Israël ne sera pas capable d’annuler le décret sur l’étiquetage de l’UE
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Israël ne sera pas capable d’annuler le décret sur l’étiquetage de l’UE

Jérusalem s'oppose au plan d'étiqueter les marchandises en provenance de Cisjordanie avec autant de zèle qu'il a combattu l'accord avec l'Iran

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le ministre de l'Economie de l'époque Naftali Bennett (à gauche), lors d'une visite dans la ville d'Ariel en Cisjordanie, le 4 juin 2013 (Crédit photo: Assaf Shilo / Israel Sun / Flash90)
Le ministre de l'Economie de l'époque Naftali Bennett (à gauche), lors d'une visite dans la ville d'Ariel en Cisjordanie, le 4 juin 2013 (Crédit photo: Assaf Shilo / Israel Sun / Flash90)

Qu’est-ce que l’accord avec l’Iran et le projet de l’Union européenne d’étiqueter les produits des implantations ont en commun ?

Très peu, en fait, en dépit de l’affirmation, sans doute erronée du Parlement européen, faite la semaine dernière dans une résolution adoptée à une large majorité, que l’accord nucléaire avec Téhéran « offre une dynamique unique pour le processus de paix, qui ne devrait pas être manquée ».

Mais, une chose que l’accord avec l’Iran et le projet d’étiquetage ont en commun est le niveau de la détermination avec laquelle les dirigeants israéliens sont prêts à les combattre, pleinement conscients que leurs chances de faire échouer ces mesures ont été et sont proches de zéro.

Tout comme le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait dû savoir que le Congrès américain serait finalement incapable de stopper l’accord avec l’Iran avant qu’il ne monte une vaste campagne contre lui, personne à Jérusalem n’est vraiment persuadé que, à ce stade, ils peuvent empêcher l’UE d’introduire l’étiquetage, avec lequel Bruxelles espère faire pression pour qu’Israël fasse des concessions.

Mais cela n’a pas empêché les décideurs de publier une série de déclarations condamnant ce projet avec des comparaisons peu diplomatiques avec l’Holocauste après que la résolution de mercredi au Parlement européen, qui a salué la « différenciation entre Israël et ses activités dans le territoire palestinien occupé » et a appelé à l’introduction d’un régime d’étiquetage pour les produits des implantations.

« L’étiquetage des produits israéliens ne sera qu’un obstacle supplémentaire à la paix », a déclaré le président Reuven Rivlin au conseiller européen, Donald Tusk, la semaine dernière à Jérusalem. Netanyahu a appelé injuste et une « distorsion de la justice et de la logique », invoquant le boycott de l’Allemagne nazie des magasins juifs. « Nous avons la mémoire historique de ce qui est arrivé quand l’Europe a étiqueté les produits juifs », a-t-il déclaré.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, s’est attaqué à l’ « l’hypocrisie moralisatrice », de l’UE l’accusant d’utiliser une mesure ostensiblement technique pour imposer une solution politique aux Israéliens. L’union [européenne], a-t-il affirmé, ne songerait jamais à faire quelque chose de semblable dans les conflits comparables comme dans le nord de Chypre (occupé par la Turquie) ou le Sahara occidental (occupé par le Maroc).

Il y a un certain mérite à l’argument de Nachschon, mais les responsables de l’UE ont été néanmoins déconcertés par ses remarques. Faites attention à ce que vous souhaitez, pensaient-ils, notant que les exportations en provenance du Nord de Chypre dans l’Union européenne sont effectivement interdites. « En revanche, l’étiquetage correct des produits provenant des colonies est en phase avec la législation existante de l’UE sur l’étiquetage des produits en général et ne constitue pas une interdiction ou un boycott parce que … les produits des implantations continueront à parvenir sans entrave sur le marché de l’UE », ont répliqué des sources au sein de la délégation de l’UE en Israël.

Le Premier ministre Netanyahu, les députés Tzipi Hotovely (à gauche) et Zeev Elkin (à droite) lors d'une visite de l'organisation Lev HaOlam, à Jérusalem le 3 février 2015. L'organisation promeut l'exportation et la vente de produits des implantations de Cisjordanie (Crédit : Hadas Parush / Flash90 )
Le Premier ministre Netanyahu, les députés Tzipi Hotovely (à gauche) et Zeev Elkin (à droite) lors d’une visite de l’organisation Lev HaOlam, à Jérusalem le 3 février 2015. L’organisation promeut l’exportation et la vente de produits des implantations de Cisjordanie (Crédit : Hadas Parush / Flash90 )

Et pourtant, les politiciens israéliens n’ont pas mâché leurs mots pour dénoncer le régime d’étiquetage imminent. « Nous devons appeler un chat un chat – l’étiquetage des produits est un boycott », a déclaré la ministre adjointe des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, la semaine dernière. Elle a également menacé de mettre en place une campagne à part entière comprenant la convocation d’une « discussion urgente » avec le bureau européen du ministère des Affaires étrangères pour lancer « une lutte diplomatique » contre le projet de l’UE.

