Israël/Maroc : Mohammed VI appelle Abbas pour l’assurer de son soutien
Rechercher

Israël/Maroc : Mohammed VI appelle Abbas pour l’assurer de son soutien

Le souverain a cité "les liens spéciaux" qui le lient "à la communauté juive d'origine marocaine, notamment en Israël," et son appui à la paix et à la stabilité au Moyen-Orient

Le roi Mohammed VI lors d'un discours sur la place de la mosquée Hassan à Rabat, au Maroc, le 30 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Gregorio Borgia)
Le roi Mohammed VI lors d'un discours sur la place de la mosquée Hassan à Rabat, au Maroc, le 30 mars 2019. (Crédit : AP Photo/Gregorio Borgia)

Le roi Mohammed VI, le souverain marocain, a confirmé jeudi que son pays avait l’intention de reprendre des relations officielles avec Israël pour la toute première fois depuis presque deux décennies, peu après l’annonce faite par le président Donald Trump de cette information.

Au même moment, le roi a souligné l’engagement sans faille de son pays à l’égard de la cause palestinienne et à une solution à deux Etats. Son bureau a déclaré qu’il s’était entretenu, jeudi soir, avec Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, qui avait critiqué avec force les Emirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan lorsqu’ils avaient fait savoir qu’ils allaient normaliser leurs relations avec Israël, ces derniers mois. Il avait qualifié ces décisions d’actes de trahison.

« Le Maroc reprendra les contacts bilatéraux et rétablira des relations diplomatiques avec Israël dans les meilleurs délais », a commenté le roi Mohammed VI dans un communiqué.

Ce communiqué a suivi l’annonce faite par le président sortant américain, Donald Trump, qui a indiqué qu’Israël et le Maroc avaient convenu de remettre en place « des relations diplomatiques pleines et entières, une avancée énorme en faveur de la paix au Moyen-Orient ! »

Dans un communiqué distinct mais probablement lié à cette décision, les Etats-Unis ont expliqué qu’ils reconnaîtraient la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, un ancien territoire espagnol en Afrique du nord qui est au cœur d’un conflit de longue haleine qui décontenance les négociateurs depuis des décennies.

« Son altesse remercie le président Donald Trump pour son soutien franc et absolu au Sahara marocain. Ce positionnement renforce le partenariat stratégique fort entre les deux pays et lui permet de devenir une alliance véritable qui englobe tous les secteurs », a dit le roi Mohammed.

De nombreux observateurs spéculent que la décision de la reprise des relations entre le Maroc et Israël a fait partie d’un compromis ayant abouti à cette reconnaissance, par les Etats-Unis, du Sahara occidental – une initiative qui, Rabat le savait, aurait été rejetée immédiatement par la prochaine administration Biden.

Dans un entretien accordé à la chaîne Al-Jazeera, basée au Qatar, le ministre marocain des Affaires étrangères Naser Bureita a préféré souligner la victoire de la souveraineté remportée par le Maroc plutôt que la reprise des relations.

« C’est une transformation fondamentale de la situation survenue sous l’autorité de Sa majesté le roi », a commenté Bureita. « Même les grandes puissances reconnaissent aujourd’hui qu’il n’y a pas de solution autre pour le problème du Sahara occidental que la souveraineté marocaine. »

Interrogé sur les nouvelles relations avec Israël, Bureita a changé de sujet, soulignant plutôt l’attachement de Rabat à une solution à deux Etats.

Le roi Mohammed va « reprendre les liens bilatéraux et rétablir les relations diplomatiques avec Israël dans les meilleurs délais » et le Maroc mettra bientôt en place des vols directs pour transporter les Juifs et les Israéliens vers et depuis le Maroc.

Le roi du Maroc Mohammed VI (au centre) s’entretient avec Jared Kushner, conseiller principal du président américain Donald Trump (à gauche) sous le regard du prince héritier Moulay Hassan (à droite) avant un repas de l’Iftar, le repas du soir où les musulmans mettent fin à leur jeûne quotidien du Ramadan au coucher du soleil, à la résidence royale du roi à Sale, au Maroc, le 28 mai 2019. (Palais royal marocain, via AP)

Israël et le Maroc avaient établi des relations diplomatiques de faible niveau au cours des années 1990 à la suite des accords de paix intérimaires d’Israël avec les Palestiniens, mais ces liens ont été suspendus après le déclenchement du deuxième soulèvement palestinien en 2000. Depuis lors, cependant, les liens informels se sont poursuivis et on estime que 50 000 Israéliens se rendent chaque année au Maroc lors de voyages destinés notamment à découvrir la communauté juive et à retracer les histoires familiales.

Cette initiative va faire probablement des vagues au Maroc. Selon un sondage récent, seulement 16 % des Marocains ont un point de vue favorable sur l’Etat juif et 70 % un point de vue défavorable.

Contrairement à d’autres pays qui ont normalisé leurs liens avec Israël récemment, il y a une véritable opposition et une société civile au Maroc. Si le pouvoir revient très largement à la monarchie, le parlement est sous le contrôle d’un parti islamiste conservateur dont les racines sont ancrées dans l’organisation des Frères musulmans depuis 2011.

Selon la cour royale marocaine, le souverain a souligné, au cours de sa conversation avec Abbas, son soutien à la solution à deux Etats et établi que les négociations entre les Palestiniens et les Israéliens étaient « la seule manière de trouver une solution finale, durable et globale du conflit », selon le communiqué.

Le roi du Maroc Mohammed 6, à droite, rencontre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à gauche, à New York, le 22 septembre 2010. (Crédit : AP/Royal Palace/HO/Maroccan Royal Palace)

« Sa majesté, que Dieu le préserve, a dit au président palestinien (sic) que son soutien à la cause palestinienne était inébranlable. Il a indiqué avoir hérité ce positionnement de son père, Hassan II », a expliqué le communiqué.

Le roi a encore une fois invoqué les liens historiques établis par le Maroc avec la communauté dans son entretien téléphonique avec le chef de l’Autorité palestinienne.

« Le roi du Maroc a un statut particulier et il entretient des relations remarquables avec la communauté juive d’origine marocaine, et notamment avec les centaines de milliers de Juifs marocains en Israël », a dit le roi à Abbas.

Il n’y a pas eu de réaction immédiate, de la part de Ramallah, sur l’accord de normalisation ni sur cet appel téléphonique.

Jacob Magid et l’AFP ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...