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Israël n’a pas les « mains liées », même en cas d’accord avec l’Iran, dit Tom Nides

"Israël peut prendre toutes les mesures qu’il veut", a déclaré l’ambassadeur américain en Israël ; Blinken aurait demandé à Bennett une "alternative" à l’accord avec l’Iran

L'ambassadeur américain Tom Nides interviewé par le Times of Israel à l'ambassade américaine à Jérusalem, le 7 janvier 2022. (Crédit : David Azagury/ambassade des États-Unis)
L'ambassadeur américain Tom Nides interviewé par le Times of Israel à l'ambassade américaine à Jérusalem, le 7 janvier 2022. (Crédit : David Azagury/ambassade des États-Unis)

L’ambassadeur américain en Israël, Tom Nides, a déclaré jeudi que les États-Unis ne s’opposeraient pas à une action israélienne contre l’Iran, qu’un accord nucléaire soit signé ou non entre Téhéran et les puissances mondiales.

Dans une interview à la Douzième chaîne, alors qu’il lui était demandé si les États-Unis s’attendaient à ce qu’Israël « reste sans rien faire » en cas d’accord, Nides a répondu : « Absolument pas. Nous avons été très clairs à ce sujet. Si nous concluons un accord, Israël n’aura pas pour autant les mains liées. Si nous ne concluons pas d’accord, encore moins. »

« Israël peut prendre toutes les mesures nécessaires pour se protéger », a-t-il ajouté.

« Le président », a-t-il souligné, « fera tout ce qu’il peut pour s’assurer que l’Iran n’accèderait pas à l’arme nucléaire… Naturellement, nous privilégions la voie diplomatique pour ce faire. »

Sur les négociations en cours, il a déclaré : « Les Israéliens savent exactement ce qu’il en est. Je ne dis pas que c’est toujours à leur goût, mais il n’y a aucun secret. »

Dans cette photo d’archive du 21 septembre 2016, les troupes des Gardiens de la révolution iranienne défilent à Téhéran, en Iran. (Crédit : AP Photo/Ebrahim Noroozi)

Comme il l’avait déjà fait dans une interview à la Treizième chaîne, Nides est parvenu à esquiver la question de la possible radiation du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran de la liste des groupes terroristes établie par les États-Unis, dans l’hypothèse d’un accord.

Téhéran a déclaré que ce retrait était un prérequis au rétablissement de l’accord de 2015.

Les responsables israéliens ont exprimé leur inquiétude face à cette éventualité, notamment à l’occasion de la visite en Israël du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, pour le sommet du Néguev en début de semaine.

Lors d’une conférence de presse dimanche avec le chef de la diplomatie américaine, le Premier ministre Naftali Bennett a ainsi évoqué – en les qualifiant d’« atroces » – les attaques perpétrées par les Houthis en Arabie saoudite la semaine dernière. Il s’est dit préoccupé par le retrait possible du CGRI de la liste des organisations terroristes étrangères américaines dans le cadre d’un accord nucléaire avec Téhéran.

« J’espère que les États-Unis seront sensibles à l’inquiétude exprimée dans la région, par Israël ou d’autres », avait-il confié.

Bennett s’est de nouveau opposé à la radiation du CGRI de cette liste lors d’une réunion du gouvernement, dimanche dernier.

« Nous espérons toujours et travaillons pour éviter que cela n’arrive », a-t-il précisé.

Le Premier ministre Naftali Bennett (à droite) en compagnie du secrétaire d’État américain, Anthony Blinken, au Cabinet du Premier ministre à Jérusalem, le 27 mars 2021. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Blinken a déclaré, lors de la conférence de presse, qu’« il n’y avait aucun désaccord » entre les États-Unis et Israël pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire et déjouer ses menaces contre la région.

Il a ajouté que les États-Unis maintiendraient cette position, qu’un nouvel accord nucléaire iranien soit ou non conclu.

« Accord ou pas accord, nous continuerons à travailler ensemble, avec d’autres partenaires, pour nous opposer aux actions déstabilisatrices de l’Iran dans la région », a-t-il ajouté.

Selon une information publiée jeudi par le site d’information Axios, citant un haut responsable du Département d’État et un homologue israélien, Blinken aurait demandé à Bennett, lors de leur réunion dimanche, quelle serait son alternative à un accord nucléaire avec l’Iran.

