberté de navigation pour Israël dans ces zones cruciales pour l’accès à l’océan Indien et le commerce avec l’Asie. La Jordanie a été après l’Egypte le deuxième pays arabe à signer un traité de paix avec Israël en 1994. L’Arabie saoudite n’entretient pas de relations officielles avec Israël.

Dans le cadre de l’accord entre l’Egypte et l’Arabie saoudite, les îles passeront sous contrôle saoudien dans 25 ans, donnant à Ryad une part active pour assurer que les conditions du traité de paix avec Israël sont remplies.

Les officiels saoudiens avaient déclaré ces derniers jours qu’ils assureraient « tous les engagements égyptiens » liés aux îles. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, a déclaré pendant une interview que son pays honorerait les termes du traité de paix israélo-égyptien concernant les îles. L’Arabie saoudite ne négociera pas avec Israël en ce qui concerne les îles, a-t-il déclaré, puisque « les engagements que l’Egypte a approuvé [dans le traité de paix], nous nous y engageons aussi, y compris le déploiement d’une force internationale sur les îles. Nous avons étudié le sujet et connaissons notre position légale. Nous nous engageons à ce à quoi l’Egypte s’était engagée devant la communauté internationale. »

Mais selon Yaalon, la coordination avec Israël est allée plus loin. L’Arabie saoudite a accepté d’assurer une navigation libre pour toutes les parties dans le détroit. Israël a été informé par écrit du nouvel accord, des semaines avant qu’il ne soit rendu public, et a donné son approbation par écrit à l’Egypte et, indirectement, à l’Arabie saoudite.

Israël a également accepté la construction d’un pont entre ces îles, l’Egypte et l’Arabie saoudite.

L’accord d’Israël au transfert a nécessité la réouverture des appendices militaires du traité de paix, a déclaré Yaalon. La discussion entre les trois parties a été facilitée par les Etats-Unis, a noté le ministre de la défense, selon le site d’informations Ynet.

Le détroit de Tiran est le seul passage maritime d’Israël entre Eilat et l’océan, autorisant la navigation vers et depuis l’Afrique et l’Asie sans passer par le canal de Suez, ainsi que le passage vers et depuis ce canal. Les navires de la marine israélienne utilisent cette voie de navigation pour atteindre l’océan, où ils conduisent des exercices maritimes qui ne sont pas possibles dans l’étroit golfe d’Aqaba.

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Mardi, Yaalon a également parlé de la situation sécuritaire à Gaza.

Le Hamas, le groupe terroriste qui dirige le territoire côtier, est « dissuadé » par Israël, « et en conséquence n’agira pas contre nous. Mais il construit sa puissance », a-t-il dit.

Yaalon a déclaré qu’il n’y avait « pas de siège de Gaza, mais il y a une fermeture sécuritaire où nous empêchons l’import de matériel à double fonction qui peut être utilisé pour créer des roquettes. Les marchants de Gaza importent des biens de l’étranger via les ports d’Ashdod [en Israël], de Port Saïd et d’Alexandrie [en Egypte]. »

Pendant que le Hamas a choisi de ne pas attaquer Israël, le groupe « se renforce », a déclaré le ministre de la défense. « Son défi principal est la contrebande d’armes, puisque la route de contrebande du Soudan n’existe plus, mais la route de la Libye au Sinaï est toujours ouverte. Le Hamas se renforce aussi quand il s’agit du développement et de la construction d’armes aériennes télécommandées, avec le financement et l’expertise de l’Iran, et dans l’amélioration de ses forces navales qui peuvent pénétrer [en Israël] par la plage. »

JTA et l’AFP ont contribué à cet article.

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