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« Je suis prêt à quitter ce campus » : l’isolement et le malaise des étudiants juifs de Columbia

Les étudiants disent qu'ils ne se sentent pas entendus dans un contexte de manifestations anti-israéliennes qui secouent l'université depuis le 7 octobre - et qui ont entraîné des arrestations massives suite à des troubles, jeudi dernier

Un étudiant de Columbia avec des tefillins et, en arrière plan, un camp dressé dans le cadre d'une manifestation pro-palestinienne entrant dans son troisième jour, le 19 avril 2024. (Crédit :Jackie Hajdenberg/JTA)
Un étudiant de Columbia avec des tefillins et, en arrière plan, un camp dressé dans le cadre d'une manifestation pro-palestinienne entrant dans son troisième jour, le 19 avril 2024. (Crédit :Jackie Hajdenberg/JTA)

JTA — Yakira Galler, étudiante en première année au Barnard College, a du mal à dormir.

Galler est installée dans un appartement qui surplombe Broadway, entre le campus de l’université de Columbia et Barnard, l’établissement d’enseignement supérieur qui accueille les femmes. Au cours de la semaine dernière, toutes les nuits, elle a entendu une foule de manifestants tapant sur des casseroles et sur des bidons, scandant « Intifada, révolution » et appelant la prestigieuse université de l’Ivy League à désinvestir d’Israël.

Ces manifestations de rue ont accompagné un rassemblement bien plus important qui était organisé sur le campus et qui a dégénéré, entraînant des troubles, dans la journée de jeudi, au moment où l’université a sollicité l’intervention de la police pour démanteler un campement qui avait été dressé par les étudiants pro-palestiniens. Plus de cent personnes ont été arrêtées. Les images de ce qui s’est passé jeudi ont attiré l’attention dans le monde entier ; elles ont provoqué une déclaration du maire et un débat passionné sur les limites de la désobéissance civile sur les campus.

Pour Galler, toutefois, la simple vision de ces centaines d’étudiants – elle en connaît certains – lui a rappelé un autre traumatisme, survenu il n’y a pas si longtemps : celui des jours qui avaient suivi l’attaque commise par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre, lorsque des milliers d’hommes armés avaient tué près de 1 200 personnes et kidnappé 253 autres, qui avaient été prises en otage dans la bande de Gaza. Un assaut meurtrier qui avait été à l’origine de la guerre qui oppose actuellement Israël au Hamas au sein de l’enclave côtière.

« Mercredi à Hillel, j’ai eu l’impression d’être revenue au mois d’octobre », explique-t-elle. « Je me souviens d’avoir parlé à l’une des employées de Hillel, je me souviens que je lui ai dit que je ressentais de la colère et exclusivement de la colère, que j’avais l’impression d’être radicalisée – et je ne veux pas être radicalisée ».

Elle ajoute que « tout ce que je veux, c’est pouvoir réfléchir clairement, de manière nuancée et rationnelle mais je suis complètement dépassée par ce torrent d’émotions ».

Des manifestants pro-palestiniens lors d’une marche anti-israélienne aux abords de l’université de Columbia, à New York City, le 18 avril 2024. (Crédit : Kena Betancur/AFP)

Dans les mois qui se sont écoulés depuis le 7 octobre, Columbia a parfois ressemblé à un champ de bataille alors qu’étudiants pro-israéliens et pro-palestiniens se faisaient face, se heurtant également à l’administration de l’université. Le mouvement de protestation de jeudi a marqué une escalade de ces tensions avec l’entrée de la police sur le campus – des policiers qui n’ont pas hésité à embarquer de jeunes protestataires dans leurs véhicules.

Évoquant les agitations de jeudi dernier, les étudiants juifs – rencontrés dans leur majorité au Centre Kraft pour la vie juive, où le groupe Hillel a ses locaux, et à ses environs – confient à JTA qu’ils ressentent un malaise et qu’ils ont l’impression de ne pas être entendus sur le campus. Certains se réjouissent d’une fin de l’année universitaire qui est dorénavant proche.

Daniel Barth, diplômé au semestre dernier et qui prendra part aux cérémonies de remise de diplôme, le mois prochain, dit avoir apprécié les années passées à Columbia ainsi que les débats politiques passionnés qu’il a pu avoir au sein de l’université. Mais Barth, qui porte la kippa et une étoile de David autour du cou, raconte que cette pratique habituelle a été récemment « mise à l’épreuve » – notamment quand quelqu’un lui a craché dessus.

« Je suis prêt à quitter ce campus », déclare-t-il. « Je pensais que ce serait un peu plus difficile pour moi de partir mais je pense que j’éprouverai un sentiment de soulagement. Je ne tiens plus véritablement à rester ici ».

Ezra Dayanim, qui est lui aussi en dernière année d’études, s’est inscrit à un programme conjointement mené avec le Jewish Theological Seminary. Le cours portait sur les manifestations politiques quand il a appris qu’il y avait eu des arrestations, jeudi, et il dit avoir réalisé à ce moment-là que le débat constructif était impossible sur le campus.

Les mouvements de protestation pro-palestiniens ont été bien plus larges et bien plus bruyants que les rassemblements pro-israéliens, explique-t-il. Il note qu’à ses yeux, la discussion est difficile dans la mesure où les groupes pro-palestiniens ont pour politique de ne pas dialoguer avec les mouvements sionistes (l’école a suspendu les branches des organisations Students for Justice in Palestine et Jewish Voice for Peace, un mouvement anti-sioniste, au semestre dernier – entraînant la rancœur des jeunes pro-palestiniens).

