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Jean-Marie Le Pen jugé en appel pour provocation à la haine raciale

L'avocat de Jean-Marie Le Pen, absent à l'audience, a dénoncé "la fadaise de la procédure", qualifiant au passage les parties civiles de "charognards" et de "vautours"

Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, en conférence de presse à Marignane, le 31 mai 2017. (Crédit : Franck Pennant/AFP)
Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, en conférence de presse à Marignane, le 31 mai 2017. (Crédit : Franck Pennant/AFP)

La cour d’appel de Paris a examiné mercredi un recours déposé par trois associations antiracistes à l’encontre de Jean-Marie Le Pen, ancien président du Front national (FN, devenu Rassemblement national), relaxé en première instance pour des propos tenus en 2014 contre des artistes engagés contre le FN.

La Licra, SOS Racisme et le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) avait fait appel du jugement de première instance en estimant que le mot « fournée » employé en référence à Patrick Bruel constituait une « provocation à la haine raciale ».

La cour rendra sa décision le 15 décembre.

Dans une vidéo diffusée sur son blog en juin 2014, Jean-Marie Le Pen, aujourd’hui âgé de 94 ans, alors député européen, s’en prenait à des artistes engagés contre le FN comme Guy Bedos, Madonna ou encore Yannick Noah. Alors que son interlocutrice lui avançait le nom de Patrick Bruel, M. Le Pen avait commenté dans un rire : « Ça ne m’étonne pas. Écoutez, on fera une fournée la prochaine fois. »

Patrick Bruel (Crédit : capture d’écran YouTube)

Ce mot à l’encontre d’un chanteur de religion juive a « une portée intrinsèquement antisémite et raciste », a fait valoir Me Sahan Saber au nom de la Licra, partie civile, tandis que sa consœur Marie Mercier, conseil de SOS Racisme, également partie civile, a estimé qu’en ciblant Patrick Bruel, « c’est la communauté juive dans son ensemble qui est visée ». « Fournée renvoie à four qui renvoie au génocide des Juifs », a-t-elle plaidé avant de qualifier M. Le Pen de « prédicateur de la haine raciste et antisémite ».

La représentante du parquet général qui n’avait pas fait appel après la relaxe de l’ancien candidat à l’élection présidentielle a certes reconnu que « les propos (incriminés) ne sont pas innocents dans la bouche » de Jean-Marie Le Pen mais, a-t-elle insisté, « ils ne peuvent pas faire l’objet d’une condamnation ».

L’avocat de Jean-Marie Le Pen, absent à l’audience, Me Frédéric Joachim, a dénoncé « la fadaise de la procédure », qualifiant au passage les parties civiles de « charognards » et de « vautours » à l’encontre « d’un homme de 94 ans ».

« On peut à l’envie forcer le trait, c’est grotesque », a-t-il dit avant de procéder à l’exégèse du mot « fournée » qui, selon l’avocat, ne devait pas être pris dans le sens de quelque chose à mettre à cuire dans un four mais au sens figuré : « Ensemble de gens à qui l’on fait subir un même sort ou participent à un même mouvement. » « Tout autre interprétation est malveillante », a-t-il estimé.

Le lien qui unit les personnes citées par Jean-Marie Le Pen n’est pas leur religion, a dit de son côté Me David Dassa-Le Deist, autre avocat de la défense, « c’est leur rejet du FN ».

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