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Israël rejoint le club de la neutralité carbone. Comment vont-ils tous y arriver?

Les Nations unies mettent en garde contre l' "ambiguïté" qui entoure encore la manière dont les États atteindront réellement leur objectif déclaré

Les émissions s'élèvent des cheminées de la centrale électrique au charbon Jeffrey Energy Center alors que le soleil se couche, près d'Emmett, Kansas, États-Unis, le 18 septembre 2021. (Crédit : Charlie Riedel/AP)
Les émissions s'élèvent des cheminées de la centrale électrique au charbon Jeffrey Energy Center alors que le soleil se couche, près d'Emmett, Kansas, États-Unis, le 18 septembre 2021. (Crédit : Charlie Riedel/AP)

La neutralité carbone est devenu un cri de ralliement à la mode ces dernières semaines, les gouvernements, les entreprises et les célébrités s’engageant à atteindre cet objectif d’ici le milieu du siècle.

Israël a rejoint le club, en amont de la Conférence des Nations unies sur le climat (COP26). Jusqu’alors, le pays s’était engagé à effectuer une transition vers une économie à faible émission de carbone.

Que signifie « zéro carbone » ?

Le dioxyde de carbone est l’un des principaux gaz à l’origine du réchauffement de la planète et de la crise climatique, qui se manifeste par une augmentation des tempêtes, des sécheresses, des inondations, des incendies et l’extinction de nombreuses espèces.

Parvenir à la neutralité carbone signifie que le carbone – et d’autres gaz responsables du réchauffement de la planète comme le méthane et l’oxyde nitreux – émis par la combustion de combustibles fossiles est compensé par le carbone retiré de l’atmosphère et stocké.

Pour atteindre cet équilibre, il est essentiel de remplacer rapidement l’utilisation des combustibles fossiles par des sources d’énergie renouvelables.

Les émissions de la zone industrielle de la baie de Haïfa, le 5 mai 2017. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

Mais malgré les nombreuses promesses et les efforts des gouvernements pour s’attaquer aux causes du réchauffement climatique, les émissions de dioxyde de carbone (CO₂) provenant de l’énergie et de l’industrie ont augmenté de 60 % depuis la signature de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 1992. Cette année, on s’attend à ce que les émissions augmentent de 4 %, alors qu’elles avaient diminué l’année dernière pendant la pandémie de COVID.

L’ONU et l’Agence internationale de l’énergie ont clairement indiqué que les engagements climatiques pris par les gouvernements à ce jour, même s’ils sont entièrement respectés, seront bien loin de ce qui est nécessaire pour ramener les émissions mondiales de CO₂ et autres liées à l’énergie à un niveau net zéro d’ici 2050 et donner au monde une chance de limiter l’augmentation de la température mondiale de 1,5C°.

Le gouvernement israélien, quant à lui, affirme s’engager dans la transition vers les énergies renouvelables, principalement issues du soleil. Plusieurs documents ont été élaborés, qui décrivent les mesures à prendre pour réduire les émissions.

A LIRE – Énergie : Pourquoi Israël ne profite donc pas du soleil ?

Mais aucun objectif n’a encore été fixé pour les énergies renouvelables d’ici à 2050 – un objectif concret vers lequel tout le monde pourrait tendre. Israël n’a même pas réussi à atteindre son propre objectif modeste de 10 % d’énergies renouvelables à la fin de l’année dernière, puisqu’il n’a atteint que 6 %.

Comment les mesurer ?

Une autre question est de savoir comment on compte les émissions de carbone. À ce jour, il n’existe pas de normes internationales.

Des travailleurs sur la plateforme de traitement du gaz Tamar, le 23 juin 2014. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Le géant pétrolier américain Chevron, par exemple, qui exploite les deux champs gaziers nationaux d’Israël, Tamar et Leviathan, a fait le vœu de « zéro émission opérationnelle nette » d’ici 2050. Selon l’agence Reuters, il réduira les émissions internes générées dans le cadre de ses activités, ainsi que les émissions indirectes, telles que celles liées à la production d’électricité. Mais elle ne comptera pas les gaz à effet de serre provenant de tous les produits combustibles qu’elle vend.

La question de la réalisation et de la mesure de l’élimination et du stockage du carbone est encore plus confuse.

Les océans, les forêts, les mangroves, les sols et les zones humides telles que les tourbières absorbent du dioxyde de carbone depuis des millénaires, dans le cadre de la délicate danse de la planète visant à maintenir l’équilibre des cycles des gaz pour le bien de la vie sur Terre.

Photo aérienne montrant un terrain déboisé dans la forêt amazonienne près d’une zone touchée par des incendies, à environ 65 km de Porto Velho, dans l’État de Rondonia, au nord du Brésil, le 23 août 2019.(Crédit : CARL DE SOUZA / AFP).