« Je sais que nous avons des positionnements différents et c’est malheureux, mais aucun de nous ne va présenter ses excuses pour ses convictions », dit Dayanim. « Nous devons donc trouver un moyen de coexister ».

Dayanim raconte avoir ressenti un isolement particulièrement fort après la réponse qui a été apportée par les représentants officiels des étudiants aux troubles de jeudi. Ainsi, dans la soirée, des responsables du gouvernement étudiant ont transmis un courriel à leurs pairs qui condamnait les arrestations et la venue de la police sur le campus, suite à l’appel des administrateurs. Dayanim a répondu à la commission, envoyant son mail en copie à de multiples doyens et au recteur, un message où il faisait part de sa déception.

« Nous aussi, nous faisons partie des étudiants de cette université et nous voulons être représentés, nous voulons être vus, nous voulons être entendus et nous ne le sommes pas », déplorait-t-il dans son courriel.

Les agents de la police de New York arrêtent un individu alors que des manifestants pro-palestiniens se rassemblent aux abords de l’université de Columbia, à New York City, le 18 avril 2024. (Crédit : Kena Betancur/AFP)

Henry Sears, le co-président de J-Street U, la branche étudiante du groupe libéral pro-israélien, à Columbia, était assis au milieu du campus quand les arrestations ont commencé. Il a entendu le slogan : « Police de New York, KKK, armée israélienne — tous les mêmes ».

D’autres slogans entonnés ce jour-là, « De l’eau jusqu’à l’eau, la Palestine est arabe », avec des vidéos montrant des fusées éclairantes qui ont été diffusées plus tard dans la soirée, lui ont donné le sentiment « d’un grand malaise » : « Je ne me sentais plus en sécurité chez moi », dit-il. Il souligne que lui-même est favorable à l’établissement d’un état palestinien aux côtés d’Israël.

« Je suis vraiment impliqué sur ces questions sur le campus », s’exclame-t-il. « Il y a finalement une bonne quantité de gens qui – ils savent qui je suis et ils connaissent mes points de vue politiques. Je fais partie de J-Street et mes idées politiques comprennent donc un état d’Israël qui serait installé à côté d’un état distinct de Palestine. Mais ce n’est pas ce qu’ils veulent ».

Certains étudiants expriment des appréhensions au sujet des répressions policières qui ont eu lieu lors des manifestations et ce même si, reconnaissent-ils, les messages transmis à cette occasion ont été à l’origine d’un malaise chez eux.

« Je reconnais les conséquences qu’il y a à une entrée sur le campus de la police, en particulier pour les étudiants de couleur », déclare Galler, s’exprimant par téléphone parce qu’elle a quitté le campus pour faire une pause.

« Je ne pense pas que c’était la décision qui s’imposait », note-t-elle. « Ceci étant dit, de ce que j’ai pu voir, la police de New York n’a pas eu recours à la violence et je pense qu’elle a géré la situation comme il fallait le faire… Quand on en arrive au point où vous avez des individus, venus du dehors, qui violent les lois de New-York City, je peux comprendre la raison pour laquelle l’université a eu le sentiment qu’il fallait faire intervenir les agents ».

Des manifestants pro-palestiniens entonnent des slogans aux abords de l’université de Columbia pendant une manifestation contre Israël à New-York, le 18 avril 2024. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

Hannah Wander, étudiante en deuxième année de droit, fait aussi la distinction entre manifestants étudiants et venus de l’extérieur du campus. « Les étudiants ont plus de limites », estime-t-elle, ajoutant qu’ils « ne s’en prendront pas directement aux autres ». Alors même qu’elle est en train de parler, un acte de vie juive sur le campus se déroule à proximité : Des étudiants juifs passent des tefillins avec le rabbin Yuda Drizin, du mouvement ‘Habad.

« Les slogans sont plutôt malveillants mais on n’entend pas non plus des gens hurler qu’ils veulent un nouveau 7 octobre ou qui tiennent des propos qui sont explicitement pro-Hamas », continue-t-elle.

Daniella Coen, citoyenne israélienne, qui prend part à un programme de double diplôme établi en partenariat avec l’université de Tel Aviv, considère, pour sa part, que les slogans sont un problème. Elle raconte à JTA avoir entendu, jeudi, des appels à l’Intifada alors qu’elle travaillait, installée à un bureau de la bibliothèque Butler.

« J’ai des membres de ma famille qui ont survécu à la Shoah et des proches qui sont morts pendant l’Intifada, dans l’attentat commis à la pizzeria Sbarro », dit-elle, se référant à une attaque terroriste qui avait été perpétrée à Jérusalem en 2001 au début de la Seconde intifada. « Une famille toute entière avec plusieurs enfants, tout le monde ».

Les événements de la semaine dernière ont-ils changé son point de vue sur Columbia ? A cette question, elle répond que « j’ai eu droit à un bon enseignement sur le campus ». Elle ajoute qu’elle est « à 100% » favorable à la liberté de manifester. Toutefois, elle déclare que depuis jeudi, l’image que projette Columbia dans le monde a changé pour elle.

« En termes de ce que Columbia prétend défendre », précise-t-elle. « J’ai un peu de difficulté avec ça, maintenant ».

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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