Jason Greenblatt laisse-t-il entendre qu’Oron Shaul serait encore en vie ?
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Jason Greenblatt laisse-t-il entendre qu’Oron Shaul serait encore en vie ?

Dans un tweet, l'envoyé de Trump appelle le Hamas à "libérer Oron Shaul" dont la famille n'a jamais accepté la décision de l'armée, qui l'a déclaré mort

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

L'envoyé pour la paix du président américain Donald Trump, Jason Greenblatt (à gauche), dans un tunnel terroriste du Hamas près de la bande de Gaza avec le coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) Yoav 'Poly' Mordechai le 30 août 2017 (Crédit : bureau du porte-parole du COGAT)
L'envoyé pour la paix du président américain Donald Trump, Jason Greenblatt (à gauche), dans un tunnel terroriste du Hamas près de la bande de Gaza avec le coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) Yoav 'Poly' Mordechai le 30 août 2017 (Crédit : bureau du porte-parole du COGAT)

L’envoyé spécial du président américain Donald Trump au Moyen Orient, Jason Greenblatt, a semblé contredire Israël dimanche en laissant entendre que le sergent Oron Shaul, soldat de l’armée israélienne serait encore en vie. L’armée l’avait déclaré mort au combat il y a déjà plus de trois ans.

Le 20 juillet 2014, durant la guerre à Gaza qui avait eu lieu cette année-là, le transporteur blindé dans lequel se déplaçait l’unité de Shaul avait été attaqué par des terroristes du Hamas à l’aide d’un missile anti-tank dans le quartier de Shejaiya, à Gaza City. L’armée israélienne avait initialement déclaré que six soldats avaient été tués et que Shaul était porté-disparu.

Cinq jours plus tard, des spécialistes militaires en médecine légale avaient déterminé que Shaul avait également trouvé la mort lors du combat et que sa dépouille avait été saisie par le Hamas, sur la base d’entretiens avec d’autres soldats impliqués dans le combat et à partir de preuves trouvées sur les lieux. La famille du militaire n’a jamais accepté cette décision et a clamé de manière répétée que le jeune homme était encore en vie, appelant à ce qu’il figure sur la liste des « portés-disparus ».

Zehava Shaul, la mère d’Oron Shaul, pendant une conférence de presse chez elle à Poria Illit, le 13 décembre 2015 (Crédit photo : Basel Awidat/Flash90)

Durant la guerre de 2014, un autre soldat de l’armée israélienne, le lieutenant Hadar Goldin, avait été capturé par des terroristes du Hamas et emmené dans un tunnel à Rafah, une ville du sud de Gaza. Lui aussi avait été considéré comme kidnappé, mais il avait été ultérieurement déterminé qu’il avait été tué – ce que sa famille avait accepté. Dans le cas de Goldin, suffisamment d’éléments émanant de sa dépouille avaient été retrouvés pour organiser des funérailles conformément à la loi juive, qui requiert certaines parties du corps pour l’inhumation.

Hadar Goldin, à gauche, et son jumeau Tzur. (Crédit : Flash90)

Même si l’armée leur avait initialement accordé à tous les deux le statut de soldats morts au combat dont le lieu de sépulture est inconnu, les militaires ont modifié plus tard cette désignation, les qualifiant de soldats morts au combat, mais dont les dépouilles ont été retenues.

Dimanche, Greenblatt a semblé accepter le point de vue exprimé par la famille Shaul, qui affirme qu’il n’est pas mort durant le conflit connu en Israël sous le nom d’Opération bordure protectrice.

« Le Hamas doit… permettre le rapatriement de la dépouille de Hadar Goldin et la libération d’Oron Shaul ainsi que celle des civils israéliens – Avraham Abera Mengistu, Hisham al-Sayed et Juma Ibrahim Abu Ghanima », a écrit Greenblatt dans un tweet dans le cadre d’une série de publications sur le réseau social consacrées à la manière dont le Hamas viole la loi internationale et porte préjudice aux Palestiniens à Gaza.

Dans son tweet, l’envoyé a paru également aller à l’encontre de la politique israélienne officielle concernant l’un des trois citoyens israéliens entrés dans la bande de Gaza à l’issue de l’Opération bordure protectrice.

Israël estime que Mengistu et al-Sayed se trouvent actuellement détenus par le Hamas et l’Etat juif a demandé régulièrement leur libération. Les deux hommes, qui seraient apparemment atteints d’une pathologie mentale, seraient entrés de leur plein gré dans l’enclave côtière, respectivement en 2014 et 2015. Toutefois, le statut du troisième, Abu Ghanima, est moins clair et les dirigeants israéliens n’ont pas nécessairement considéré qu’il était retenu en otage par le groupe terroriste.

Manal al-Sayed tient une photographie de son fils, Hisham, retenu captif par le groupe terroriste du Hamas depuis 2016. (Crédit : Yoav Lemmer/AFP)

En conclusion, dans les discussions, les responsables israéliens partent généralement du principe qu’uniquement Mengistu et al-Sayed se trouvent entre les mains du Hamas.

Ni Greenblatt ni la Maison Blanche n’ont répondu aux demandes de clarification sur la question et il n’a pas été possible de déterminer si l’envoyé pensait véritablement que Shaul est encore en vie ou si les mots qu’il a employés ont simplement voulu être respectueux du point de vue de la famille du sergent.

Le bureau du Premier ministre, responsable des démarches visant la libération de Shaul, Goldin, de Mengistu et d’al-Sayed, s’est également refusé à tout commentaire.

Avraham Mengistu, photographie non datée. (Crédit : autorisation de la famille)

Les responsables israéliens auraient négocié via des parties tierces avec le Hamas pour garantir la libération des deux soldats tués au combat et des deux civils, en vain jusqu’à présent.

Le Hamas pourrait assurément jouir de davantage d’influence dans les pourparlers si les soldats sont encore en vie ou si leur statut reste encore indéterminé.

En 2011, l’Etat juif avait libéré plus de 1 000 terroristes condamnés de ses prisons, notamment le chef actuel du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, en échange d’un soldat de l’armée israélienne, Gilad Shalit. Cet accord a depuis été régulièrement critiqué par certains responsables israéliens, notamment par le ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui ont considéré qu’il était déséquilibré d’une manière inacceptable.

Le Hamas, dans une tentative supposée d’atteindre un accord similaire à celui de 2011, n’a cessé d’encourager l’idée que Shaul et Goldin n’ont pas été tués.

Au mois d’avril dernier, le groupe terroriste avait diffusé une vidéo musicale macabre dont l’objectif était de renforcer cette conviction.

« Mère, mère, je suis là. Pourquoi dit-on que je suis mort ? », chantait un chœur de voix.

Au mois de décembre 2015, le Hamas avait envoyé un courrier à la famille de Shaul, soit-disant écrit par ce dernier.

« Ma mère adorée, j’entends qu’il pleut tout autour de moi, mais je ne peux ni voir, ni entendre [la pluie]. Je continue à attendre l’heureuse nouvelle qui me ramènera vers toi », était-il écrit au début de cette lettre destinée à Zehava et Simha Shaul.

« Je veux être libéré de captivité et même si je ne nie pas le fait que je suis traité avec courtoisie, mais je crains que tu ne m’aies oublié, ce qui remplit mon cœur de chagrin et de désespoir ».

Le Hamas a demandé qu’Israël libère des dizaines de prisonniers qui avaient été à nouveau arrêtés après l’accord de Shalit en 2011 avant toute avancée des négociations entre les deux parties.

Les responsables israéliens ont publiquement refusé d’accéder à de telles demandes.

Eric Cortellessa a contribué à cet article.

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