Cette réunion, prévue pour jeudi, finira probablement avec des déclarations au sujet de l’hypocrisie de l’UE et jurera de ne pas se décourager par tout ce que fait l’UE. Mais ne vous attendez pas à des propositions concrètes et réalistes pour dissuader les Européens d’appliquer leur plan. Ils sont déterminés.

L’UE ne veut plus être un payeur qui n’est pas un acteur

Officiellement, l’UE est opposée à tout boycott contre Israël. Elle fait valoir que les étiquettes pour les produits des implantations sont totalement en phase avec sa politique de longue date de différencier entre Israël a proprement parler et les régions, qu’il a conquis pendant la guerre des Six jours de 1967 – la Cisjordanie, Jérusalem-Est, et, oui, le plateau du Golan, comme Yair Lapid l’a déploré dans le Times of Israel.

Beaucoup des fonctionnaires de l’UE citent les lois de protection des consommateurs et le droit du client européen de savoir qu’un produit a été fabriqué dans une implantation israélienne, par opposition à une usine à l’intérieur des frontières internationalement reconnues d’Israël. Avec l’introduction de l’étiquetage, Bruxelles ne fait qu’appliquer la législation européenne existante, affirment-ils. Mais de toute évidence, il y a plus.

Frustré d’être les payeurs mais pas les acteurs au Moyen-Orient, les Européens cherchent à enfin à imposer leur marque sur le processus de paix, qui est au point mort. Et comme ils ont identifié Israël comme étant la partie la plus forte, celle obligée de faire le plus d’efforts pour mettre fin à l’impasse actuelle, ils espèrent qu’en introduisant un régime d’étiquetage, cela pourrait servir de réveil à Jérusalem et à augmenter la pression pour qu’il fasse des concessions.

Les dirigeants israéliens sont bien conscients des intentions de Bruxelles, ce qui explique leurs réactions passionnées.

« L’Etat d’Israël ne permettra pas à toute entité de discriminer entre les marchandises produites par les citoyens israéliens dans le territoire de l’Etat d’Israël », a affirmé Hotovely dans sa déclaration de la semaine dernière.

La ministre adjointe aux Affaires étrangères, Tzipi Hotovely à Jérusalem, le 1er mai 2014. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
La ministre adjointe aux Affaires étrangères, Tzipi Hotovely à Jérusalem, le 1er mai 2014. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Etant une ardente avocate du projet des implantations qui appelle ouvertement Israël à annexer la Cisjordanie, son indignation au sujet du plan de l’UE n’est guère surprenante, mais sa déclaration contient une inexactitude flagrante. Israël considère le territoire contesté, la Cisjordanie, comme ne faisant pas officiellement partie de l’état.

Mais, outre l’erreur de fait, sa déclaration est étonnante dans le sens où elle fait une promesse qu’elle est presque certaine d’être incapable d’honorer. Les Européens ont décidé d’étiqueter les produits des implantations il y a longtemps et se sont seulement retenus pour plusieurs raisons, telles que les derniers pourparlers de paix israélo-palestiniennes menés par les américains, les élections en Israël, et les négociations avec l’Iran. Israël peut se plaindre et protester autant qu’il le voudra, mais les étiquettes seront là.

Comme avec l’accord avec l’Iran, la campagne donquichottesque mais vocale des politiciens israéliens contre l’étiquetage pourrait être orientée vers les auditoires canadiens, ou servir à d’autres fins. Mais personne ne peut croire que cette croisade zélée anti-étiquetage de Jérusalem a le pouvoir d’annuler le décret démoniaque, pour emprunter une expression de la liturgie des Jours redoutables.

Les fonctionnaires de l’UE ont informé leurs homologues israéliens que, plus tard ce mois-ci, la Commission européenne publiera des lignes directrices pour l’ensemble de l’Union sur les produits qui devraient être étiquetés. Rien de moins qu’une percée majeure dans le processus de paix pourra les faire changer d’avis.

Il est à noter, cependant, que le régime d’étiquetage sera annoncé sous la forme d’une « note interprétative », selon des sources européennes. Il ne sera donc pas juridiquement contraignant et il ne déterminera pas ce que les étiquettes mentionneront exactement. Cela signifie que chaque Etat membre de l’UE pourra décider lui-même ce qui sera écrit: « Fabriqué par des colons israéliens dans le territoire palestinien occupé », ou simplement « Fabriqué en Cisjordanie ».

Et c’est la principale différence entre le système d’étiquetage de l’UE et l’accord avec l’Iran. Transformer un régime fanatique en un pouvoir légitime au seuil nucléaire et le maintenir en injectant des milliards de dollars sous la forme d’un allègement des sanctions constitue une menace redoutable pour Israël. Placer des étiquettes sur moins d’1 % des exportations du pays vers l’UE pourrait encourager plus tard le mouvement de boycott anti-Israël, mais c’est un problème d’une toute autre ampleur.

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