Selon cette même information, Blinken aurait demandé à Bennett par quel autre moyen il envisageait d’empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, alors même que le rythme d’enrichissement actuel ne laisse que quelques semaines avant l’acquisition du niveau requis.

Selon de hauts responsables israéliens évoqués par cette information, Bennett aurait répondu que l’Iran pouvait être dissuadé d’enrichir de l’uranium à des fins militaires par un durcissement des sanctions internationales, au niveau de celles imposées à la Russie.

Le haut responsable israélien aurait également déclaré que Bennett avait décrit la relance de l’accord avec l’Iran comme « un pansement » seulement susceptible de donner les moyens à l’Iran d’intensifier son soutien à ses alliés terroristes dans la région.

« Ce sera à nous, régionalement, de faire face aux conséquences au final », aurait expliqué Bennett à Blinken, selon un haut responsable israélien.

Le gouverneur de l’Iran auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Kazem Gharib Abadi, l’adjoint politique du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et le secrétaire général adjoint et directeur politique du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), Enrique Mora, devant le Grand Hotel Vienna, où se déroulent les négociations nucléaires à huis clos, à Vienne, en Autriche, le 2 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Lisa Leutner)

Le Plan d’action global conjoint a permis un allègement des sanctions internationales contre l’Iran, en échange d’une limitation de son programme nucléaire pour l’empêcher d’obtenir des armes atomiques, objectif que Téhéran ne reconnait pas. En 2018, l’administration Trump avait unilatéralement retiré les États-Unis de l’accord et réimposé des sanctions.

L’Iran avait réagi en abandonnant bon nombre de ses engagements et en intensifiant l’enrichissement et d’autres éléments de son programme nucléaire.

Les pourparlers parrainés par l’Europe à Vienne visent à ramener les États-Unis dans l’accord et obtenir le réengagement de l’Iran dans ses conditions en échange de la levée des sanctions.

« Personne n’aime la violence »

Interrogé par la Douzième chaîne sur la lutte contre le terrorisme en Israël, l’ambassadeur Nides a déclaré : « Nous n’allons pas dire au gouvernement ce qu’il doit faire. »

En ce qui concerne l’évocation par Blinken, à l’occasion de sa récente visite, de la violence des résidents des implantations et de l’expansion de ces dernières, plutôt que celle du terrorisme palestinien, Nides a déclaré : « Personne n’aime la violence. Point. Peu importe qu’il s’agisse de la violence des résidents des implantations [ou], vous savez, celle des Palestiniens. »

Nides dit avoir clairement indiqué, dans son propre témoignage de confirmation de mandat, que les paiements de l’Autorité palestinienne aux terroristes et à leurs familles devaient cesser : « Les primes aux martyrs… doivent cesser », a-t-il insisté.

Il a rappelé le soutien des États-Unis à la solution à deux États, notant : « Nous ne pouvons pas renoncer à cet espoir… [mais] nous ne pouvons rien imposer à personne. »

Nides a également déclaré que les États-Unis étaient « en phase avec ce que les Israéliens faisaient vis-à-vis de l’Ukraine », en dépit des regrets exprimés par Washington qu’Israël n’ait ni adopté de sanctions contre la Russie ni envoyé d’équipements à l’armée ukrainienne.

Un soldat marche au milieu des décombres après le bombardement d’un centre commercial à Kiev, en Ukraine, le 30 mars 2022. (Crédit : AP Photo/Rodrigo Abd)

« Quand nous avons des problèmes, nous les exprimons, tout comme Israël s’exprime… La relation est bonne. Je n’ai pas de problème aujourd’hui avec ce qu’Israël fait avec l’Ukraine », a déclaré Nides.

Israël entretient depuis longtemps de bonnes relations avec l’Ukraine et la Russie, et tente d’utiliser cette position pour amener les deux parties à négocier un accord, tout en maintenant ses liens avec les deux pays.

Depuis que la Russie a lancé son invasion, l’Ukraine a plusieurs fois pressé Israël de lui apporter davantage de soutien. Israël a eu à cœur de ne pas contrarier la Russie, présente en Syrie où Israël mène une action militaire contre des groupes liés à l’Iran.

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