La plantation d’arbres est de loin le moyen le moins cher d’éliminer le CO₂ de l’atmosphère et de nombreuses nations vantent des projets massifs de plantation d’arbres, parmi lesquelles la Chine – le plus grand émetteur mondial – qui a déjà planté des milliards d’arbres. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du plan chinois visant à atteindre le pic des émissions avant 2030 et à devenir neutre en carbone d’ici 2060.

Mais le chemin pour évaluer la quantité de dioxyde de carbone que les arbres absorbent et stockent dans leur bois dans le cadre du processus de photosynthèse (qui produit de l’énergie) est parsemé d’obstacles.

Plantation d’arbres. (Crédit : Dewi, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Common)

Les arbres mettent du temps à pousser et absorbent différentes quantités de CO₂ au cours de leur croissance. Que se passera-t-il s’ils sont abattus à un moment donné, ou détruits dans un incendie de forêt, souvent lui-même le résultat du réchauffement climatique ? Quels sont les arbres à planter ? Survivront-ils à l’évolution du climat ? En outre, les arbres ne sont pas permanents. Lorsqu’ils meurent, une partie de ce carbone est libérée.

Et selon le Fonds mondial pour la nature, actuellement, des forêts équivalentes à 27 terrains de football disparaissent chaque minute.

De toute façon, les arbres n’apportent pas toute la réponse. Selon une étude publiée par The Guardian en 2019, 11 % de l’ensemble des terres, soit l’équivalent de la taille des États-Unis et de la Chine réunis, à l’exclusion de toutes les zones urbaines et des champs utilisés pour les cultures (mais y compris les pâturages, où certains arbres pourraient être plantés) étaient mûrs pour être convertis en forêts. Selon les recherches, cette conversion permettrait d’éliminer un peu moins d’un tiers de toutes les émissions dues aux activités humaines qui restent dans l’atmosphère. Et ce, à condition de ne plus émettre de carbone.

Où le carbone sera-t-il stocké ?

Le captage et le stockage du carbone (CSC) sont le véritable rêve des pays et des entreprises qui espèrent qu’un déploiement technologique à grande échelle permettra de poursuivre les émissions de combustibles fossiles. Mais les technologies permettant, par exemple, de réinjecter le carbone dans le ventre de la lithosphère rocheuse de la Terre n’en sont qu’à leurs débuts, sont coûteuses et leur viabilité future à l’échelle reste incertaine. L’idée de stocker le carbone dans les océans a été abandonnée par crainte d’accélérer le processus d’acidification de l’eau de mer.

Certains critiques craignent que le vœu d’atteindre un niveau net zéro d’ici 2050 ne soit utilisé par certains milieux pour retarder l’action et poursuivre les émissions comme si de rien n’était, dans l’espoir que la technologie vienne à la rescousse à temps pour stocker des quantités massives de carbone dans l’atmosphère.

Une installation pétrolière d’Aramco près de la zone d’al-Khurj, juste au sud de la capitale saoudienne Riyad, le 15 septembre 2019. (Crédit : FAYEZ NURELDINE/ AFP)

Les Saoudiens, par exemple, se sont engagés à atteindre le zéro net d’ici 2060 et à investir des milliards de dollars dans la technologie, mais ils financeront tout cela en continuant à produire du pétrole pendant des décennies. Le Premier ministre australien Scott Morrison s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et à investir dans la technologie de capture du carbone, mais tout en continuant à produire et à vendre du charbon.

En mai, l’AIE a publié une feuille de route pour atteindre le zéro carbone net, dont l’un des éléments centraux est l’arrêt immédiat du développement de nouveaux champs pétroliers et gaziers au-delà de ceux déjà approuvés.

Selon une analyse de Reuters des engagements pris par plusieurs producteurs de pétrole du Moyen-Orient, le ministre de l’Energie de l’Arabie saoudite a rejeté le plan en le qualifiant de « la la land ».

Au début du mois, la BBC a rapporté avoir vu des documents fuités montrant que l’Arabie saoudite, le Japon et l’Australie faisaient partie des pays qui demandaient aux Nations unies de minimiser l’importance de l’abandon des combustibles fossiles.

Au total, 49 pays, plus l’Union européenne, se sont engagés à atteindre un objectif net zéro. Cela représente plus de la moitié des émissions domestiques mondiales de gaz à effet de serre, plus de la moitié du PIB mondial et un tiers de la population mondiale.

Le G20 s’est engagé à atteindre la neutralité carbone, mais a refusé de fixer une date précise et n’a pas présenté aucun plan pour éliminer progressivement le carbone au niveau national.

Selon un rapport publié par les Nations unies, de nombreux objectifs nationaux de réduction des émissions repoussent toute action réelle après 2030, et si 12 membres du G20 se sont engagés à atteindre un objectif de zéro émission nette, « l’ambiguïté entoure encore les moyens d’atteindre cet objectif. »

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