Israël furieux que l’UE subventionne des soutiens palestiniens du terrorisme
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Israël furieux que l’UE subventionne des soutiens palestiniens du terrorisme

La diplomatie israélienne convoque l'ambassadeur après que son envoyé dans les territoires a indiqué que des individus affiliés à des groupes interdits pouvaient recevoir des fonds

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Sven Kühn von Burgsdorff (droite), le représentant de l'UE auprès des Palestiniens, remet plus de 800 paquets de nourriture au ministre du développement social de l'AP pour les distribuer aux familles pauvres palestiniennes, le 30 avril 2020.  (Facebook)
Sven Kühn von Burgsdorff (droite), le représentant de l'UE auprès des Palestiniens, remet plus de 800 paquets de nourriture au ministre du développement social de l'AP pour les distribuer aux familles pauvres palestiniennes, le 30 avril 2020. (Facebook)

Mercredi, Israël a fustigé une lettre dans laquelle un haut responsable de l’Union européenne (UE) assurait aux Palestiniens que l’appartenance, ou des liens, à une organisation terroriste n’empêchait pas automatiquement un individu d’être éligible à des programmes financés par l’UE.

Alors que l’UE insiste pour dire qu’aucune somme n’est distribuée aux individus menant des activités terroristes, Israël proteste contre le fait que Bruxelles accepte d’allouer des fonds à des soutiens d’un groupe interdit. C’est le cas par exemple d’une bourse qu’elle a accordée à un chercheur affilié au Hamas.

« Nous percevons cette lettre avec une grande sévérité. C’est une violation de tous nos accords avec l’Union européenne, et nous avons l’intention d’envoyer un message fort à ses représentants à ce sujet », a fait savoir un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères au Times of Israël.

Le ministère des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur de l’UE en Israël, Emanuele Giaufret, pour lui faire part de sa colère. Jeudi, l’ambassadeur devrait aussi entendre les reproches de la vice-directrice générale du ministère pour l’Europe, Anna Azari.

Le ministère des Affaires stratégiques, qui est en charge de la lutte contre le mouvement BDS anti-Israël, a également fustigé l’UE. Dans une réponse adressée au Times of Israël, un porte-parole du ministère a réitéré ses accusations de longue date selon lesquelles l’UE finance des ONG pro-palestiniennes promouvant le BDS et ayant parfois des liens avec des organisations terroristes.

« Après plusieurs réunions avec des officiels de l’UE, nous avons clairement fait savoir que tout financement de ces ONG devait cesser immédiatement. Les financements doivent être surveillés très étroitement pour s’assurer qu’aucun fonds ne soit transféré aux terroristes ou à des activités liées au terrorisme », a déclaré le porte-parole.

Dans une lettre datée du 30 mars, le chef de la mission de l’UE auprès de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, basée à Jérusalem-Est, Sven Kühn von Burgsdorff, a tenté de clarifier les conditions des accords d’aide financière de l’UE auprès d’organisations civiles palestiniennes.

Ces derniers mois, des Palestiniens avaient protesté contre une cause spécifique : aucune personne ou entité enregistrée sur la liste noire du terrorisme de l’UE, connue comme « liste restrictive », ne peut bénéficier de programmes ou de fonds de l’UE. Selon les groupes palestiniens, il est impossible de vérifier le parcours personnel et l’affiliation politique de chaque candidat.

Omar Barghouti, cofondateur du mouvement BDS, pendant un rassemblement pro-boycott à Ramallah, en février 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Cherchant à contrer cette « campagne de désinformation », Sven Kühn von Burgsdorff a adressé une lettre de trois pages au Réseau palestinien des ONG basé à Ramallah. Le Times of Israël a pu en obtenir une copie.

« Alors que les entités et les groupes inclus dans les listes restrictives de l’UE ne peuvent pas bénéficier d’activités financées par l’UE, il est admis qu’un individu affilié à, sympathisant de, ou soutenant des groupes mentionnés dans des listes restrictives de l’UE n’est pas exclu [d’emblée] des activités financées par l’UE, à moins que son nom et prénom précis… soient répertoriés dans les listes restrictives de l’UE », précise la lettre.

L’envoyé européen a ajouté que l’UE ne demande à aucune ONG palestinienne de « changer sa position politique envers toute faction palestinienne ».

C’est la Radio de l’armée qui a rapporté en premier le contenu de la lettre.

Alors que plusieurs groupes palestiniens – dont le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Front populaire de Libération de la Palestine – sont répertoriés par l’UE comme des entités terroristes, aucun Palestinien ne figure nommément sur ces listes.

Des terroristes du Jihad islamique sont présents à l’enterrement d’un combattant du groupe à Khan Younis dans le sud de la bande de Gaza, le 14 novembre 2019. (Said Khatib / AFP)

Répondant à une demande de commentaire du Times of Israël, un porte-parole de la délégation de l’UE à Ramat Gan a reconnu qu’il n’y avait « aucune entrave juridique » pour que des individus bénéficient d’activités financées par l’UE, sauf s’ils sont explicitement mentionnés dans la liste noire du terrorisme de l’Union ou s’ils représentent officiellement l’une des organisations présentes sur la liste.

Dans le même temps, l’UE dispose « de mécanismes de contrôle et de surveillance extrêmement stricts pour s’assurer que tous les individus impliqués dans des projets financés par l’UE participent exclusivement à des objectifs et activités approuvés pour le financement de l’UE, a ajouté le porte-parole. L’UE ne finance aucune activité qui soit liée directement ou indirectement à la violence, ou à l’incitation à la violence ».

Le bloc de 27 membres dispose de « règles strictes pour filtrer et contrôler les bénéficiaires des fonds de l’UE, a souligné le porte-parole. Entre autres obligations, tous les bénéficiaires des financements de l’UE doivent s’assurer que les fonds ne seront pas disponibles, soit directement ou indirectement, aux entités, individus ou groupes, qui sont visés par des mesures restrictives de l’UE ».

Toute organisation qui n’aurait pas utilisé convenablement les fonds de l’UE doit rembourser l’intégralité de la somme et peut perdre son éligibilité à une subvention future, a poursuivi le porte-parole. « Ce ne sont pas des conditions nécessaires nouvelles, et elles s’appliquent à tous les bénéficiaires de fonds de l’UE ».

Olga Deutsch, la vice-présidente de l’ONG Monitor, un groupe de surveillance qui critique depuis longtemps le soutien de l’UE aux groupes de la société civile palestinienne, a lu la lettre de l’émissaire européen dans les Territoires palestiniens. Elle l’interprète comme l’assurance aux ONG palestiniennes qu’elles peuvent encore bénéficier des fonds et de la légitimité de Bruxelles, même si elles sont affiliées à des groupes désignés comme terroristes par l’UE.

« L’UE devrait faire attention à ne pas céder à la pression locale, des Palestiniens ou de quiconque, et s’assurer que ces fonds publics ne finissent pas dans les mains de personnes liées ou soutenant le terrorisme », a-t-elle dit.

« Depuis le début de l’épidémie, l’UE a même promis plus d’assistance à l’Autorité palestinienne – 71 millions d’euros – dont 10 % iront aux ONG. S’assurer que cet argent ira où il est vraiment nécessaire est le minimum. On le doit à la fois aux contribuables européens et aux Palestiniens que l’UE souhaite aider », a ajouté Olga Deutsch.

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