Italie : la ville de Schio rejette l’idée d’un mémorial de la Shoah
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Italie : la ville de Schio rejette l’idée d’un mémorial de la Shoah

Selon les conseillers municipaux de centre-droit opposés à l'installation de pierres de mémoires, celles-ci risqueraient de "favoriser la haine et les divisions"

Des Stolpersteine, ou 'pierres sur lesquelles on trébuche' dédié à la mémoire de Josef Geer et aux Hauslauer - un couple marié qui était Témoins de Jéhovah - à Salzbourg, en Autriche. (Crédit : Noah Lederman / Times of Israël)
Des Stolpersteine, ou 'pierres sur lesquelles on trébuche' dédié à la mémoire de Josef Geer et aux Hauslauer - un couple marié qui était Témoins de Jéhovah - à Salzbourg, en Autriche. (Crédit : Noah Lederman / Times of Israël)

Le projet consistait à installer à Schio, ville de 40 000 habitants dans le nord de l’Italie, 14 « Stolpersteine », des pierres commémoratives, comme on en trouve partout en Europe, en mémoire aux Juifs de la ville déportés et tués durant la Shoah. Il a finalement été rejeté par le conseil municipal de la ville, a rapporté le journal italien Corriere della Sera.

Selon les conseillers municipaux de centre-droit opposés au projet, celui-ci risquait de « favoriser la haine et les divisions ».

La motion avait été présentée par Leonardo Dalla Vecchia, membre du conseil de l’opposition du Parti démocratique de centre-gauche.

« La mémoire est destinée à s’estomper, mais la mémoire représente quelque chose de vivant, un bien à conserver », avait-il expliqué.

Renzo Sella, qui s’est opposé au projet, a expliqué : « Peut-on se souvenir de quelques-uns, au détriment des autres ? N’est-ce pas là une autre forme de discrimination ? Je crains que cette initiative ne soit exploitée. » Il faisait là référence aux victimes du massacre de Schio, qui a eu lieu dans la nuit du 6 au 7 juillet 1945. Un groupe de résistants italiens avaient alors tué 54 prisonniers accusés d’avoir collaboré avec le pouvoir fasciste ou les nazis. L’extrême-droite souhaitait ainsi ajouter également les noms des victimes du massacre au projet.

Le rejet de la motion a été condamné par plusieurs responsables locaux et nationaux, et par des représentants de la communauté juive italienne.

Le président du Conseil municipal de Schio a affirmé que ce rejet constituait une tentative honteuse d’oublier les crimes du régime fasciste. La décision est « pire encore que les actes individuels, car avec cette décision, la négation de l’Holocauste devient un acte officiel », a-t-il ajouté.

« Nous ne soutenons pas l’exploitation politique. Une plaque en hommage aux victimes des camps existe déjà dans notre ville », a lui estimé le maire de la ville, Valter Orsi, défendant le rejet.

Imaginé en 1992 par Gunter Demnig, le concept de « Stolpersteine », littéralement « pierre sur laquelle on trébuche » en allemand, consiste à rappeler le destin des victimes du nazisme en faisant « buter » le regard des passants sur ces pavés de béton recouverts de laiton et gravés à la main.

Plus de 70 000 « Stolpersteine » ont déjà été posés dans vingt-cinq pays d’Europe. En France, plusieurs ont déjà été scellés depuis 2013 dans le sud-ouest, en Vendée, en Alsace et en Saône-et-Loire.

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