Keir Starmer lutte pour sa survie, mais jusqu’à quand ?
Fragilisé par les multiples rebondissements du scandale lié à Peter Mandelson, le Premier ministre britannique a répété qu'il ne compte pas démissionner

Le Premier ministre britannique Keir Starmer lutte pour sa survie politique, fragilisé par les multiples rebondissements du scandale lié à la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis, malgré ses liens avec Jeffrey Epstein.
La popularité du dirigeant travailliste de 63 ans s’est effondrée depuis son arrivée au pouvoir, à la suite de la victoire écrasante du Labour aux élections législatives de 2024, et ses propres députés ne cachent plus leur mécontentement.
Starmer peut-il rester au pouvoir ?
Mercredi, le Premier ministre a répété qu’il ne comptait pas démissionner. « Rien ne me détournera de ma mission au service de notre pays », a-t-il déclaré à la Chambre des communes.
Starmer estime que le témoignage d’Olly Robbins, l’ancien plus haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, limogé jeudi dernier, « réfute définitivement » les accusations de mensonge portées contre lui par l’opposition.
Ce dernier a confirmé qu’il n’avait pas informé Downing Street que le Foreign Office avait validé l’habilitation de sécurité de Mandelson malgré un avis défavorable à l’issue de la vérification de ses antécédents.
Mais la pression ne faiblit pas. Downing Street est désormais accusé d’avoir envisagé de proposer un poste diplomatique à son ancien directeur de la communication, Matthew Doyle.
Nommé membre à vie de la Chambre des Lords en 2025, il a été suspendu du Labour en février, après la révélation de ses liens avec un ancien élu travailliste condamné à deux reprises pour possession d’images indécentes d’enfants.
Mercredi, le porte-parole politique de Starmer a assuré aux journalistes que le gouvernement restait uni derrière le chef du gouvernement.
Si plusieurs ministres ont affiché publiquement leur soutien au Premier ministre, d’autres ont pris leurs distances, laissant apparaître des fissures au sein de l’exécutif.
« Le soutien du cabinet semble faiblir. Son autorité politique est donc en train de se déliter », estime Patrick Diamond, ancien conseiller de Downing Street sous les précédents gouvernements travaillistes, auprès de l’AFP.
Si des ministres décidaient de démissionner, cela sonnerait probablement le glas du mandat du chef du gouvernement, comme ce fut le cas pour l’ancien Premier ministre conservateur Boris Johnson.
« Il semble être à la merci d’événements qu’il ne contrôle pas, ce qui n’est jamais une bonne chose pour un Premier ministre », ajoute Patrick Diamond, désormais professeur de sciences politiques à l’université Queen Mary de Londres.
Quand pourrait-il partir ?
Starmer pourrait également être contraint de partir si un nombre suffisant de députés travaillistes contestent son autorité. Il faudrait qu’au moins 81 d’entre eux (sur un peu plus de 400 députés de la majorité) apportent leur soutien à un éventuel candidat à sa succession pour qu’une élection interne soit organisée.
L’entourage de Starmer assure qu’il combattra toute tentative de le pousser vers la sortie, ce qui risque de plonger le parti dans d’acerbes luttes internes.
Le moment critique pourrait survenir après les élections locales prévues le 7 mai en Angleterre, en Écosse et au pays de Galles, et qui s’annoncent très difficiles pour le Labour.
« Tout prétendant [à sa succession] voudra que Starmer endosse l’entière responsabilité des résultats que tout le monde annonce cataclysmiques », explique à l’AFP Steven Fielding, professeur de sciences politiques à l’université de Nottingham.
Qui pourrait lui succéder ?
Steven Fielding s’attend à ce que l’ancienne vice-Première ministre, Angela Rayner, figure appréciée de la base de gauche du Labour, défie Starmer.
Ses chances pourraient toutefois être compromises par une affaire encore en cours concernant sa situation fiscale, qui avait provoqué sa démission du gouvernement l’an dernier.
Un autre successeur potentiel souvent cité est Andy Burnham, le maire du Grand Manchester. Mais il lui faudrait d’abord retrouver son siège de député.
Parmi les autres possibilités, on trouve le ministre de la Santé, Wes Streeting, et la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, qui sont appréciés par l’aile droite du parti, mais jugés trop clivants par certains.
Un candidat plus consensuel, comme le ministre de la Défense, John Healey, ou celui des Forces armées, Al Carns, pourrait également émerger pour surmonter les divisions.
Cette absence de successeur évident peut aussi servir Starmer et lui permettre de survivre à la crise actuelle.
« Il conserve des atouts importants, notamment l’ampleur de sa majorité parlementaire », souligne Patrick Diamond.







