Israël veut aider les Juifs du monde entier contre le virus, sans savoir comment
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Israël veut aider les Juifs du monde entier contre le virus, sans savoir comment

La ministre des Affaires de la diaspora, Tzipi Hotovely, indique que Jérusalem explore les moyens d'aider après avoir tenu des discussions avec les dirigeants communautaires

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La ministre des Affaires de la diaspora Tzipi Hotovely dans son bureau à Jérusalem, le 19 février 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash)
La ministre des Affaires de la diaspora Tzipi Hotovely dans son bureau à Jérusalem, le 19 février 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash)

L’État d’Israël étudie actuellement les moyens d’assister les communautés juives de l’étranger touchées par la pandémie de coronavirus, mais il doit d’abord établir exactement quel type d’aide est souhaité et possible, a déclaré jeudi la ministre des Affaires de la diaspora, Tzipi Hotovely.

« La situation exige une réflexion hors des sentiers battus », a-t-elle indiqué au Times of Israël lors d’un entretien téléphonique. « Ce n’est pas qu’il n’y ait rien que nous puissions faire. Mais ce ne sont pas les choses habituelles qui se font après un tremblement de terre, un tsunami ou une attaque terroriste. Cela ne relève pas d’une catégorie d’événements auxquels nous savons réagir. »

Étant donné qu’Israël – avec environ 16 000 cas de coronavirus et 223 morts – se trouve dans une situation relativement bonne par rapport à de nombreuses grandes communautés juives, notamment à New York, en France et au Royaume-Uni, certains dirigeants importants de la diaspora ont commencé à appeler à plus de solidarité et à une aide concrète de la part de l’État juif.

Certaines communautés de la diaspora peuvent avoir le sentiment qu’Israël n’en fait pas assez pour elles parce qu’elles n’ont pas formulé de besoins spécifiques auxquels Israël pourrait répondre, a ajouté Mme Hotovely.

« Ils ne demandent pas d’aide financière. Ils veulent autre chose. Mais la plupart des gens ne peuvent pas mettre le doigt sur ce ‘autre chose' », a-t-elle dit.

Des Juifs orthodoxes appliquent la directive de « distanciation sociale » lors d’une prière aux abords du siège mondial du mouvement Habad Loubavitch à Brooklyn, à New York, le 20 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

Mme Hotovely a fait savoir que son ministère avait déjà organisé des vidéoconférences au cours desquelles des dirigeants de la communauté juive et le président de l’Agence juive, Isaac Herzog, ont discuté des différentes façons dont Israël peut aider les Juifs de la diaspora.

« Nous avons parlé aux leaders de la communauté, nous avons eu des retours. Nous travaillons maintenant à traduire cela en un plan d’action », a-t-elle rapporté, hésitant à fournir plus de détails avant que le projet ne soit finalisé.

« Nous avons ouvert un centre d’opérations – une sorte de salle de guerre », a révélé celle qui a été nommée ministre des Affaires de la diaspora fin janvier. « Nous traitons le virus comme une attaque antisémite, sauf que dans ce cas nous n’avons pas le savoir-faire – c’est une maladie. C’est un événement médical. »

Mme Hotovely a ajouté qu’elle avait brièvement mentionné la nécessité d’aider les Juifs de la diaspora au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a reconnu de tout cœur que quelque chose devait être fait pour aider.

« Nous, au ministère des Affaires de la diaspora, sommes totalement connectés au besoin profond des Juifs du monde de trouver une solution à leurs problèmes », a-t-elle assuré. « Je suis engagée à contribuer à soulager la profonde souffrance qui existe dans les communautés juives du monde entier, en particulier à New York, Londres et Paris, qui sont les communautés juives les plus touchées par la pandémie. »

Un homme prie à côté d’une ambulance garée dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn, New York, le 7 avril 2020. (Crédit : AP/Mark Lennihan)

Ronald S. Lauder, président du Congrès juif mondial, avait rapporté la semaine dernière que le coronavirus « a créé une certaine tension entre l’État juif et les Juifs de la diaspora ». Écrivant pour le Times of Israël (en anglais), il a noté que beaucoup étaient frustrés d’entendre qu’ils ne pouvaient pas entrer en Israël alors que ce pays est leur seconde maison.

« D’autres estiment qu’Israël aurait pu faire plus pour aider les communautés en crise. Le fossé entre le fait de stopper la propagation du virus dans la ville juive de Tel Aviv et de succomber au virus dans la ville juive de New York (ou Londres ou Anvers) s’est creusé », a écrit M. Lauder.

Il a également appelé à une « initiative ambitieuse pour apporter une aide médicale israélienne et autre aux communautés juives ravagées par le coronavirus ».

Le rabbin Elchanan Poupko, qui comme Ronald S. Lauder est originaire de New York, a déploré dans une tribune libre de l’hebdomadaire Makor Rishon que les Israéliens ne semblent pas se soucier du sort de leurs frères et sœurs juifs dans les foyers épidémiques du monde.

« Pas d’organisations israéliennes qui sollicitent des fonds en témoignage de notre solidarité avec nos frères israéliens… pas de responsables politiques israéliens qui louent les liens profonds et incassables… pas de rabbins israéliens si désireux de s’immiscer dans nos affaires intérieures », a-t-il écrit.

En effet, l’État juif « nous a abandonnés à notre plus bas niveau », a dénoncé Elchanan Poupko.

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