Journée de l’Holocauste: Comme Corbyn, Mirvis n’a pas mentionné les Juifs
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Journée de l’Holocauste: Comme Corbyn, Mirvis n’a pas mentionné les Juifs

Même si le grand rabbin britannique a, lui aussi, omis de faire des références directes aux Juifs ou à l'antisémitisme, seul le chef du parti du Labour a essuyé de vives critiques

Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste britannique, lors d'un rassemblement à Glasgow, en Écosse, le 28 mai 2017 (Crédit : AFP / Andy Buchanan)
Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste britannique, lors d'un rassemblement à Glasgow, en Écosse, le 28 mai 2017 (Crédit : AFP / Andy Buchanan)

JTA — Le grand rabbin du Royaume-Uni et le chef du parti travailliste ont tous deux oublié de faire des références directes aux victimes juives ou à l’antisémitisme lors des déclarations qu’ils ont livrées en amont de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

L’allocution faite par le rabbin Ephraim Mirvis, vendredi à la BBC, a été saluée par un silence respectueux. Celle du leader travailliste Jeremy Corbyn a pour sa part entraîné un torrent de condamnations qui ont démontré une fois de plus que lorsqu’il s’agit du génocide, c’est le contexte qui définit tout le reste.

Eclatant à un moment de creux dans la relation entretenue entre les Juifs britanniques et le parti qui était, dans le passé, leur foyer politique, le brouhaha qui a eu lieu ce week-end avant la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, samedi, a fait écho à la controverse qui avait éclaté aux Etats-Unis à la même occasion, l’année dernière, lorsque le président Donald Trump avait été largement critiqué pour avoir omis de parler des Juifs dans son communiqué saluant cette journée de la Shoah.

D’importants segments de la communauté juive américaine, suspicieux face à Trump et à son nationalisme « America First », avaient été indignés, même si des institutions comme l’armée israélienne avaient déjà utilisé des formulations similaires dans leurs déclarations officielles.

Tandis que la déclaration de Corbyn a rappelé « les milliers de morts, les millions de déplacés et la blessure cruelle subie par leurs descendants », elle n’a pas spécifiquement mentionné les Juifs.

Le groupe Campaign Against Anti-Semitism a appelé Corbyn, politicien de gauche ayant été accusé dans le passé d’avoir toléré et blanchi le problème de l’antisémitisme au sein de son parti, à présenter ses excuses pour avoir rédigé une déclaration qui « de manière scandaleuse, a oublié les Juifs et l’antisémitisme ».

David Bennun, écrivain et journaliste juif, a écrit sur Twitter que « Jeremy Corbyn rappelle l’Holocauste tout en refusant de reconnaître que ses principales victimes ont été les Juifs ». Faisant l’équivalent avec les cérémonies de commémoration à l’époque soviétique qui ne mentionnaient que des « victimes soviétiques », Bennun a accusé : « C’est de la démagogie et c’est désagréable ».

Jonathan Greenblatt, directeur-général de l’ADL (Anti-Defamation League) a posté une capture d’écran sur Twitter de la déclaration de Corbyn sur Facebook, ajoutant « l’oubli de toute référence aux Juifs ou à l’antisémitisme dans votre déclaration à l’occasion de la commémoration de l’Holocauste nous offense, ainsi que les millions de personnes assassinées ».

Ephraim Mirvis will serve as the UK's next chief rabbi. (photo credit: YouTube screenshot)
Le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Si c’est une vérité universelle, alors elle doit également s’appliquer à la Première ministre Theresa May, qui n’a mentionné ni les Juifs ni l’antisémitisme dans un communiqué qu’elle a écrit vendredi pour la fondation d’éducation de l’Holocauste. Ou à Vince Cable, du parti démocrate libéral. Ou à Sajid Javid, secrétaire d’Etat britannique au Logement.

Ou même encore au rabbin Mirvis qui, durant une allocation de trois minutes livrée vendredi au sujet de l’Holocauste, a prononcé le mot « Juif » une seule fois dans la préface de la thématique principale de son discours, se référant à un vieux récit populaire sur le pouvoir des mots. Evoquant l’Holocauste, il l’a décrit comme étant « le meurtre de millions de femmes, d’hommes et d’enfants innocents ».

Dans un autre message paru vendredi sur Twitter, Mirvis a mentionné les Juifs et l’antisémitisme. Corbyn l’a fait également dans une autre déclaration cette semaine à la fondation de l’Education de l’Holocauste, appelant les victimes « nos frères et soeurs juifs ».

Le traitement sélectif de Corbyn n’est pas passé inaperçu – même dans les médias juifs qui lui affichent moins de sympathie en raison du problème de l’antisémitisme présent au sein du Labour.

« Jeremy Corbyn a été désigné à la vindicte sur les réseaux sociaux », a dit à ses lecteurs le journal Jewish Chronicle of London dans un article d’information sur le sujet.

Bien qu’injuste, la vigilance supplémentaire exercée contre Corbyn n’est pas entièrement imprévisible pour un politicien qui, comme le Board of Deputies des Juifs britanniques le disait dans un communiqué inhabituel en 2016, est indigne de confiance.

Sous la direction de Corbyn, des milliers de personnes, un grand nombre venant de l’extrême-gauche, ont rejoint le parti travailliste, menant des développements qui, selon les chefs juifs britanniques, ont généré un problème antisémite dans les rangs de la formation. Une commission d’enquête parlementaire britannique avait affirmé, en 2016, que les chefs du Labour se trouvaient dans l’incapacité de se confronter sérieusement à l’antisémitisme au sein du parti. Et des examens internes au Labour qui avaient minimisé le phénomène avaient été rejetés et qualifiés de « tentative de blanchiment » par le Board of Deputies des Juifs britanniques.

Tous ces éléments sont entrés en jeu dans les réactions à la déclaration de Corbyn sur l’Holocauste, a écrit vendredi Jason Braier, un avocat juif de Londres, sur Facebook.

« Il est difficile de se montrer charitable envers une personne qui s’est exprimée lors d’une réunion des amis d’Israël du Labour sans mentionner le mot Israël et qui refuse d’interagir avec la presse juive, et qui a montré un aveuglement volontaire répété envers les actes et les paroles d’antisémitisme », a écrit Braier au sujet de Corbyn.

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